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Vendredi 30 juin 2017

Le film du jour : Ce qui nous lie

Jean (Pio Marmaï) est l’aîné d’une fratrie de trois enfants qui, depuis leur naissance évoluent dans le milieu de la vigne et du vin. Lui vit en Australie, les deux autres en Bourgogne. Ayant appris que son père est gravement malade et hospitalisé, il rentre en France, le temps d’une visite à sa famille. Si Juliette (Ana Girardot) est heureuse de le retrouver, Jérémie (François Civil) éprouve plus de peine et ne manque pas de lui reprocher son silence depuis qu’il a quitté le domaine. Nous sommes en automne, et les vendanges sont imminentes. Survient alors la mort du père. Jean décide de rester et d’épauler sa sœur, désormais en charge de l’exploitation. Après que le malaise quant à sa fuite du domaine et au silence qui a suivi, les trois frères et sœur se retrouvent alors pleinement et s’unissent pour mener à bien leur première élaboration des crus sans le patriarche. Mais, et il n'en fait pas secret, l’aîné a fondé une famille en Australie. Sa vie sentimentale paraissant éloignée de toute sérénité et les droits de succession, suite au décès du père, plutôt compliqués, il décide de ne pas rentrer chez lui l’hiver venu et de rester encore un peu auprès de Juliette et Jérémie. Mais contre toute attente, un jour sa femme Alicia (Maria Valverde) et son fils Ben, débarquent en Bourgogne, ce qui ne rassure pas vraiment Jean...

Dans le cinéma français d’aujourd’hui, Cédric Klapisch occupe pour moi la première place (avec Maïwenn). A part "Le Péril jeune", j’ai vu tous ses longs métrages (12), et j’en déduis que ce cinéaste est un génie du 7ème Art. Doté d’une sensibilité exceptionnelle, il semble avoir tout compris des relations humaines, et c’est ce qui ressort en premier lieu de toute son œuvre. Filmant et mettant en scène divinement, les histoires qu’il raconte sont toujours belles et, don providentiel, il choisit ses actrices et acteurs avec une infaillible justesse. Avec "Les Poupées russes", "Paris" et "Un air de famille", "Ce qui nous lie" forme désormais (pour moi) un quatuor parfait dans la filmographie de cet hyperdoué du cinéma. Dans le dernier, histoire assez classique, il a su trouver les comédiens parfaits pour rendre à l’écran la complexité des sentiments des uns et des autres. Avec Klapisch, l’amour entre deux êtres, dans une fratrie, une famille, un groupe d’amis est toujours présent. Et peu d'autres que lui ne savent si bien le mettre en valeur. Pio Marmaï est exceptionnel et s’affirme de film en film ; François Civil, découvert dans l’excellente série Dix pour cent, est bourré de talent. Quant à Ana Girardot, son interprétation de Juliette pourrait bien lui permettre d’accéder, enfin, à ces futurs premiers rôles qu’elle mérite totalement. Malgré un rôle (trop) court, je n'oublie pas Maria Valverde, jeune actrice espagnole qui, j'en suis persuadé, ira elle aussi très, très loin...

Note : 17/20

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Mercredi 28 juin 2017

Le film du jour : Rückkehr nach Montauk (Retour à Montauk)

Max (Stellan Skarsgard), un écrivain connu, débarque à New York pour assurer la promotion de son dernier livre. Le roman évoque une liaison qu'il a eu jadis dans cette ville avec Rebecca (Nina Hoss). Histoire d'amour inachevée qu'il ne parvient pas à oublier. Sur place, bien sûr, il tente de la revoir, même s'il vit aujourd'hui avec une autre femme, très amoureuse de lui. Rebecca est devenue une avocate très prise (et prisée) dans la Grande Pomme. Elle consent néanmoins à lui accorder quelques instants. Très froide, elle semble avoir définitivement tiré un trait sur leur passé commun. Désabusé, Max parait devoir se résigner. Mais très vite, celle qui a été pour lui la femme de sa vie, l'invite à se rendre avec elle à Montauk, à l'est de Long Island, station balnéaire dans laquelle leur idylle s’est jadis en partie déroulée. Là, malgré les retrouvailles émouvantes et une nuit passée ensemble, le chemin du retour vers New York se révèle douloureux. Rebecca lui confie que sa blessure à elle est sans doute bien plus douloureuse que celle de l'écrivain. Mais n'est-il pas trop tard pour tout remettre en question ?...

J'aime beaucoup le cinéaste qu'est Volker Schlöndorff. Si "Le Tambour" est sans doute son chef-d'oeuvre, j'ai davantage encore aimé son "Retour à Montauk". L'histoire est très classique, mais son choix d'acteur l'est moins. Stellan Skarsgard, excellent comédien s'il en est, ne colle pas vraiment au personnage de cet écrivain "amateur" de femmes beaucoup plus jeunes que lui. Sa femme l'est de beaucoup, Rebecca de 24 ans. Nina Hoss, quant à elle, colle parfaitement au personnage. Cette magnifique actrice, que j'ai découverte il y a cinq ans dans "Barbara", de Christian Petzold, est sans aucun doute la meilleure comédienne germanique et l'une des trois ou quatre meilleures européennes. Elle tourne peu, mais ses choix sont toujours excellents (j'ai vu quatre de ses cinq derniers films). Ici, elle incarne une Rebecca d'abord glaciale, puis de plus en plus attachante, jusqu'à la révélation finale qu'elle fait à son ancien amant. Là, elle se révèle alors absolument sublime et bouleversante. Sur moi, la magie du film a surtout opéré grâce à elle. Et la note que je lui attribue lui doit un peu d'être aussi élevée...

Note : 17/20

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Jeudi 8 juin 2017

Le film du jour : Die Göttliche Ordnung (L'ordre divin)

Suisse, 1971. Alors que toutes les femmes européennes ont le droit de vote, une petite nation machiste résiste encore et toujours à la tentation du diable. Accorder ce droit fondamental à des mères de famille, à femmes de ménage, à des cuisinières, à des lavandières, à des puéricultrices, à des boniches, à des bigotes qui ignorent tout du diamant qui sommeille entre leurs fesses (là, je fais référence à une excellente scène du film), bref, à des épouses dociles, soumises et respectueuses de la domination inaliénable du mâle dans le couple, est impensable. En 1959, une première tentative nationale a lieu. Verdict : à deux contre un, les hommes disent non, nein, no ! Entendu et vu alors, à la télévision, ce commentaire de leur part : "La femme n'a nul besoin de voter car, dans son couple, elle possède suffisamment de pouvoir pour influencer son homme quant au bulletin qu'il doit déposer dans l'urne". Hallelujah, le mâle outrageusement sous-développé a causé ! Au secours ! En 59 donc, alors que les citoyennes de l'Azerbaïdjan ou de l'Arménie votent depuis 1918 (et celles de Nouvelle-Zélande depuis 1893), les Suissesses devront encore attendre 12 ans avant de pouvoir le faire sur le plan fédéral. (Petit aparté : je suis devenu majeur en 1974 et j'ai donc pu voter trois ans seulement après toutes les femmes de ce pays, ce qui, littéralement exprimé, me troue le c..)

En Appenzell Rhodes-Extérieures, Nora est une jeune femme qui vit pleinement son rôle de mère de famille. Elle a deux enfants, un mari qu'elle aime et n'en demande pas plus. Mais, durant l'hiver 70-71, une nouvelle campagne pour le droit de vote des femmes se met en place. Interpellée par des militantes favorables au projet, Nora prend conscience qu'il est peut-être temps que les choses changent dans ce pays pétri d'immobilité. Mais le fait de vivre dans un canton rural et farouchement attaché à ses traditions ne l'aide pas. De plus, et ce qui n'arrange rien, la majorité de la gent féminine de son village est opposée à ce droit qu'elle mérite pourtant autant que l'homme. Alors, devant l'obstination aveugle et souvent méchante de ceux qui leur contestent cette légitimité, celles qui sont pour quittent leur ménage et se réunissent dans une ancienne auberge afin de faire la grève. Les hommes, d'abord incrédules, puis désemparés, finissent par se mettre d'accord pour briser cette grève sauvage et inadmissible. L'action qu'ils entreprennent dans ce sens débouche malheureusement sur un drame inattendu. Les choses rentrent alors dans l'ordre et chacun attend la date du vote avec impatience. Le 7 février 1971, le résultat débouche sur une inversion du verdict de 1959, et deux hommes sur trois acceptent que les femmes puissent enfin jouir de ce droit fondamental. Si le canton d'Appenzell refuse le projet à 71% (95% en 59), la commune de Nora est la seule à l'accepter, à une très faible majorité (le film est basé sur des faits réels).

Voila encore une histoire de femmes, tournée par une femme. Petra Volpe, cinéaste argovienne, met en scène la lutte légitime d'un petit groupe de militantes féministes oeuvrant dans le monde ringard des traditions séculaires masculines. Le film est magnifique, souvent drôle, et mené par une actrice épatante qui a pour nom Marie Leuenberger, que je ne connaissais pas. Ayant beaucoup lu, avant même de connaître l’existence de long métrage, sur l'obtention par les femmes du droit de vote, l'intrigue m'était connue, mais j'ai adoré la façon dont Petra Volpe a traité le sujet. Et finalement, dans cette histoire d'un autre temps, ce qui est ahurissant, c'est de constater à quel point, dans les cantons dits "primitifs", les femmes elles-mêmes étaient opposées à ce droit. Il faut savoir que, sur le plan cantonal, si les Vaudoises et les Neuchâteloises furent les premières en Suisse à l'obtenir (1959), Appenzell Rhodes-Intérieures leur a toujours refusé. Il faudra attendre novembre 1990 (!!!) et une décision du Tribunal fédéral (!!!), pour que ce demi-canton rétrograde octroie à ses citoyennes le doit de s'exprimer en matière cantonale. Juste hallucinant... L'Ordre divin a été récompensé au Festival de Soleure, à New York et plusieurs fois aux Quartz 2017 (Oscars du cinéma suisse), obtenant les prix du meilleurs scénario (Petra Volpe), meilleure actrice (Marie Leuenberger) et meilleurs second rôle féminin (Rachel Braunschweiger). Personnellement, je pense que si "Ma vie de courgette" n'avait pas été désigné meilleur film de fiction de l'année, c'est "Die Göttliche Ordnung" qui aurait obtenu le Quartz...

Note : 17/20

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Mardi 6 juin 2017

Le film du jour : De plus belle

Lucie, la quarantaine, émerge d'une période douloureuse qui l'a vue se battre contre un cancer du sein. Apparemment hors de danger, elle porte encore une perruque, suite aux diverses chimios qu'elle a dû subir. Dans un monde qui, privé de son active participation, n'a pas arrêté de tourner, elle tente de retrouver sa place. Mais elle éprouve de la peine. Elle se trouve moche et a perdu toute confiance en elle. Ignorée par sa fille de 14 ans, peu ménagée par sa mère, Lucie (Florence Foresti) ne trouve pas grande motivation à sortir du trou. Jusqu'au jour où Clovis (Mathieu Kassovitz) entre dans sa vie. Parallèlement à cela, elle fait connaissance de Dalila (Nicole Garcia), une femme énergique qui vient en aide à des femmes en rupture d'amour avec leur corps. Clovis et Dalila semblent donc les plus aptes à ramener Lucie sur le chemin lumineux de la vie. Mais hélas, quelque temps après, notre héroïne apprend qu'elle est victime d'une rechute de sa maladie. Pire, elle devra sans doute se résoudre à subir une double mastectomie...

"De plus belle" n'est pas un film sur le cancer du sein. C'est avant tout un film sur le problème qu'ont beaucoup de personnes (hommes ou femmes) avec leur propre image. La maladie de Lucie, que toute femme redoute (secrètement ?) peut-être, ajoute encore à la gravité du sujet, mais elle n'est pas omniprésente. Pour Anne-Gaëlle Daval, le fait d'avoir choisi la meilleure humoriste de France pour interpréter le rôle de Lucie, est une idée géniale. Pour son 15ème long métrage, Florence Foresti livre une performance magnifique. Fabuleuse comédienne, cette "petite" Lyonnaise au charme et au charisme éblouissants, incarne l'héroïne à la perfection, magnifiquement soutenue qu'elle est par Nicole Garcia, actrice (et réalisatrice) exceptionnelle elle aussi. Kassovitz est bon (je le préfère metteur en scène), Olivia Bonamy et Jonathan Cohen, qui jouent la sœur et le frère de Lucie, sont eux aussi excellents. Quant à la metteuse en scène, que je ne connais pas et pour cause puisqu’elle a écrit et réalisé ici son premier film, elle réussit un véritable coup de maître(sse). Voilà une femme de plus dans la cour de ces réalisatrices françaises, toujours plus nombreuses, qui parviennent sans peine à égayer et émouvoir une âme qui, en moi et depuis longtemps, est devenue extrêmement sensible à leur cinéma...

Note : 16/20

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Lundi 29 mai 2017

Cannes pour la 70ème fois…

Rideau ! Spotlights sur off, le 70ème Festival du film de Cannes s'est terminé hier soir. Loin du tumulte et de la frénésie agitant la Croisette à cette occasion, j'ai vécu la cérémonie de clôture devant mon écran plasma. Après avoir suivi, via Twitter, Instagram et Canal, les péripéties de 12 jours consacrés à cet Art que je vénère, j'attendais le palmarès avec impatience. Comme je n'ai pas encore vu, et pour cause, les films récompensés, je m'en tiendrai aux deux palmes décernées à Diane Kruger (très émue et d'une sublime beauté) et Joaquin Phoenix. Si la première me ravit car elle met à l'honneur une comédienne formidable mais injustement fort peu récompensée jusqu'ici, la seconde m'a fait bondir de mon fauteuil. Un bon de joie, bien sûr. Parce que ce que cet homme met dans l'interprétation de chacun de ses personnages à l'écran me stupéfie. Depuis "Walk the Line" (Golden Globe 2006 pour son interprétation du personnage de Johnny Cash) j'ai vu tout ce qu'il a tourné. Et j'en conclus aujourd'hui que Joaquin Phoenix est, avec Christoph Waltz, Mads Mikkelsen et Casey Affleck, le meilleur acteur du monde. Et lui non plus, à l'instar de la lauréate du même prix, n'a jamais été récompensé comme il aurait mérité de l'être au cours d'une si brillante carrière. Hier soir, à l'annonce de son nom comme lauréat du Prix d'interprétation masculine, le comédien n'y a pas cru, et il lui a fallu plusieurs dizaines de secondes pour rejoindre la scène. Preuve de son incrédulité : les baskets qu'il avait chaussées, malgré son smoking. Génial personnage, en vrai comme dans tous ses rôles. Ces deux magnifiques comédiens ont ainsi contribué à la très belle réussite de ce "70ème Cannes". Comme celles et ceux que j'ai particulièrement apprécié voir évoluer dans ce monde magique qui est leur cinéma : Nicole Kidman, Uma Thurman (elle n'a jamais été aussi belle!), Juliette Binoche, Jessica Chastain, Fan BingBing (Waow!), Marion Cotillard, Bérénice Béjo, Isabelle Huppert, Jacqueline Bisset, Agnès Jaoui, Adèle Haenel, Frédérique Bel, Maren Ade, Jane Campion, Pedro Almodovar, Michael Haneke, David Lynch, Claude Lanzmann, Costa-Gavras, Vincent Lindon, Colin Farrell, Claude Lelouch, François Ozon, Michel Hazanavicius, etc...

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Mercredi 24 mai 2017

So long Sir Roger…

Si ma passion pour le cinéma est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est sans doute à Roger Moore que je le dois. Bien avant que je mette les pieds dans une salle de cinéma (1965), je découvrais les séries télévisées de la fin des années 50, toujours chez des camarades de classe, car nous n’avions pas la télé. Découverte simultanément, il me semble, avec "Rintintin", "Ivanhoé" fut la première. Plus que le génial berger allemand, le héros créé par Walter Scott me subjuguait. Dans le rôle-titre, à peine âgé de 30 ans, Roger Moore était mon héros. J’adorais le générique et la chanson qui l’accompagnait. Dans les tournois auxquels il participait, sur son cheval blanc le chevalier à la lance gagnait tous ses combats. Ces affrontements, cavaliers se faisant face, lance à l’horizontale dans le but d’éjecter l’adversaire de sa monture, je les trouvais fascinants. Avec Simon Templar et "Le Saint", l’acteur anglais, dans un autre genre, devenait l’idole de mon adolescence. J’admirais l’aisance qu’il affichait avec les femmes et j’étais dingue de son coupé Volvo 1800 S. En 1973, gagnant déjà ma vie, j’ai longtemps cherché à en acquérir une, hélas en vain, ce modèle d’occasion étant très rare à l’époque. Quelques années plus tard, c’est à Lord Brett Sainclair que je souhaitais ressembler. Si son titre de noblesse m’indifférait totalement, là encore ses conquêtes féminines, son humour so british me ravissaient. Cet humour, qu’il affichait dans "Amicalement vôtre", on le retrouve dans les sept James Bond qu’il a tournés entre 1973 et 1985. De tous les comédiens ayant interprété le rôle de 007, Roger Moore était pour moi le meilleur. Et justement pour cette raison. Pince-sans-rire et flegmatique, au même titre que Patrick McNee dans "Chapeau melon et bottes de cuir", James Bond-Moore incarnait l’espion anglais dans toute sa splendeur. Mon préféré de la série demeure "L’Espion qui m’aimait" (1977 – 40 ans déjà !), sans doute parce qu’il y côtoyait le très beau major et espion russe Anya Amassova, incarné par la sublime Barbara Bach…

Dès la fin des années septante, dans l’exercice de ma deuxième profession, j’ai eu l’occasion de le voir souvent à l’aéroport de Genève. Habitant alors Gstaad, il voyageait toujours en compagnie de Luisa, sa très belle épouse italienne. Ayant eu directement affaire à lui de par ma fonction, je l’ai toujours trouvé tel qu’il était à l’écran (et spécialement dans les James Bond) : un gentleman, très classe, poli, grand dans tous les sens du terme, et avec ce sourcil légèrement relevé lorsqu’il s’adressait à moi. Seule chose bizarre : sa voix. Ayant vu jadis tous ses films en version française, le comédien qui le doublait avait un timbre de voix très différent, mais qui lui allait très bien. Apprendre sa mort, hier, m’a rendu très triste. Parce que c’était un acteur remarquable et un homme de cœur, ayant été ambassadeur pour l’UNICEF, ce qui me touche particulièrement. Et puis aussi et surtout parce qu’il fut le tout premier comédien à m’avoir fait aimer cet art majeur qui consiste à mettre en scène, à filmer et à diffuser sur écran, petit ou grand, des œuvres nées de la plume de quelque auteur et de quelque genre que ce soit…



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Samedi 13 mai 2017

Le film du jour : Ein Deutsches Leben

Née à Berlin le 11 janvier 1911, Brunhilde Pomsel devient en 1942 l'une des secrétaires particulières du Dr. Joseph Goebbels, ministre du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande. Membre du parti nazi, jusqu'à la fin de la guerre et en qualité de dactylo, elle va ainsi servir le plus fidèle de tous les sbires d'Adolf Hitler. Sans doute le plus fanatique, il sera le seul à demeurer auprès de son Führer, dans le bunker de Berlin assiégé par les Russes, jusqu'à la fin du IIIème Reich, en compagnie de sa femme Magda et de leurs six enfants. Le 1er mai 1945, après que Hitler se soit suicidé le jour précédent, le couple Goebbels en fait autant après avoir empoisonné ses enfants, cinq filles et un garçon en bas âge. Brunhilde Pomsel demeurera elle aussi dans le refuge nazi jusqu'à la fin. Une fois la ville libérée, elle est emprisonnée à Buchenwald et Sachsenhausen, devenus camps soviétiques, jusqu'en 1950. Après quoi, elle travaille, toujours en qualité de secrétaire mais aussi de speakerine, à la télévision allemande. En 1971, elle prend sa retraite. Installée à Munich, elle meurt le 27 janvier 2017, à l'âge respectable de 106 ans...

Film documentaire mis en scène par cinq réalisateurs, "Une vie allemande" est une longue interview, recueillie en 2015, alors que cette femme avait 104 ans. Devant une caméra très statique, qui la filme invariablement ainsi et avec de nombreux gros plans, Brunhilde Pomsel fait face à son passé. Son visage, harmonieux, est constellé de rides, dont les sillons ressortent davantage encore sur une pellicule en noir et blanc. Sa mémoire est vive, ses yeux pétillants, ses cheveux majoritairement gris. Sans ces rides impressionnantes, elle ferait facilement 40 ans de moins. Quant à ses propos, ils sont ceux d'une femme qui se défend d'avoir servi sciemment l'un des plus grands criminels de guerre de l'appareil nazi. Comme les pires horreurs qu'ont commis ces derniers, n'ont jamais été ordonnées par écrit, j'ai tendance à la croire. Même si elle n'ignorait rien de la virulence des discours de son patron, elle prétend n'avoir appris la Shoah qu'après la fin de la guerre.

Entrecoupé de nombreuse séquences de films de l'époque mettant majoritairement en scène les atrocités découvertes par les alliés lors de la libération des camps, le film est, sur ce point précis, parfois insoutenable. Mais ces séquences sont nécessaires pour mettre en lumière (aux moins initiés) la barbarie de ceux qui étaient aux commandes du Reich en ce temps-là. Quant au témoignage de Brunhilde Pomsel, il ne saurait être remis en question par ces seules images. Elle n'a adhéré au parti qu'en 1942, afin de pouvoir bénéficier d'un emploi. Ce qu'elle a fait, vécu, sa propre contribution au régime, doivent être remis dans leur contexte. On ne peut pas, 75 ans après et sans avoir vécu cette époque, condamner cette femme et l'envoyer au bûcher. La question que l'on doit se poser est la suivante : noyés dans la masse d'un peuple en guerre, qu'aurions-nous fait à sa place pour vivre, pour survivre et tenter de sortir vivants d'un chaos qui allait survenir dès 1943 ? En 1933, lors de l'avènement du nazisme, ce parti ne faisait pas davantage peur qu'une extrême-droite qui, aujourd'hui en Europe, représente la première force politique de bien des pays, Suisse y compris...

Note : 15/20

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Mercredi 3 mai 2017

Le film du jour : Et les Mistrals gagnants

Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual sont une fillette et quatre garçonnets âgés de six à neuf ans. Leur particularité ? Ils souffrent tous de diverses et très lourdes pathologies. Des maladies graves, au libellé techniquement incompréhensible, qui les handicapent beaucoup dans leur vie d'enfant. Alors que leurs petits camarades de classe peuvent espérer un avenir somme tout serein, elle et eux vivent au jour le jour, dépendants qu'ils sont d'une surveillance médicale et de soins dont personne ne connaît vraiment la durée. En dépit de cela, ces bambins font face, dans leur vie quotidienne, avec une incroyable détermination. S'ils parlent, rêvent et s'enthousiasment comme n'importe quel enfant le fait, eux affichent une stupéfiante lucidité dans leur façon d'appréhender leur avenir. A l'écran, les enfants parlent, jouent rient, se racontent, se projettent dans le futur de façon immensément émouvante. Certains d'entre eux font même preuve d'une troublante maturité. Ce documentaire, parce que c'en est un, est un modèle du genre, et Anne-Dauphine Julliand, la réalisatrice, réussit la prouesse de ne pas verser dans le pathos, même si certaines scènes ont vraiment de quoi vous retourner le cœur et l'âme. Ce tour de force, la metteuse en scène le doit sans doute beaucoup à sa propre expérience, elle qui a perdu deux de ses quatre enfants en bas âge, vaincus par la maladie...

Et puis, et je le reconnais volontiers, ces quatre-vingt minutes d'images se trouvent encore embellies, l'espace de trois trop courtes minutes, par la plus belle des chansons de Renaud. "Et les Mistrals gagnants" est un film exceptionnel, bouleversant, somptueux dans la leçon que nous donnent ces petits bouts de choux qui n'ont rien fait à la vie pour qu'elle se comporte ainsi avec eux. Ambre, la seule petite fille du groupe, m'a particulièrement ému par sa joie de vivre, par son sourire et ses yeux qui pétillent, qui brillent de mille éclats lorsqu'elle s'adonne à sa grande passion pour le théâtre. Mais tous, sans exception, sont admirables ! Tous, plutôt que de survivre, méritent de vivre et de se voir ainsi récompensés pour l'exemple qu'ils donnent à un monde adulte (dont je fais partie) qui gâche la sienne à se plaindre de tout, de rien et de n'importe quoi. Anne-Dauphine Julliand, dont c'est ici la première réalisation, nous offre une œuvre magistrale dans la façon de filmer des enfants malades. Et l'humanité de cette femme, sans doute doublement brisée, déborde de chacune des scènes, chacun des plans de ce long métrage auquel je ne peux attribuer, et avec quelle émotion, que la note maximale...

Note : 20/20

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Jeudi 27 avril 2017

Le film du jour : Denial

Deborah Lipstadt (Rachel Weisz) est une professeure juive américaine spécialiste de l’histoire de l’Holocauste. Dans un livre publié en 1993, elle attaque David Irving (Timothy Spall), un pseudo-historien britannique, admirateur d’Hitler, négationniste, et prétendant qu’il n’y a jamais eu la moindre chambre à gaz dans le camp d’Auschwitz. Arguant de son incapacité à produire la moindre preuve susceptible de réduire à néant sa théorie, Irving lui intente un procès en diffamation. Celui doit se tenir à Londres et est fixé au 11 janvier 2000. Dans le système judiciaire britannique, le fait que ce soit à Deborah Lipstadt d’apporter la preuve de sa bonne foi, la déboussole grandement. Plusieurs avocats et juristes, payés par des donateurs privés, est mise à sa disposition, et leur tactique de défense accentue encore le désarroi de l’historienne. D’abord contre son gré, mais forts de leur expérience, ses défenseurs décident qu’elle ne prendra pas la parole lors du procès. Tout va donc reposer sur une tactique empêchant leur cliente de se confronter personnellement au très rusé Irving, lequel est bien davantage qu’elle habitué à ce genre de confrontation. Le procès s’ouvre alors, et il va durer trois mois. Maître Richard Rampton (Tom Wilkinson), le seul orateur parmi les avocats, est un homme relativement âgé qui demande à Deborah de l’accompagner à Auschwitz. Ce voyage en Pologne et l’attitude assez équivoque sur les lieux du massacre de l’homme de loi ne contribue pas vraiment à rassurer l’historienne. Mais, au fil du procès, elle se rend compte que le vieil homme est d’une intelligence prodigieuse et que sa tactique durant les audiences est la seule capable de lui assurer la victoire. Mais le juge unique devant livrer la sentence sème finalement le doute dans les esprits au cours des tous derniers instants du procès…

Cette histoire vraie et le procès qui en a découlé ont connu un grand retentissement à la fin du 20ème siècle. Ils ont contribué à réduire au silence (provisoirement) les négationnistes de tous bords (Faurrisson, Garaudy en France, Irving au Royaume-Uni), falsificateurs de l’Histoire et faisant injure à la mémoire des trois millions de Juifs assassinés dans les camps d’extermination nazis de Pologne. A l’heure ou l’extrême-droite, de plus en plus héritière du national-socialisme tristement célèbre, gagne du terrain partout en Europe, le film de Mick Jackson tombe à point. Le scénario est avant tout basé sur le procès, mais la visite que rendent Deborah et son avocat au plus grand camp de la mort nazi (au moins 1'100'000 victimes don 232'000 enfants), est d’un intérêt essentiel. Vraiment tournée à Auschwitz, cette longue séquence est nécessaire à l’histoire et, pour m’être rendu trois fois là-bas, je l’ai trouvée très émouvante. Dans le rôle du principal défenseur, Tom Wilkinson est exceptionnel, immense acteur qu’on ne voit pas assez sur grand écran. Idem pour Timothy Spall, qui incarne un Irving des plus répugnants. Quant à Rachel Weisz, qui comme son nom l’indique avait un intérêt évident à endosser ce rôle, elle est très convaincante. Cette comédienne, dont les parents (père hongrois, mère autrichienne) ont fui le nazisme en 1938 pour venir s’installer en Angleterre, est très demandée et j’ai vu plusieurs de ses films ces dernières années. Avec Kate Winslet, elle est pour moi la meilleure actrice anglaise mais, contrairement à sa consœur blonde, la brune tarde un peu à adopter ce statut de star qu’elle mérite mille fois. En France, "Denial" a adopté pour titre "Le procès du siècle". Encore une incongruité de ceux qui sont en charge de cette tâche, et qui ne font rien pour promouvoir un art qui les fait pourtant vivre…

Note : 17/20

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Samedi 15 avril 2017

Le film du jour : Corporate

Emilie (Céline Sallette) est la jeune DRH locale d'une grande multinationale, dans laquelle les méthodes de management moderne ne dérogent pas à la règle. Un jour, l'un de ses subordonnés, visiblement plus en odeur de sainteté, se suicide en sautant de la terrasse du 4ème étage du bâtiment dans lequel se trouve son bureau. Geste désespéré, enquête et questions : la tragédie est-elle due à un problème personnel ou à un éventuel harcèlement moral de son employeur ? Stéphane (Lambert Wilson), le directeur de la boîte et supérieur direct d'Emilie, compte sur sa brillante collaboratrice pour que l'entreprise soit rapidement mise hors de cause. Pour la jeune femme, c'est le début d'une marche sur les charbons ardents. Prise entre Stéphane, qui lui met la pression, et Marie (Violaine Fumeau) l'inspectrice du travail qui mène son enquête, Emilie assumera-t-elle cet esprit "corporate", base de toute relation entre direction et employés, qui lui a été inculqué dès son engagement dans la boîte ? En d'autres termes, ira-t-elle jusqu'à se sacrifier pour le bien d’une entreprise dont elle a accepté de se soumettre aux règles ?...

Les premières images du film le précisent bien : l'histoire que raconte "Corporate" est fictive, mais les méthodes de management sont elles bien réelles. Dans cette jungle du business moderne, les ressources humaines n'ont plus grand-chose d'humain. Tout est basé sur le profit et la survie de l'entreprise. A celles et ceux qui gèrent ces ressources, on enseigne l'art de la manipulation de l'employé. Eviter un conflit menant au licenciement, au profit d'un harcèlement moral qui poussera le collaborateur à démissionner de lui-mêm. Et pour cela, tous les moyens sont bons. J'en sais quelque chose pour, au cours des dernières années de ma vie active, en avoir subi quelques désagréments. Et je ne m'en suis sorti pour la seule raison de me trouver à un âge proche de la retraite. Dans le film, Emilie comprend assez rapidement l'enjeu pour elle. Elle est responsable d'avoir appliqué les méthodes qu'on lui a enseignées et, à ce titre, elle devrait en tirer les conséquences. Mais c'est sans compter sur son sens de la justice et la relative bienveillance d'une inspectrice du travail pas dupe, mais intègre et humaine...

Très bon film donc que ce "Corporate" qui met en lumière les rats qui sévissent dans les plus hautes sphères des grandes entreprises partout dans le monde. L'histoire est passionnante, les actrices et acteurs parfaitement en place et la réalisation classique, ce qui est loin d'être un défaut. Céline Sallette, que j'aime beaucoup, figure ici dans l'un de ses premiers grands rôles, et elle y est magnifique ; alors que Violaine Fumeau, que je ne connaissais pas, se révèle extrêmement prometteuse et bourrée de talent. Une très charismatique actrice que je ne demande qu'à revoir sur grand écran très rapidement...

Note : 16/20

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Vendredi 7 avril 2017

Le film du jour : A United Kingdom

En 1947 Seretse Khama (David Oleyowo), un jeune Noir africain, termine ses études à Londres. Dans une boîte de jazz, il fait la connaissance de Ruth Williams (Rosamund Pike), jeune femme blanche qui vit encore chez ses parents, dans la capitale. Entre eux, très vite l'amour succède à l'amitié. Mais Seretse a un secret qu'il ne peut cacher davantage à sa belle. Il est le petit-fils du dernier roi du Bechuanaland (futur Botswana) et, son père n'étant de ce monde, son destin est de rentrer dans son pays afin de régner sur son peuple. Contre l'avis de ses parents, Ruth n'hésite pas une seconde à accepter de l'épouser et à le suivre dans un pays dont elle ignore tout, si ce n'est que, convoité par l'Afrique du Sud, il est placé sous le protectorat de la Grande-Bretagne. De son côté, celle-ci fait tout ce qui est en son pouvoir pour contrarier le projet des nouveaux époux. Mais rien n'y fait. Arrivée dans son nouveau pays, Ruth doit faire face à l'animosité de ses habitants. Mais Seretse, amoureux fou de sa belle, parvient à persuader son peuple d'accepter Ruth, car sans elle à ses côtés, il n'est pas question qu'il monte un jour sur le trône. Du côté anglais, ça ne se passe pas du tout de la même façon. Le Bechuanaland étant toujours sous la protection royale de sa majesté, Seretse est convoqué à Londres, où on lui apprend que son entêtement lui a valu une condamnation à cinq de bannissement de son pays. Pour le jeune couple, c'est la consternation. Un instant découragé, mais remis en selle par Ruth, le roi en sursis décide alors de saisir le taureau par les cornes et de se battre pour faire valoir son bon droit...

Encore une histoire où la bêtise universelle que constitue le racisme est mise en scène. Et j'adore ça ! J'adore que par de tels films, l'humain puisse se rendre compte à quel point il peut se révéler stupide dans son échelle de valeur relatif à la couleur de la peau. Mais je ne suis pas certain que ce soit le cas pour toute le monde. "A United Kingdom" nous conte une belle et émouvante histoire. D'autant plus qu'elle se déroule dans un pays d'Afrique où la démocratie n'est pas un vain mot. Seretse Khama était un vrai démocrate, et une belle personne. Ce que sa femme Ruth a sans doute remarqué avant tout le monde. Parce que qu'elle a entrepris par amour pour son mari est assez exceptionnel : rompre avec ses parents, ses amis, son pays, il fallait une sacrée dose de courage et de ténacité pour le faire et un amour qui devrait rendre envieux plus d'un homme en quête d'une compagne à chérir pour la vie. Dans le rôle du roi qui ne règne pas, David Oyelowo confirme sa prestation dans "Selma" en 2015, là où il incarnait un exceptionnel Martin Luther King. Quant à Rosamund Pike, malgré une carrière déjà vieille de quinze ans au cinéma, j'avoue que c'est la première fois que je la voyais dans un long métrage. Et le moins que je puisse dire est qu'elle m'a entièrement convaincu. Ce que le film ne montre pas mais nous le dit à la fin, c'est que Seretse Khama ne deviendra jamais roi du Botswana. Militant pour la République, il en deviendra le premier président, en 1966 et dès l'obtention de son indépendance, et qu'il y demeurera pendant 14 ans, avant d'être emporté par la maladie...

En aparté, et pour en revenir au premier rôle féminin de ce très beau film, Rosamund Pike, musicienne de grand talent, parle couramment le français et l'allemand. Je me réjouis donc de la voir prochainement dans "HhHH", film éponyme du fabuleux livre de Laurent Binet, paru en 2010 et qui conte l'attentat fatal dont fut victime Reinhard Heydrich, ignoble initiateur de la "Solution finale de la question juive". Dans ce film très attendu, la belle actrice britannique interprète le rôle de Lina, la femme de l'infâme Obergruppenführer SS, supprimé par deux partisans tchèques, à Prague en mai 1942...

Note : 16/20

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Mardi 4 avril 2017

Le film du jour : Hidden Figures

En 1961, en pleine conquête spatiale et ségrégation raciale, la NASA emploie une trentaine de femmes noires aux capacités intellectuelles hors normes. Dans le Centre spatial de Langley, situé à Hampton, en Virginie (Etat comptant parmi les plus racistes du pays), les femmes sont mises à part et subissent les frustrations imbéciles de la part des blancs, fermement attachés à leur domination. Dans le groupe, Katherine (Taraji Henson), Dorothy (Octavia Spencer) et Mary (Janelle Monáe) sortent du lot et la première est intégrée dans la cellule de commande du centre. Dirigé par Al Harrison (Kevin Costner), le programme visant à mettre un homme en orbite avant les Russes, bute sur divers problèmes que Katherine semble être la plus apte à pouvoir résoudre. Mais son arrivée dans cette structure constituée uniquement d'hommes blancs, à de la peine à passer aux yeux des nombreux racistes du groupe. Heureusement pour elle, Harrison se rend rapidement compte que ses capacités lui seront désormais indispensables s'il veut atteindre le but suprême de l'agence spatiale. Malheureusement pour la NASA, le 12 avril 1961 les Russes remportent le challenge, en plaçant Youri Gagarine en orbite autour de la terre. Vexée, l’agence américaine redouble d'effort et, en grande partie grâce à Katherine et à sa science du calcul concernant la trajectoire de la fusée Atlas, elle parvient à faire de même dix mois plus tard (20 février 1962), en envoyant John Glenn sur les traces de Gagarine. A cette époque, une gigantesque machine IBM est mise en fonction dans le centre de Langley, ordinateur qui, espèrent les ingénieurs, leur permettra de se passer de ce groupe de femmes qui effectue alors tout le travail des calculs. Seulement voilà, un tel outil est d'une telle complexité que même les ingénieurs d'IBM peinent à le mettre au point. En désespoir de cause, les géniales calculatrices noires sont appelées en renfort et, sous la direction de Dorothy, elles prennent en charge avec succès le fonctionnement de l'ordinateur. Dans ce groupe de femmes exceptionnelles, Mary a l'ambition de devenir ingénieure spatiale, ce qui serait une première pour une personne de couleur dans ce pays. Mais sa détermination et son intelligence sont telles, qu'elle parvient à persuader le juge, mandaté pour examiner sa demande d'entrée à l'Université, de lui permettre de réaliser son rêve...

A l'heure où le futur premier président noir poussait ses premiers cris, l'Amérique blanche interdisait encore aux gens de couleurs d'utiliser les mêmes toilettes qu'eux et les obligeait, dans les transports publics, à se tenir à l'arrière des véhicules. Les femmes noires de Langley vivaient la même humiliation. Malgré leur formidable travail, elles étaient considérées appartenir à une race inférieure. Leur contribution essentielle aux programmes spatiaux de la NASA est trop longtemps demeurée cachée à la population. Pourtant, c'est bien à Katherine Johnson, héroïne du film, devenue physicienne et ingénieure spatiale, que l'agence américaine doit les calculs de trajectoire de toutes les fusées liées aux programmes de leurs plus célèbres missions, tels que Mercury, Gemini, Appollo ou encore de la navette spatiale. Réalisé par Theodore Melfi, "Hidden Figures" ("Les figures de l'ombre", en français), est un film magnifique, interprété par des actrices épatantes et un Costner toujours aussi bon. Si l'on peut être ébloui par l'atmosphère parfaitement reconstituée des sixties, on est tout autant révolté par l'animosité flagrante que subissent ces femmes extraordinaires dans leur travail. Katherine, la seule à avoir été intégrée au groupe de commande du programme, travaille dans un bâtiment autre que celui de ses collègues. Mais elle demeure soumise à la règle des toilettes : si bien qu'elle est contrainte de parcourir chaque fois près d'un kilomètre pour aller se soulager, les seuls cabinets pour "colored people" étant situés là où travaillent toutes ses consœurs noires. Jusqu'au jour où Harrison, sous les yeux effarés de ses subordonnés, mettra fin avec rage à cette odieuse injustice. "Hidden Figures", à l'instar de plusieurs autres films américains sortis récemment (Moonlight, Loving, Race, Selma) ou proche de leur lancement (A United Kingdom, Get Out) a le mérite de mettre en lumière cette insupportable ségrégation raciale passée, mais encore très présente par les temps qui courent. A noter que Katherine Johnson (99 ans en août prochain) a reçu en 2015, des mains de Barack Obama, la Médaille présidentielle de la Liberté. Un honneur infiniment mérité...

Note : 17/20

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Lundi 27 mars 2017

Douze rousses qui comptent dans le cinéma

Toutes magnifiques et pétries de talent...


Stéphane AUDRAN (1932)



Marlène JOBERT (1940)



Isabelle HUPPERT (1953)



Julianne MOORE (1960)



Nicole KIDMAN (1967)



Amy ADAMS (1974)



Jessica CHASTAIN (1977)



Audrey FLEUROT (1977)



Kelly REILLY (1977)



Alexandra Maria LARA (1978)



Anaïs DEMOUSTIER (1987)



Emma STONE (1988)



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Mardi 21 mars 2017

Le film du jour : Monsieur & Madame Adelman

Sarah et Victor se rencontrent en 1971. Ils sont jeunes, insouciants, et pour elle c'est le coup de foudre instantané. Elle sait qu'il sera l'homme de sa vie. Victor de Richemont est apprenti écrivain, famille catho-bourge aisée, père cynique et mère alcoolo. Sarah Adelman est juive, ne fait rien, si ce n'est lire et corriger les textes que Victor pond. Ce dernier, se découvrant de très forts atomes crochus avec les parents de sa belle, décide de signer son premier roman du nom d'Adelman. Le succès arrive, le couple se renforce, mais Victor est un homme volage, qui a sans cesse besoin de remettre sa vie de couple (et sa virilité) en cause. Mais il aime sa femme. La preuve ? Au moment même où Sarah donne vie à leur premier enfant, lui s'envoie dans les toilettes une jeune femme rencontrée dans la salle d'attente de la maternité. Leur fils, en qui son père fonde de grands espoirs, est en fait un attardé mental (c'est ainsi qu'il le perçoit). Pour rattraper le coup, ses parents lui font une petite sœur, laquelle deviendra la plus grande fierté de Victor. Puis, lassée par l’évolution douteuse de son amour, Sarah le quitte et se met en couple avec un autre. L'écrivain déprime et le temps passe. Après quelques années, il repart à la conquête de sa femme, qui cède une fois encore à son charisme. L'œuvre littéraire de Victor s'épaissit de gros succès, il devient académicien. En 2016, âgé et voûté, Alzheimer semble s'introduire dans sa mémoire. Mais est-ce vraiment le cas ? On ne le saura pas, car il meure dans des conditions mystérieuses...

45 ans de la vie d'un couple dont on n'assiste à rien d'autre que la vie amoureuse. Ces deux-là semblent à l'abri de tout besoin, et seuls les hauts et les bas de leur histoire d'amour préoccupent le réalisateur Nicolas Bedos, dont c'est le premier film. Un peu léger, me direz-vous. Effectivement. Mais c'est bien fait, bien écrit, agréable, drôle, parfois acide (voire infâme pour ce qui est du comportement de Victor), et assez conforme à ce que la moyenne des couples est susceptible de vivre dans sa propre histoire d'amour. Dans les rôles titre, le réalisateur et scénariste Bedos est excellent, alors que sa compagne (à la ville aussi) et co-scénariste Doria Tillier, est très convaincante pour une première expérience en long métrage. Sur le fond même de l'histoire, Victor est assez insupportable, menteur, trompeur, attiré (plus tard) par les minettes, égoïste et nombriliste, alors que Sarah est une compagne fidèle, admirative, qui croit en son homme et lui pardonne un peu facilement ses écarts. Finalement, le film est à l'image de son affiche, sur laquelle Sarah est au premier plan, alors que Victor passe pour le héros. Une justice que, jusqu'au dénouement, l'histoire ne rend pas à la femme. Heureusement son issue, géniale, remet un peu les choses à leur place. Merveilleusement trouvée, elle est à mon avis assez caractéristique de beaucoup de couples au sein desquels la femme n'a pas, aux yeux des autres, la place qu'elle occupe réellement...

Note : 15/20

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Samedi 18 mars 2017

Le film du jour : Moonlight

L'histoire de Chiron se déroule à Liberty City, dans la banlieue de Miami, de nos jours, et elle va de l'enfance à l'âge adulte. Initialement surnommé "Little", Chiron est un enfant noir qui vit avec sa mère, droguée et prostituée. Timide, introverti, mal dans sa peau, il subit sans rien dire l'emprise que certains de ses camarades d'école ont sur lui. Juan et Teresa, un couple de jeunes noirs le recueille un jour, alors qu'il a décidé de ne pas rentrer chez lui. Auprès de ces adultes attentifs, qui lui offrent un repas et tentent de l'extirper de son mutisme, le jeune garçon trouve le réconfort qui lui permet de confier un peu. Contre l'avis de sa mère, Chiron continue à venir les voir régulièrement. Puis survient l'adolescence. Juan, qui était dealer, a apparemment été tué, mais Teresa s'occupe toujours un peu de lui. En classe, sa différence, son mutisme toujours présents, sont propices à ce que Terrel, un de ses camarades, noir comme lui, le prenne en grippe et l'humilie devant tout le monde. Mais Kevin, le seul vrai copain sur lequel il puisse compter, s'il ne prend pas publiquement sa défense, lui fait comprendre qu'il est de son côté. Un jour pourtant, après la fin des cours, Terrel met au défi Kevin de corriger Chiron. Le défié, devant les collégiens qui l'entourent, n'ose se dérober et frappe violement son ami, qui ne riposte pas. Chiron est blessé, davantage encore psychiquement que physiquement. Le lendemain, arrivant en retard en classe, notre héros se saisit d'une chaise et la réduit en pièces sur le dos de Terrel. Chiron est arrêté et emmené par la police. On le retrouve dix ans plus tard à Atlanta. Adulte, il a muri, s'est musclé, et ne se laisse plus faire. Mais lui aussi exerce le commerce de la drogue. Réconcilié avec sa mère, un jour il reçoit un appel téléphonique de Kevin, qu'il n'a pas revu depuis qu'il a quitté Miami. Son pote tient un restaurant dans la ville et, un soir, Chiron décide d'aller manger chez lui. Après la fermeture, Kevin emmène Chiron chez lui...

Oscar du meilleur film cette année, Moonlight est un très beau long métrage. Tirée d'une pièce de théâtre intitulée "In Moonlight Black Boys Look Blue" (Par clair de lune, les garçons noirs ont l'air triste (ou bleu?), l'histoire évoque, sur une quinzaine d'années, le parcours d'un enfant devenu homme vivant sa double différence (Noir et gay) avec grande difficulté. Le milieu défavorisé dans lequel il vit y est pour beaucoup, et le fait qu'il soit jugé et initialement rejeté par des jeunes arborant la même couleur de peau que lui, n'arrange rien. Dans le rôle de Chiron enfant, Alex Hibbert est peut-être le plus émouvant, ce qui rend l'intolérance des autres encore plus insupportable. Dans Chiron adolescent, Ashton Sanders est très convaincant aussi, et la violence physique qu'il subit met parfaitement en lumière la bêtise de certains de ses camarades de classe. Trevantes Rhodes, qui incarne Chiron adulte, émeut par le travail qu'il a entrepris pour se faire respecter. Heureusement, sa sensibilité est restée la même et la séquence dans laquelle il se réconcilie avec sa maman (Naomie Harris) est sans doute la plus belle du film. Et puis, dans un rôle très court (scénario oblige), Maershala Ali, qui incarne le sympathique Juan, est assez exceptionnel, ce qui justifie pleinement qu'il ait obtenu l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle il y a trois semaines. La mise en scène de Barry Jenkins est sobre, et la lumière assez blafarde, ce qui est sans doute délibéré, vu le thème du film. De ce thème, l'homosexualité révélée à un jeune gars vivant en milieu grandement défavorisé, le réalisateur montre l'essentiel, la chose étant évoquée avec beaucoup de pudeur à deux reprises seulement. On est loin des scènes limite pornographiques de "La vie d'Adèle", mises en scène par Abdellatif Kechiche en 2013 (mais qui demeure un film magnifique)...

Moonlight est donc une œuvre superbe, pour qui l'Oscar remporté, il faut l'espérer, aidera à favoriser l'indispensable respect total dont tout être vivant a droit sur cette planète, quelque soient, pour ce qui est des humains, sa couleur de peau, ses moeurs, ses croyances et sa condition sociale. Ceci dit, pour ce qui est de mon ressenti personnel, je ne cache pas que j'aurais préféré que Manchester by The Sea, histoire encore plus bouleversante, gagne la statuette tant convoitée...

Note : 17/20

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Vendredi 17 mars 2017

Mélanie Laurent ...

Sourit-elle ? Est-elle en larmes ? Impossible de trancher. Le talent de cette femme est tel qu'il va jusque-là. Jusqu'au point, pour le spectateur, l'admirateur, de se méprendre quant à l'humeur qu'elle affiche sur une image, qu'elle soumet à notre regard dans un film. A l'écran, cette femme pourrait passer cent minutes à ne rien faire d'autre que de sourire que je ne verrais pas où est le problème. Alors, lorsqu'elle parle, rit, se fâche ou pleure, imaginez ce que cela peu donner. Phénoménale actrice! Je ne me lasserai jamais de le dire et de le répéter.
Cinéma, théâtre, actrice, comédienne, scénariste, réalisatrice, metteuse en scène, artiste complète dans l'univers des saltimbanques, un mot qui, pour elle seulement, devrait être sublimé et muter vers belletimbanque, Mélanie Laurent est une icône resplendissante qui illumine, telle une éblouissante étoile, le monde du spectacle et du 7ème Art. Mélanie, je t'aime ! Je t'aime de la même façon que le père que je suis peut aimer ses deux filles à peine plus jeunes que toi...



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Mardi 14 mars 2017

Le film du jour : Sette Giorni

Ivan (Bruno Todeschini) et Chiara (Alessia Barela) se retrouvent sur la petite île de Levanzo, située au large de la Sicile, afin de préparer le mariage de Richard, frère d'Ivan, avec Francesca, amie de Chiara. Ils disposent de sept jours pour que la cérémonie puisse se dérouler dans les meilleures conditions. Sur cette île magnifique mais pas adaptée à la vie moderne du continent, et qui n'est peuplée que de 26 habitants, le travail des deux héros ne s'annonce pas facile. Ivan, botaniste un peu bourru, n'est là que pour faire plaisir à son frère, et juge sa tâche presque insurmontable. Chiara est plus optimiste, mais son entrain ne semble pas déteindre sur son camarade. Par contre, la beauté resplendissante de la jeune femme, n'a pas le même effet sur lui. Vivant seul et déçu par ses histoires d'amour, Ivan tombe rapidement sous le charme de Chiara, laquelle vit une relation qui, après quinze ans, semble ne plus être passionnelle. Après leur première nuit d'amour, Ivan propose à sa maîtresse de vivre cette histoire sentimentale jusqu'à la veille du mariage. Après quoi, ils repartiront chacun de leur côté. Chiara accepte. Les jours passent, le mariage a lieu, et le compagnon de Chiara figure parmi les invités. Amoureux comme jamais il n'aurait pensé de devenir, Ivan décide alors de quitter l'île par le premier bateau du lendemain matin, et demande à Chiara de l'accompagner jusqu'au port. Elle accepte, mais marchera derrière lui, en lui demandant de ne jamais se retourner. Ce qu'il accepte, malgré la douleur de la séparation...

Voilà un petit film italo-suisse qui ne paie pas de mine, puisque pour l'instant il n'est pas distribué en France. Eh bien les Français vont perdre quelque-chose, parce que cette histoire toute simple est très belle. Levanzo, île d'une sauvage beauté, est baignée de soleil et cernée de fonds marins dans lesquels se marient à la perfection le bleu le plus sombre et le turquoise le plus tendre. Si le frère d'Ivan a voulu se marier ici, c'est parce que, un jour, du phare de l'île, il a eu la révélation que la vie de drogué qu'il menait allait le conduire à sa perte. Ce décor de rêve est donc fort propice à ce qu'un homme et une femme, pas au top dans leur vie sentimentale personnelle, tombent amoureux l'un de l'autre. Mais pas pour une si courte durée. Leur rêve dure cinq jours. Avec des hauts et des bas. Parce que Chiara n'a pas l'intention de céder si facilement à celui qui, pris à son propre piège, déprime parfois à l'idée que tout va s'arrêter bientôt. Rolando Colla, le réalisateur suisse, met parfaitement en valeur aussi bien les acteurs que les sublimes lieux du tournage. Bruno Todeschini, excellent comédien neuchâtelois, incarne un Ivan ténébreux mais charismatique, alors que la très belle Italienne Alessia Barela, que je ne connaissais pas, est magnifique dans ce rôle de femme partagée entre deux amours, et qui ne choisira celui pour lequel son cœur balance qu'au tout dernier moment...

Note : 15/20

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Vendredi 10 mars 2017

Le film du jour : Miss Sloane

Elizabeth Sloane (Jessica Chastain) est une dynamique jeune femme approchant de la quarantaine. Elle est à la tête d'une petite équipe d'hommes et de femmes de son âge, voire plus jeunes, spécialisée dans le lobbying envers les sénateurs afin de tenter de faire passer une loi modifiant légèrement le 2ème amendement de la Constitution américaine. Nous sommes à Washington, là où le gouvernement siège et où les politiciens et le peuple, dans leur majorité, demeurent très attachés au droit de chacun de pouvoir sans autre acquérir, porter et de faire usage d'une arme à feu en cas de menace sur l'intégrité physique de son détenteur. La modification de cet amendement tend simplement à faire voter un contrôle des futurs acheteurs d'armes afin de pouvoir juger s'ils sont aptes à en user le cas échéant. Evidemment, l'immense et très puissant lobby des armes à feu est totalement opposé à ce projet. Miss Sloane, réputée d'une efficacité à toute épreuve dans son job, est approchée par ces derniers. Sa tâche : tenter de convaincre un maximum de sénateurs pour que, lors du vote au Sénat, le projet soit rejeté. Elle même, sans qu'ils le sachent, très attachée à cette modification de loi, elle leur rit au nez et démissionne du cabinet qui l'emploie. Avec la majorité de son équipe, elle rejoint le camp adverse, dont le PDG l'avait approchée quelques jours plus tôt. Avec ses méthodes parfois à la limite de la déontologie, elle se lance alors dans une lutte sans merci contre ceux qui, malgré les milliers de morts qu'occasionne le port libre d'une arme à feu dans le pays, défendent un droit auquel ils jurent ne jamais renoncer. Animée d'une rage folle dans cette lutte de tous les instants, Elizabeth met une folle pression sur toute son équipe. Ayant toujours un coup d'avance, ne risque-t-elle pas, emportée par sa fougue, de dépasser les bornes ? Son précédent employeur y veille sans cesse et n'attend que le moment où il pourra la cueillir et lui faire ainsi payer sa trahison. Et il y parvient. Miss Sloane est auditionnée par un membre du Sénat. Refusant d'abord, comme elle en a le droit, de parler, elle y consent finalement, au grand dam de son avocat, lequel est alors persuadé qu'elle ne s'en sortira pas. C'est sans compter sur l'intelligence prodigieuse de la jeune femme qui, si elle se retrouve emprisonnée pour quelques mois, n'en a pas moins, grâce à une machination époustouflante autant qu'inattendue, réussi à faire exploser tout le camp adverse, y compris le sénateur qui tentait de l'anéantir...

Après un début d'année majoritairement consacré, sur le plan cinématographique, à de magnifique histoires d'hommes, quel bonheur de retrouver celle dont j'attends toujours la sortie du prochain film avec grande impatience. Sorti en décembre chez elle, Miss Sloane débarquait enfin en Europe le 8 mars. Avec une Jessica Chastain au sommet de son art, de sa beauté, de sa présence à l'écran. Pendant plus de deux heures, elle monopolise l'écran. Quelle actrice ! Et quelle histoire ! Rarement l'intrigue d'un film m'a passionné à ce point. Et je crois pouvoir affirmer que jamais le dénouement d'un long métrage ne pas à ce point enthousiasmé. Alors que l'on pense que le parcours de la rousse héroïne va s'achever derrière des barreaux, issue extrêmement frustrante, voire décevante, paf! il y a cette astuce que personne dans la salle, j'en suis persuadé, n'a vu venir. Génialissime. Et réconfortante comme jamais. Parce que celle que je considère comme la meilleure actrice du monde (avec une australienne presque aussi rousse qu'elle) ne pouvait décidément pas finir à l'ombre après avoir, durant ces deux tours d'horloge, baigné dans une telle lumière. Autour d'elle, Mark Strong et tous les autres sont bons, alors que John Madden, avec qui Jessica avait tourné le magnifique "The Debt" (L'affaire Rachel Singer) en 2010, réalise un film exceptionnel. Par contre, si Miss Sloane est une coproduction franco-américaine, je m'étonne que le film n'ait pas récolté ne serait-ce qu'une seule nomination aux Oscars 2017 (Jessica Chastain n'a été que nommée aux Golden Globes). Serait-ce dû au sujet lui-même, qui aurait ainsi créé la polémique ? Pas impossible dans ce pays qui n'en est plus à un paradoxe près, puisque si la vente d'armes est libre partout, ce n'est pas le cas pour ce qui est de celle des sextoys, par exemple. Espérons quand-même que le film récoltera quelques nominations, voire plus, lors de la cérémonie des César 2018...

Note : 18/20

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Mardi 7 mars 2017

Le film du jour : Patients

Suite à un plongeon en eau trop peu profonde, Ben (Pablo Pauly) se retrouve dans un centre pour polytraumatisés. Tétraplégique partiel, il y côtoie d'autre patients plus ou moins tous atteints du même mal que lui. Jeune et grand sportif, Ben se voit immergé au coeur d'un univers dans lequel il ne peut rien accomplir sans une aide de tous les instants. Peu à peu, il se construit un cercle de potes qui tous, en sont réduits à cela, sauf Farid (Soufiane Guerrab), qui lui n'est "que" paraplégique. Cette condamnation à l'immobilité n'influe pas de la même manière sur le moral des uns et des autres. Si Toussaint (Moussa Mansaly) et Steve (Franck Falise) acceptent mal leur état, Ben demeure rempli d'espoir, persuadé qu'il remarchera un jour. Dans le centre de réadaptation, il fait la connaissance de la très jolie Samia (Nailia Harzoune), une jeune fille paraplégique qui prétend avoir été victime d'un accident de la route. Ben, motivé à fond, fait de réels progrès dans sa mobilité, et les deux jeunes gens deviennent amis. Mais au moment où une idylle semble naître entre eux, il apprend qu'en fait Nailia a voulu mourir suite à un chagrin d'amour...

Contrairement au Rap, j’apprécie assez le Slam et, depuis toujours, je ressens une admiration profonde pour Grand Corps Malade. Ce que ce gars écrit et chante, ou plutôt récite en musique, est d'une qualité assez exceptionnelle. "Patients", c'est son histoire, celle de Fabien Marsaud qui, quinze jours avant son 20ème anniversaire, subit cet incroyable accident dans une piscine. Ben, le héros, subjugue le spectateur par sa volonté, son optimisme et son courage. Alors que ceux qui l'entourent ne sont pas tous logés à la même enseigne, malgré les efforts parfois vains que chacun entreprend pour s'en sortir, lui file droit comme un TGV, les yeux rivés sur le seul but de sa vie : devenir maître de sports. Ses potes, pas tous aussi déterminés, ne font que le renforcer dans sa conviction. Et pour eux, sans doute est-il un exemple. Dans ce contexte et malgré la promiscuité, l'amitié de ce petit groupe ne fait que se renforcer. Mais, et contre toute attente, c'est finalement entre Ben et la belle Nailia que l'incompréhension va surgir, surtout en raison de la fougue verbale parfois maladroite du jeune homme...

Dimanche dernier, au volant de ma voiture, je découvre "Espoir adapté", le dernier succès de GCM. Je trouve le texte magnifique. Mais, sur le moment, je ne comprends pas vraiment à quoi il se rapporte. Le lendemain, je vais voir "Patients", qui figurait à mon programme ciné, et je comprends tout (c'est d'ailleurs sur ce titre que défile le générique). Ce texte, l'humanité évidente et très touchante dans laquelle baigne cette histoire, ces acteurs épatants, dirigés par deux metteurs en scène (Mehdi Idir est coréalisateur) qui le sont tout autant, font que ce long métrage est nettement, pour moi et jusqu'ici, le meilleur de l'année...

Note : 16/20

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Samedi 4 mars 2017

Le film du jour : Lion

En 1986, Saroo et son frère aîné Guddu sont deux enfants qui vivent dans la banlieue de Khandwa (Inde). Le grand entraine Saroo (cinq ans) à bord des trains de passage chargés de charbon. Ils en prélèvent quelques kilos et les échangent par la suite contre de la nourriture et du lait, qu'ils rapportent à leur mère et à leur petite soeur, avec lesquelles ils vivent dans la misère la plus totale. Un soir, alors qu'il doit aller travailler, Guddu rechigne à emmener Saroo avec lui ; mais le petit insiste tellement que le grand cède. Après quelques heures de labeur, Saroo, fatigué, s'endort sur un banc de gare. Guddu continue sa récolte de charbon, en demandant à son frère de ne pas quitter l'endroit ; il reviendra le chercher après avoir fini sa quête. Quelques heures plus tard, Saroo se réveille. La gare est vide et silencieuse. Il se met à la recherche de son frère, mais ne le trouve pas. Il finit par monter dans un train stationné là et dans lequel, finalement, il s'endort à nouveau. A son réveil, le train roule, il n'y a personne à bord et toutes les portes et fenêtres sont closes. Après deux jours et deux nuits de voyage, au cours duquel il parcourt 1'600 kilomètres, le convoi arrive à Calcutta. Pour Saroo, perdu dans cette ville gigantesque, l'errance la plus totale commence. Livré à lui-même, parlant hindi alors que le bengali est la langue de la ville, il est confronté à certaines pratiques d'individus les plus vils. Et c'est par miracle qu'il se retrouve un jour dans un poste de police, dans lequel on tente de trouver d'où il vient. Sans succès, car l'enfant prononce mal le nom de son village. Saroo est alors confié à un orphelinat, dans lequel les pensionnaires sont traités comme des chiens. Un an plus tard, Saroo est confié à un couple d'Australiens désirant adopter. Il quitte alors l'Inde pour aller, avec ses nouveaux parents, s'installer à Hobart, dans l'île de Tasmanie. L'adaptation à ce nouveau monde et à sa nouvelle famille se passe pour le mieux...

Vingt ans plus tard, Saroo (Dev Patel) part étudier à Melbourne et rencontre Lucy (Rooney Mara), dont il tombe amoureux. Au cours d'un souper indien en sa compagnie, on lui sert des "jalebi", une friandise qu'il adorait lorsqu'il était petit, et qu'il avait oubliée. Dès lors, peu à peu, son passé refait surface, jusqu'à devenir obsessionnel : que sont devenus sa maman, Guddu et sa petite sœur ? Se souvenant toujours de "Ginestlay", le nom du village dans lequel il est né, Saroo se met en tête de le retrouver. Pour cela, avec l'aide de Google Maps, et se référant à la longueur de son voyage en train, il trace un périmètre dans lequel il suppose que "Ginestlay" doit se trouver. Mais la tâche est ardue et, y consacrant tout son temps libre et son énergie, il délaisse Lucy et ses parents. Sue (Nicole Kidman), sa maman, en tombe malade. Après que celle-ci lui ait fait une confidence qui le bouleverse, il repart de plus belle dans sa recherche. Google Maps évoluant rapidement, il croit un jour reconnaître une région se trouvant dans le périmètre concerné : des terres rocailleuses et sans végétation, sur lesquelles il aidait sa maman à ramasser des cailloux. Plein d'espoir, il concentre sa recherche sur la banlieue de la ville tout proche de Khandwa. Il y est presque, mais comme "Ginestlay" est un nom prononcé phonétiquement, il n’est pas répertorié dans Google. Persuadé qu'il touche au but, il finit par tomber sur un petit village du nom de Ganesh Talai, un bidonville de Khandwa. Pour Saroo, c'est la délivrance. C'est là qu'il est né, il en est certain, d'autant plus que la gare est équipée du grand réservoir d'eau qui lui était familier lorsque, avec son grand-frère, tous deux se livraient à leur quête de charbon...

En 2012, Saroo effectue alors le voyage poignant qui va le ramener sur les terres qui l'ont vu naître. Il s'y rend seul et arrivé à Ganesh Talai, qui n'a pas changé, il parvient à retrouver la maison dans laquelle il vivait un quart de siècle plus tôt. Hélas, elle n'est plus qu'une étable servant d'abri à quelques chèvres. Mais, à cet endroit, il rencontre un homme âgé, qui parle anglais (Saroo a complètement oublié sa langue natale) et semble se souvenir de lui. L'homme l'invite alors à le suivre.

La suite est à découvrir sur grand écran...

Que dire de plus ? Qu'est-il nécessaire d'ajouter pour vous convaincre d'aller voir ce chef-d' œuvre tiré d'une histoire vraie (« A Long Way Home », livre écrit par le héros du film) ? Bouleversant ! Passionnant de bout en bout. Sans le moindre temps mort. Des images et, en Inde, une lumière fantastiques. Des acteurs exceptionnels. Dev Patel magistral, Rooney Mara sublime dans un rôle trop court pour son talent, Nicole Kidman grandiose, comme toujours. Sans oublier Sunny Pawar, qui interprète, durant la première moitié du film, un phénoménal petit Saroo. Pour moi, Garth Davis, réalisateur aussi australien qu'inconnu, met en scène l'une des plus belles histoires jamais portées à l'écran. Et bon dieu ce qu’elle fait du bien dans cette humanité qui est la nôtre et qui perd, petit à petit, toutes ses plus belles valeurs...

Encore une chose : lors du générique de fin, le réalisateur a l'excellente idée de nous faire voir le véritable Saroo, alors qu'il touche au but de son rêve le plus cher. Là, mesdames (et pourquoi pas les hommes les plus sensibles aussi, y'a pas de honte), le kleenex est fortement recommandé. Et puis, pour la petite histoire, Lion, le titre du film vient du héros lui même. En effet, étant petit, Saroo prononçait son prénom "Sheru", un terme qui en hindi est la version populaire du mot "Sher", lequel signifie lion...

Note : 19/20

VIVE LE CINEMA EN SALLE OBSCURE !



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Jeudi 2 mars 2017

Nicole Courcel...

Dans quelle petite ou grande vadrouille étais-je donc engagé en ce dimanche 25 juin 2016 ? Sans doute quelque-part en Europe. Toujours est-il que j'ai zappé la disparition de cette magnifique comédienne qu'était Nicole Courcel. La Nuit des César me l’a cruellement appris vendredi dernier. Née le 21 octobre 1931, elle connait ses heures de gloire dans les années 50-60, tournant alors avec les plus grands metteurs en scène : Becker, Carné, Le Chanois, Decoin, Cocteau, Cayatte, Autant-Lara, Yves Allégret, Lelouch, Litvak, Agnès Varda. Qui dit mieux ? Trop jeune pour avoir vu ses films en salle à cette époque, c'est en 1972 que je l'ai découverte, alors qu'elle jouait Nicole, la porte-parole des prostituées parisiennes, aux côtés de Lino Ventura, dans "l'Aventure c'est l'aventure", sous la direction de Claude Lelouch. Après quoi, en 1974, dans "La Gifle", on la retrouvait interprétant Madeleine, la compagne du même Ventura, dans une composition toute de douceur et de nuances, bouleversante dans son rôle de femme aimante mais quittée. Dans ce film qui voyait l'éclosion d'Isabelle Adjani, la plus grande actrice française de sa génération, c'est Nicole Courcel qui m’a le plus touché. En ce temps-là, épanouie, elle vivait sa quarantaine, belle comme elle l'a toujours été (voir les photos). Cinq ans plus tard, elle jouait "L'esprit de famille", de Jean-Pierre Blanc, son dernier film sur grand écran. Et puis, en 1979 donc, à l'âge de 48 ans et ayant encore tant à donner à ses admirateurs, elle mettait un terme à sa carrière cinématographique. Quel dommage pour cette brillante comédienne qui, à l'instar de ses contemporaines Danielle Volle et Michèle Grellier, vivait le crépuscule d'une carrière au moment où le cinéma devenait pour moi le plus bel art du monde...



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Lundi 27 février 2017

Les Oscars 2017

Bon, comme je n'ai pas vu la cérémonie en direct, j'aurais du mal à la commenter. Mais les images sont déjà sur YouTube, et la séquence de l'annonce erronée du film vainqueur est hallucinante, incroyable et pitoyable. Toute l'équipe de "La La Land" est sur scène et commence la séance des remerciements Il faudra attendre 2 minutes et 34 secondes pour que le producteur du film annonce que c'est en fait "Moonlight" qui a remporté l'Oscar. Indigne de Hollywood, des deux remettants (Faye Dunaway et Warren Beatty), plus de première jeunesse et ayant sans doute oublié leurs monocles au vestiaire. Cafouillage indescriptible, un peu à l'image de l'Amérique post 20 janvier 2017, même si le gougnafier du tripot qu'est devenu la Maison Blanche en a pris pour son grade. Quant au palmarès, je suis aussi emprunté pour le commenter, puisque que je n'ai pas vu "Moonlight" pour la simple et bonne raison que le film ne sort en Suisse que le 15 mars prochain. Par contre, j'ai été particulièrement satisfait de voir :

Emma Stone, Oscar de la meilleure actrice dans "La La Land".
Casey Affleck, meilleur acteur dans "Manchester by the Sea.
Viola Davis, meilleur second rôle féminin dans "Fences".
Damien Chazelle, meilleur réalisateur pour "La La Land".
Kenneth Lonergan, meilleur scénario original pour "Manchester by the Sea".
Les quatre autres Oscars remportés par l'équipe de "La La Land".



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Samedi 25 février 2017

42ème Cérémonie des César du cinéma français

Du pire au meilleur, dans un spectacle inégal de trois heures...

1. N’importe quoi !

« Mal de Pierres », de Nicole Garcia, rentre bredouille malgré huit nominations, dont quatre majeures (film, réalisatrice, actrice, scénario adapté). Une injustice flagrante pour une femme qui, depuis 27 ans, met en scène avec talent de magnifiques histoires (lui ayant valu 9 nominations). Dont celle-ci, qui est incontestablement la meilleure…

« Frantz » et François Ozon, qui ne repartent qu’avec une seule distinction (meilleure photo) parmi 11 nominations.

Florence Loiret-Caille, pour « L’effet aquatique », Juliette Binoche, pour « Ma Loute », Bérénice Béjo, pour « L’économie du couple », trois comédiennes comptant parmi les meilleures de France même pas nommées, malgré une performance digne d’éloge dans leur film respectif…

2. Incompréhensible !

Xavier Dolan, apparemment le nouveau Messie d’un cinéma français qui ne semble plus jurer que par le jeune Canadien qu’il est. Faut qu’on m’explique aussi comment il est possible que son film « Juste la fin du monde » puisse concourir pour le César du meilleur film étranger (qu’il n’a pas eu) et qu'il reçoive deux statuettes destinées à des films de production française… Ayant obtenu le César du meilleur montage (ça se discute), celui qu’il se voit attribuer comme meilleur réalisateur m'interroge grandement. « Juste la fin du monde » est un beau film, que j’ai apprécié, mais qui ne m’a pas plus emballé que ça, surtout par rapport à une issue extrêmement frustrante…

3. Pas mal !

La prestation de Jérôme Commandeur dans le rôle de maître de cérémonie. Il n’a cependant pas (et de loin), égalé la performance de Florence Foresti l’an dernier.

4. Bien !

« I, Daniel Blake », de Ken Loach, élu meilleur film étranger. Magnifique long métrage auquel j’ai cependant préféré « Manchester by the Sea », que j’aurais adoré voir gagner…

5. Très bien !

« Ma vie de Courgette », meilleur long métrage d’animation et meilleur scénario adapté pour Céline Sciamma. Belle récompense pour le réalisateur suisse Claude Barras. Moi qui ne suis pas fan des films d'animation, j'ai été emballé par celui-ci, d'abord par la technique de prise de vue image par image, mais aussi et sourtout parce que cette petite histoire toute simple est touchante et absolument magnifique...

Gaspard Ulliel, meilleur acteur. César récompensant un jeune acteur fabuleux, premier rôle de « Juste la fin du monde ». Avec Pierre Niney, qui aurait aussi médité de gagner pour son rôle-titre de « Frantz », Nicolas Duvauchelle, nommé pour « Je ne suis pas un salaud, et quelques autres, il représente la jeune génération la plus prometteuse des grands acteurs du cinéma français...

James Thierrée, meilleur second rôle masculin dans « Chocolat ». César mille fois mérité, tant cet artiste multidisciplinaire respire le talent. Petit-fils de Charlie Chaplin, il est le parfait successeur de son grand-père : artiste de cirque complet, mime de génie, et excellent comédien enfin récompensé.

Georges Cloney, César d’honneur 2017. Récompense méritée pour ce comédien et réalisateur de premier plan. Il est pour moi l’une des trois ou quatre personnalités qui représentent ce qui se fait de mieux aujourd'hui dans le cinéma américain. Et bon sang que son épouse Amal, enceinte et présente à ses côtés, est belle !

6. Génial !

César de la meilleure actrice et meilleur film pour Isabelle Huppert dans « Elle » (de Paul Verhoeven). J’aurais bien aimé que Marion Cotillard (figurant sur l'affiche officielle de la cérémonie), pour « Mal de pierres », le partage avec elle si elles avaient été déclarées ex-aequo. A près de 64 ans, l’actrice la plus rousse (avec Marlène Jobert) de l'hexagone n’a jamais été aussi fabuleuse dans un rôle. La plus rousse, mais aussi et à tous points de vue la plus belle, la plus charmante, la plus classe et la plus craquante. Avis personnel d'un mec qui est son cadet de très exactement 13 mois et qui a passé l'âge de courir après les minettes…

Valérie Lemercier qui, à l’occasion de sa remise du César du meilleur acteur, se livre à une petite plaisanterie parfaitement digne du talent de cette femme qui fut, il y a quelques années, une maîtresse de cérémonie des César jamais égalée…

Enfin il y a l’hommage rendu à Jean-Paul Belmondo. Salle debout et applaudissements à tout rompre pendant plus deux minutes. Immensément émouvant. Appuyé sur sa canne, debout et se tenant bien droit, Bébel fait face à cet hommage appuyé, sourire aux lèvres et teint buriné. Ses paroles de remerciement font cependant contraste avec la tenue du personnage. S’exprimant difficilement, et visiblement encore diminué par l’AVC subi il y a quelques années, les quelques mots qu’ils prononce tranchent cruellement avec la verve qui fut la sienne dans tous ses films. Jean-Paul Belmondo, 84 ans le 9 avril prochain, fait face à son passé d’acteur adulé. Belle image, même si triste et touchante, voire même hallucinante si l'on veut bien se rappeler de lui faisant du gringue à la magnifique Jacqueline Bisset dans « Le Magnifique » (le film de lui que je préfère), en 1972. Une image devant laquelle je me suis senti soudain envahi par la mesure du temps qui passe et ne revient jamais. Sans aucun doute le moment le plus poignant de la soirée…



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Mercredi 22 février 2017

Le film du jour : Loving

Virginie, Etats-Unis, 1958. Richard Loving (Joel Edgerton), homme blanc de 25 ans, aime éperdument Mildred Jeter (Ruth Negga), jeune femme noire de 19 ans. Leur amour est réciproque, mais les lois raciales de leur Etat de domicile les empêchent de convoler en justes noces. Ils décident donc d'aller se marier à Washington, moins restrictive dans ce domaine. De retour chez eux, étant désormais hors la loi, ils vivent très discrètement leur amour. Une nuit, Mildred étant enceinte, la police débarque et emmène sans ménagement le couple en prison. Mildred et Richard sont assez rapidement libérés sous caution. Ils sont alors jugés et condamnés à un an de prison avec 25 ans de sursis. La condamnation ferme leur est évitée à condition qu'ils quittent la Virginie et s'engagent à ne plus jamais y revenir tout au long de ce quart de siècle. Richard et Mildred se voient bien obligés d'accepter ces conditions et, effondrés, vont s'installer dans la capitale américaine. En 1963, alors que John Kennedy est au pouvoir, Mildred décide d'écrire à Robert, ministre de la Justice dans le gouvernement de son frère, en lui soumettant le cas de son couple et de ses enfants, injustement privés du droit de vivre avec le reste de leur famille. Touché par leur cas, Bobby délègue un avocat pour leur venir en aide. Après une procédure douloureuse qui va durer quatre ans, la Cour suprême de Etats-Unis annule le jugement rendu neuf ans plus tôt par l'Etat de Virginie...

Bienvenue dans un monde à peine vieux de 50 ans et dans lequel la ségrégation raciale, pour ne pas dire le racisme pur et dur, vit (la fin de) ses plus belles années. Dans seize des cinquante Etats des Etats-Unis, le mariage entre homme et femme à couleur de peau différente est strictement interdite. Plus hallucinant encore, cette loi imbécile tient sur la théorie que les enfants d'une telle union ne seront jamais considérés que comme de vulgaires bâtards et que, à ce titre, ils seront forcément défavorisés, voire mis au ban de la société. A gerber ! "Loving" est bien entendu une histoire vraie, celle du couple grâce à auquel le mariage interracial est aujourd'hui partout autorisé aux Etats-Unis. Avec cette œuvre (qui porte aussi bien le nom de famille réel des deux héros que leur histoire), Jeff Nichols met en scène un film magnifique. Dans le couple, si Richard semble, malgré un amour fou pour sa femme, un peu résigné quant à son sort, Mildred ne l'est pas du tout, et c'est elle qui se bat avec bec et ongles pour que justice leur soit rendue à tous les deux. Dans ce rôle, Ruth Negga est toute de douceur et de sobriété, et la tendresse du regard qu'elle porte sur son homme, lequel n'a jamais envisagé de la quitter, est bouleversant. "Loving" est une superbe histoire d'amour dans laquelle seul le CŒUR a droit de cité. Ce qui, hélas, est loin d'être toujours le cas...

Note : 16/20

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Mercredi 8 février 2017

Le film du jour : Manchester by the Sea

Boston, de nos jours. Lee Chandler (Casey Affleck) occupe le double poste de concierge et d’homme à tout faire au sein de quelques immeubles de son quartier. La quarantaine, personnage taciturne et renfermé, il vit seul dans un petit appartement minable. Dans ses escapades nocturnes, il passe son temps à déguste ses bières en silence, et demeure indifférent à tous ceux qui l’entourent, y compris au charme de certaines femmes le draguant ouvertement. Mais la bière accumulée aurait plutôt tendance à le rendre violent. Un regard un peu appuyé porté sur lui, une bousculade sans gravité avec un quidam suffisent à le rendre fou et, dès cet instant, la bagarre devient inévitable. Un jour, il apprend que son frère Joe (Kyle Chandler), malade du cœur, vient de mourir. Divorcé d’une femme névrosée Joe laisse seul Patrick (Lucas Hedges), son fils de 16 ans. A l’ouverture du testament, Lee apprend que son frère l’a désigné comme tuteur de l’adolescent. Pour lui, c’est une apparente catastrophe, étant sous-entendu qu’il devrait, en cas d’acceptation, venir habiter avec son neveu (qu’il aime pourtant beaucoup), dans la ville de Manchester by the Sea, située à une quarantaine de kilomètres de Boston. Lee demeure quelques jours dans cette ville qui l’a vu naître et grandir, mais qu’il ne semble plus aimer, histoire de réfléchir et de faire mieux connaissance avec Patrick, qui insiste pour qu’il dise oui à ce qu’on attend de lui…

Un an après "Spotlight", chef d’œuvre de tous les chefs-d’œuvre (et qui lui aussi se déroule autour de Boston), voilà que je découvre ce "Manchester by the Sea". Il y a une semaine, j’ignorais qui était Kenneth Lonergan, son scénariste et metteur en scène, et le nom de cette petite ville portuaire du Massachussetts ne me disait rien. Au terme du générique de fin, j’éprouve beaucoup de peine à me lever afin de quitter la salle. Je viens de visionner, dans un genre très différent, un autre pur chef d’œuvre. Les images se bousculent dans ma tête et je ne parviens pas à m’extirper de cette histoire belle à vous chambouler tous les sens. Histoire triste certes, mais sans pathos, et constellée de petites scène drôles. Scénario incroyable pour une trame cousue à la perfection. Si on cherche évidemment à comprendre pour quelle raison cet homme, apparemment brisé de l’intérieur, se comporte ainsi, le réalisateur a l’idée géniale de ne pas nous l’expliquer au terme de l’histoire. Non. Le drame de Lee, on le découvre à peu près à la moitié du film. Un atroce coup-bas du destin, qui le frappe lui, sa femme et leurs trois enfants. Dès l’entrée en scène du diable dans la vie de Lee, et sur toute la longueur d’un flashback qui dure plusieurs minutes, le film n’est plus un film, la séquence est une mise à nu de l’âme humaine, au cours de laquelle, j’en suis presque sûr, chaque spectateur à dû serrer ses poings, ses lèvres et son cœur pour tenter de ne pas lâcher cette larme que le héros s’obstine (sauf une fois, vers la fin de l’histoire) à ne pas verser lui aussi. Certains y sont sans doute parvenus, d’autre pas, je l’ai entrevu et perçu autour de moi. Moi ? Pour la première fois de ma vie, j’ai renoncé à essuyer une larme coulant sur ma joue, au moment où Lee, anéanti par le drame, tente et rate, dans une scène hallucinante tant elle est inattendue, de mettre fin à ses jours…

Après une telle somme d’émotions, on comprend évidemment mieux le comportement du héros. Ainsi que tout ce qui lui arrive jusqu’à la fin du film. Dans le rôle de cet homme brisé, Casey Affleck (le frère de Ben) est… je cherche le mot, mais ne le trouve pas. Alors je dirai que si le Nobel du meilleur acteur existait, je lui offrirais sans la moindre hésitation. Quelle performance ! Même Nicholson et de Niro, dans leurs plus beaux jours, sont battus. Et je pourrais presque en dire autant de Michelle Williams (qui joue Randi, la femme de Lee, dont elle est séparée) si son rôle avait été plus conséquent. Car dans les rares scènes où elle apparaît (et spécialement dans l‘une d’elle), elle est bouleversante et d’une justesse époustouflante. Nul doute que ces deux-là seront oscarisés le mois prochain à Hollywood, sans oublier ce génial auteur et metteur en scène qu’est Ken Lonergan…

En quittant la salle, et tout au long de la route me ramenant chez moi, les images de ce film n’ont cessé d’accaparer mes pensées, se mélangeant avec celles du règne de cet hallucinant président du pays dans lequel elles ont été tournées. Ebouriffant contraste ! Ce pays que j’ai adoré, pour l’avoir visité huit fois, et qui depuis un mois ne m’attire plus du tout, me plonge dans des sentiments contradictoires. Parce que le renier totalement, et je suis tenté de le faire, signifierait aussi renier tout ce que représente son 7ème Art. Or, comment se passer de tout ce que me procure ce cinéma-là ? Impossible ! Car, dans le genre, je l’aime au-delà de tout autre et ne pourrai jamais m’en passer. Et aussi parce que, pour la majorité de ceux qui le font, Trump représente le pire de ce que la politique de leur pays a produit durant ses 241 ans d’existence…

Note : 19/20

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Mardi 7 février 2017

Le film du jour : Jackie

Dans son tailleur rose maculé de sang, Jackie tente de s’extraire du cauchemar. Air Force One fonce en direction de Washington. A bord, Lyndon Johnson prête serment. Au sommet du pouvoir, on ne perd pas de temps. Le nouveau président des Etats-Unis est déjà en fonction. Jackie, complètement à la dérive, ne parvient pas à réaliser. Houston, Fort Worth les ont pourtant bien accueillis. Pourquoi Dallas ? Pourquoi cette maudite Dealey Plaza ? Pourquoi dans cette voiture sans toit ? Pourquoi la tête de son mari sur ses genoux ? Sur laquelle elle pose ses mains, tentant de stopper le flot de sang et de cervelle qui s’en échappe. Pourquoi cette panique subite qui s’empare d’elle, et qui la pousse alors à quitter la voiture, passant la banquette arrière pour se retrouver sur le coffre de l’auto ? Pourquoi l’agent secret la repousse-t-elle à l’intérieur. Et pourquoi celui-ci demeure-t-il sur derrière elle, alors que la voiture fonce à tombeau ouvert en direction de l’hôpital ? Pourquoi tout cela est-il arrivé ? Mais est-ce bien arrivé ? John, son "Jack", son président, son homme, celui qu’elle aimait et admirait le plus au monde est-il vraiment mort ? Et si oui, comment va-t-elle expliquer cela à Caroline et à John-John ? La vie est injuste, cruelle, odieuse. Révolte. Perte de repères. Dieu n’existe pas ! Jackie Kennedy, adorée par tout un peuple, se retrouve seule. Très entourée mais seule. Seule avec son traumatisme, seule dans son cauchemar, seule au milieu de ces souvenirs d’horreur, seule à lutter contre eux qui, sans doute, ne la quitteront jamais. 22 novembre 1963. En tombant sous les balles de ses assassins, John Fitzgerald Kennedy projette, bien malgré lui, sa femme Jackie au coeur d'un tourbillon infernal dont nul ne sait, et surtout pas elle, jusqu’où il l’entraînera dans les profondeurs de cet abysse…

Il n’y a rien d’autre à dire, sinon que Natalie Portman est Jacqueline Bouvier Kennedy, et qu’elle se révèle prodigieuse dans ce rôle d’une femme admirable à tous points de vue. Une femme que ce film ne manquera pas de nous amener à comparer à celle qui officie aujourd’hui en qualité de First Lady. Bon dieu quel contraste !

Note : 17/20

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Vendredi 27 janvier 2017

Le film du jour : La La Land

Los Angeles, de nos jours. Mia (Emma Stone) est une jeune comédienne qui peine à trouver des rôles au cinéma ou au théâtre. Pour vivre décemment, elle travaille dans fastfood. Régulièrement, elle passe des auditions qui se terminent toutes par un échec. Sebastian (Ryan Gosling) est un pianiste de jazz qui gagne sa vie en animant les soirées d'un restaurant dans lequel il est contraint de se plier aux choix musicaux du propriétaire. Comme il ne s'en tient pas à la liste qu'on lui fournit, un soir il se voit viré séance tenante. Mia, entrée par hasard dans le restaurant, est charmée par ce beau pianiste à l'air un peu triste, assiste ainsi à son renvoi. Seb, vexé par sa mise à pied, la bouscule en quittant la salle. Les circonstances de la vie font qu'ils se croisent à nouveau quelques temps plus tard. Ces deux êtres, frustrés de ne pouvoir exprimer leur réel talent, font connaissance. Entre eux, une idylle prend forme. Ils expriment leur rêve et tentent de le réaliser en se soutenant mutuellement par leur histoire d'amour. Mia écrit un one-woman show ; Seb, engagé dans un groupe de jazz trop moderne pour lui, rêve d'ouvrir sa propre boîte, dédiée à une musique plus traditionnelle. La jeune femme joue son spectacle devant une salle presque vide. Son ami et amant semble se résoudre à assurer finalement sa place au sein du groupe dans lequel il joue. De ce double échec surgit la discorde, et les deux artistes se séparent. C'est alors que les choses changent et que chacun semble désormais capable de réaliser son propre rêve. Ils se revoient par hasard cinq ans plus tard, tous deux parfaitement à l'aise dans leur propre élément. Mais leur est-il encore possible de renouer avec une histoire d'amour inachevée ?...

J'avoue ne pas être vraiment amateur de comédies musicales modernes. Si Fred Astaire, Ginger Rogers et autres Gene Kelly m'ont séduit dans celles qui les ont faits star, John Travolta, Olivia Newton-John ou Jennifer Beals, m'ont laissé totalement indifférent dans les leurs. Pourtant, au vu des extraits de La La Land, j'ai pressenti que cette comédie-là avait quelques chose de différent. Est-ce dû à l'admiration sans borne que je voue à Emma Stone, ou au talent évident d'un metteur en scène de 32 ans (Damien Chazelle) en état de grâce, je n'en sais rien. Toujours est-il que, un jour après sa sortie, j'ai couru voir le film. Après un pré-générique peu enthousiasmant, je craignais le pire. Mais ça n'a pas duré. Car tout le reste du film est un chef-d'œuvre absolu. La musique est magnifique, les chansons superbes et les scènes de danse somptueuses. La séquence tournée au Griffith Observatory (que je connais pour y être monté deux ou trois fois dans les années 80), point de vue nocturne incontournable sur la Cité des Anges, est d'une beauté exceptionnelle. J'en ai eu les larmes aux yeux, tellement c'était beau (et tellement cet endroit a ramené des souvenirs en moi). Ces deux heures de spectacle ont constitué, bien entendu, la meilleure surprise (mais en était-ce bien une ?) de cette nouvelle années cinématographique. Ryan Gosling (dont je n'étais pas vraiment fan) est excellent, quant à Emma Stone, bon sang quelle actrice ! Je l'ai découverte en 2011 dans "The Help" (La couleur des sentiments), et après l'avoir admirée dans quatre autres longs métrages ("Magic in the Moonlight", "Birdman", "Irrational Man" et celui-ci), je suis convaincu que cette jeune femme de 28 ans ne tardera pas à se hisser à la hauteur d'une Jessica Chastain ou d'une Nicole Kidman (mes références absolues). "La La Land" est une œuvre majeure dans le cinéma américain et mondial. Elle vient d'obtenir 7 Golden Globes et est nominée 14 fois (un record, avec "Eve" en 1950 et "Titanic" en 1997) aux Oscars, dont les cinq statuettes majeures (meilleurs film, réalisateur, scénario, acteur, actrice). Dans l'Amérique de ce pignouf de Trump, et un monde proche de la folie "La La Land" représente 126 minutes d'un voyage extraordinaire dans un monde de rêve situé aux antipodes de tant de médiocrité humaine...

Note : 18/20
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Mercredi 18 janvier 2017

Le film du jour : La mécanique de l'ombre

Après avoir été victime d'un burnout, Duval (François Cluzet) est licencié par son employeur. Au chômage pendant deux ans, au cours desquels il est devenu alcoolique, il tente de se libérer de cette drogue. Pour cela, il fréquente assidûment les réunions des "Alcooliques Anonymes". Et puis un jour, il reçoit un coup de fil d'un homme nommé Clément (Denis Podalydès) qui, ayant consulté son dossier au "Pôle emploi", déclare vouloir l'engager. Son travail ? Retranscrire sur papier des conversations téléphoniques enregistrées sur bande. L'homme qui veut l'engager est très mystérieux, le travail devra être exécuté dans un appartement vide, sur une machine à écrire. Duval se voir interdire d'emporter son téléphone portable au travail et de parler à quiconque de la nature de celui-ci. Aux abois financièrement, la promesse d'un salaire mensuel de 6'000 euros le pousse à accepter l'offre, même s'il se pose des questions sur la légalité de la tâche qu'on lui propose. Après avoir retranscrit quelques bandes sur papier, il tombe sur une conversation étrange, dans laquelle il est question de libération d'otages, et qui subitement s'interrompt après des indications très nettes qu'il est arrivé quelque chose de grave à l'un des interlocuteurs. Pour Duval commence alors une période des plus dangereuses et incertaines, et qui le mènera aux confins de la folie...

Voilà un film qui aurait tout aussi bien pu s'intituler "L'engrenage". L'action va crescendo, le suspense est très présent et l'intrigue bien ficelée jusqu'au dénouement. Par contre, j'ai trouvé ce dernier assez invraisemblable et peu digne du reste de l'histoire. N'en demeure pas moins que ce long métrage est passionnant et que les personnages sont tous d'excellents acteurs. Aux côtés de Denis Podalydès, Sami Bouajila et Simon Abkarian, François Cluzet marque clairement son territoire. Voilà un comédien qui, dans chacun de ses rôles, fait plaisir à voir. Au point d'être devenu, à près de 60 ans, sans doute l'un des trois ou quatre meilleurs acteurs francophones. Dans cette histoire d'espionnages, de services secrets et de magouille politique, les hommes sont omniprésents. Heureusement, il y a Sara (Alba Rohrwacher), que Duval rencontre lors d'une réunion des "AA". Cette actrice italienne en devenir, et que j'avais beaucoup aimée en 2010 dans "Amore", aux côtés de Tilda Swinton, est là pour permettre au spectateur de faire quelques pauses dans le déroulement intense de l'action. Quant au metteur en scène, Thomas Kruithof, je ne le connais pas, mais il s'annonce prometteur s'il crédibilise le dénouement de ses prochains longs métrages...

Note : 15/20

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Mardi 10 janvier 2017

Anne Parillaud...

Pour une fois que je m'étais collé à la boîte à inepties, je n'ai pas été déçu : ce soir-là, un programme TV diffusait "Pour la peau d'un flic". De et avec Alain Delon. Il a plus de 35 ans d’âge ce polar, et son réalisateur a dépassé le seuil des 80 dernièrement. Ca ne rajeunit personne. Surtout pas moi qui, en 1981, constatait que la petite adolescente que j’avais adorée dans le mythique "Hôtel de la Plage" (Michel Lang, 1977) était devenue, quatre ans plus tard, une belle jeune femme de 21 ans, allumant Delon comme Romy dans ses plus beaux jours. Film ringard que ce flic à la peau burinée ? Sans doute pour notre belle jeunesse ! Mais pour qui le verbe vibrer se conjugue parfois aux temps passés, ces deux heures de bobines, issues du début du règne de Mitterrand, ont constitué une délicieuse cure de jouvence. Comme scénario, on fait bien pire aujourd'hui. Pour ce qui est des actrices, s’il existe une vraie et belle relève actuellement, le cinéma ne saurait se passer des plus anciennes, dont fait indubitablement partie Anne Parillaud…

Dans ce film qu’il réalisait lui-même (comme "Le battant" deux ans plus tard, et toujours aux côtés d’Anne Parillaud), il y avait aussi la musique. Une B.O. magnifique, avec un Oscar Benton sorti d'on sait où, pleurant son "Bensonhurst Blues" à vous nouer les tripes, le cœur et la gorge, et avec un Neil Diamond au sommet de sa gloire et de son art (tiens, qu'est-il devenu, lui ?). Delon était bon et n’en faisait pas trop, et Michel Auclair se révélait parfait, comme il l'a toujours été dans chacun de ses films. Quant à la petite Anne Parillaud, impertinente et quelque peu dénudée, son talent n'avait pas encore vraiment éclaté, mais dans une scène où l'autre, on pouvait déjà entrevoir ce qu'elle allait donner quelques années plus tard dans le prodigieux "Nikita", lequel allait lui valoir (en 1991 et devant son compagnon Besson en larmes) un César de la meilleure actrice mille fois mérité.

Voilà une comédienne qui se fait bien rare sur les écrans. Et je le déplore au plus haut point. Elle va fêter cette année ses 40 ans d’une carrière constituée de 29 longs métrages. Jadis critiquée et accusée de s’être servie de Delon pour se mettre en selle dans le métier, sa performance époustouflante dans Nikita en a fait taire beaucoup, et ce n’est que justice. Car cette femme, d’une grande intelligence, subtile, malicieuse, drôle et dotée d’un rire qui me fait littéralement fondre, est une comédienne des plus exceptionnelles. Parmi ses rôles, et en plus de ceux mentionnés ici, je l’ai adorée dans "Une pour toutes", de Claude Lelouch en 1999, dans "Sex is comedy" (Catherine Breillat, 2001), puis dans "Tout pour plaire", de Cécile Telerman (2004) et surtout dans la magnifique saga d’Alexandre Arcady, "Ce que le jour doit à la nuit". Tourné en 2012, ce film est pour l’instant le dernier en date des longs métrages tournés par Anne Parillaud. A 56 ans, cette divine comédienne a encore beaucoup à donner au cinéma français, et j’espère sincèrement que les metteurs en scène en sont conscients…



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Vendredi 6 janvier 2017

Le film du jour : La vallée des loups

Pour commencer cette nouvelle année cinématographique, quoi de mieux qu'un bon, un très bon documentaire? Jean-Michel Bertrand est passionné de nature et des animaux sauvages qui la peuplent. Après avoir réalisé, en 2010, un premier doc intitulé "Vertige d'une rencontre", consacré aux aigles, il s'attaque ici à un animal mythique et très peu visible à l'état sauvage, le loup. Passionné par ce prédateur, le réalisateur va se mettre sur ses traces pendant trois ans. Tourné dans les Hautes-Alpes (la vallée exacte est tenue secrète), c'est le temps qu'il lui faudra pour pouvoir enfin observer et filmer une meute d'une distance raisonnable. Si le loup est le thème du film, les autres animaux sauvages de la vallée n'ont pas été oubliés. Parmi eux, ont assister à quelques séquences (notamment avec diverses chouettes) qui portent plus haut encore le niveau d'excellence de ce long métrage...

De cette interminable quête, au cours de laquelle le cinéaste animalier passe par tous les états d'âme, vont être tirées des images d'une époustouflante beauté. A pied, à ski ou à cheval, Bertrand sillonne un coin de pays qu'il connaît bien pour en être natif. Les quatre saisons y figurent, avec le calme et la violence des éléments typiques des régions de montagne. Quelques fois filmé du ciel par un drone, toutes les images sont absolument magnifiques et dignes d'un montage exceptionnel. Bien sûr, ce sont les dernières images qui sont les plus belles et les plus touchantes, puisque c'est à ce moment-là que la meute des loups, parmi lesquels figurent six jeunes, offre au cinéaste (et aux spectateurs) quelques moments d'une vie sauvage extraordinaire...

Note : 16/20

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