2016(08-12)

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Samedi 31 décembre 2016

Douze mois de cinéma...

Au cours de cette année cinématographique 2016, j'ai vu 81 films en salle (21 de plus qu'en 2015). Les notant de 0 à 20, la moyenne s'établit à 15.00 points par film (13.49 en 2015). 1.5 point de plus, c'est énorme et cela s'explique par une année exceptionnelle quant à la qualité des films que je suis allé voir, mais peut-être aussi par un choix plus drastique de ma part. Voici mon palmarès personnel de l'année écoulée, avec la liste des 35 longs métrages ayant obtenu 16 points et plus :

01. Spotlight, de Tom McCarthy - 20 (devenu pour moi le plus beau film du monde)
02. Sully, de Clint Eastwood - 19
03. Café Society, de Woody Allen - 18.5
04. Mal de pierres, de Nicole Garcia - 18.5
05. Réparer les vivants, de Katell Quillévéré - 18
05. Truth, de James Vanderbilt - 18
07. Allied, de Robert Zemeckis - 17.5
08. Bacalaureat, de Cristian Mungiu - 17
08. Diary, de Horokazu Koreeda - 17
08. Fusi, de Dagur Kari - 17
08. Frantz, de François Ozon - 17
08. La fille de Brest, d'Emmanuelle Bercot - 17
08. The Revenant, d'Alejandro Gonzalez Iñarritu - 17
14. La passion d'Augustine, de Léa Pool - 16.5
14. Miss You Already, de Catherine Hardwicke - 16.5
16. Blanka, de Kohki Hasei - 16
16. Brooklyn, de John Crowley - 16
16. Free Held, de Peter Sollett - 16
16. Genius, de Michael Grandage - 16
16. I, Daniel Blake, de Ken Loach - 16
16. Iris, de Jalil Lespert - 16
16. Juillet-Août, de Diastème -16
16. Kiki, de Paco Leon - 16
16. La saison des femmes, de Leena Yadav -16
16. Le ciel attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar - 16
16. L'économie du couple, de Joachim Lafosse - 16

16. Le petit locataire, de Nadège Loiseau - 16
16. Race, de Stephen Hopkins - 16
16. Remember, de Atom Egoyan - 16
16. Seul dans Berlin, de Vincent Perez - 16
16. The Hateful Eight, de Quentin Tarrentino - 16
16. Trumbo, de Jay Roach - 16
Suivent encore 18 films à 15 points...

Animation :
1. Ma vie de Courgette, de Claude Barras - 16

Documentaire :

1. Jean Ziegler - L'optimisme de la volonté, de Nicolas Wadimoff - 18
2. Les Pépites, de Xavier de Lauzanne - 16

Meilleurs réalisateurs : Clint Eastwood (Sully) & Tom McCarthy (Spotlight)
Meilleur scénario : Josh Singer et Tom McCarthy (Spotlight)
Meilleure actrice : Marion Cotillard (Mal de pierres)
Meilleur acteur : Leonardo di Caprio (The Revenant)
Meilleure actrice dans un second rôle : Noémie Merlant (Le ciel attendra)
Meilleur acteur dans un second rôle : Mark Ruffalo (Spotlight)


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Mercredi 21 décembre 2016

Michèle Morgan...

... faisait partie des "Trois Glorieuses". Les trois dernières immenses actrices à avoir traversé l'âge d'or du cinéma français. Un trio inoubliable constitué de Danielle Darrieux (née en 1917), Michèle Morgan (1920) et Micheline Presle (1922). Trois comédiennes pétries de talent, belles comme le jour et qui en ont fait craquer plus d'un, que ce soit à l'écran ou ailleurs... Née le 29 février 1920, Simone Roussel est devenue Michèle Morgan, un nom toujours associé à ce regard profond constitué de deux pupilles aux teintes magnifiques. Les plus beaux yeux du monde ! Et cela même si Gabin n'avait pas eu cette fameuse réplique à ce propos, en 1938 dans "Le Quai des Brumes". Elle avait 18 ans, soit sans doute une trentaine d'années de moins que sur la photo ci-dessous (sur laquelle ses yeux sont peut-être encore plus beaux)...

Cinquante-cinq ans de carrière pour une septantaine de films tournés, ceci a avec les plus grands metteurs en scène et acteurs. De cette longue liste, dans laquelle il n'y a rien à jeter, il y a deux longs métrages (pas les plus connus) que je retiendrai toujours : "Le Miroir à deux faces" (1958), d'André Cayatte, et "Le Chat et la Souris" (1975), de Claude Lellouch. J'ai choisi ces deux-là parce qu'elle les a tournés avec deux acteurs que j'adorais et qui eux aussi s'en sont allés : Bourvil et Serge Reggiani. Année bissextile oblige, Michèle Morgan avait fêté son 24ème anniversaire le 29 février dernier. Nul doute que c'est la jeune femme qu'elle était à 24 ans qui demeurera pour toujours dans le cœur de ses admirateurs. J'en fais partie et pour moi ce 20 décembre 2016 fut le jour le plus triste d'un automne des plus magnifiques…

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Dimanche 11 décembre 2016

Le film du jour : Alone in Berlin (Seul à Berlin)

En 1940, pendant la bataille de France, un jeune soldat allemand est abattu par l'ennemi. Ses parents, couple un peu au creux de la vague, habitent Berlin et, très vite, ils apprennent la terrible nouvelle. Anna Quangel (Emma Thompson), antinazie malgré son appartenance (forcée?) à la NS-Frauenschaft (Ligue des Femmes nationales-socialistes), est effondrée, cependant qu'Otto (Brendan Gleeson), apparemment plus soumis au régime, accuse le coup. Otto est contremaître dans une petite fabrique de cercueils. Homme droit, exigeant, voir dur avec son personnel, il fait son métier et ne supporte pas les tire-au-flanc, ce qui ne peut que plaire à un parti omniprésent, dont les militants ont main mise sur la ville. Mais, à partir de septembre 1940, secrètement Otto se met à acheter et rédiger des cartes postales, qu'il dépose, bien en évidence, un peu partout dans Berlin. Le message qu'elles délivrent est sans ambiguïté : Hitler est un tyran et un assassin, soutenu par un parti criminel, et la SS, la Police et la Gestapo sont des barbares à leur service. Anna, très vite au courant de cette activité hautement dangereuse, n'hésite pas une seconde et participe, aux côtés d'un mari retrouvé, à cette propagande résistante et antinazie. Au siège de la Gestapo, l'inspecteur Escherich (Daniel Brühl) met tout en œuvre pour trouver les auteurs de cette trahison, dont la plupart des cartes postales lui ont été transmises après leur découverte par les habitants de la ville. Il lui faudra deux ans pour enfin arrêter le couple...

L'épopée d'Otto et Anna est une histoire vraie. De leurs vrais noms Otto et Elise Hampel, ils sont devenus des héros de la résistance allemande au national-socialisme. Ils ont été guillotinés le 8 avril 1943 pour avoir déposé 285 cartes postales hostiles au régime. Détail ahurissant, 267 d'entre elles ont été ramenées à la police, seules 18 ont été gardées (ou détruites) par ceux qui les ont découvertes. C'est dire si la population était acquise à l'ignoble cause hitlérienne... Vincent Perez met en scène un très beau film, qui va crescendo dans l'intensité. Dans un Berlin reconstitué à Görlitz, ville située à la frontière polonaise, Emma Thompson est parfaite, cependant que le fabuleux Brendan Gleeson évolue encore un ton au-dessus. Quel acteur que cet Irlandais aux airs un peu bourrus! Petite incongruité du film, la v.o. est en langue anglaise. Mais il y a une raison à cela : Vincent Perez n'a pas réussi à réunir les fonds pour le tourner en allemand. Dommage! N'en demeure pas moins que ce long métrage est excellent, appréciation encore rehaussée par la présence du génial Daniel Brühl, l'acteur allemand toujours placé là où il faut ("Good bye Lenine", "Joyeux Noël", "Two Days In Paris", "Inglourious Basterds" "Rush", dans lequel il incarne un NIki Lauda plus vrai que nature, "A Most Wanted Man", "Woman In Gold", etc...), lequel est exceptionnel dans le rôle d'un gestapiste zélé, mais brimé par un Standartenführer (colonel) de la SS fou de rage qu’il mette autant de temps à arrêter les coupables de ce crime de lèse-majesté...

Note : 16/20

VIVE LE CINEMA EN SALLE OBSCURE !



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Vendredi 9 décembre 2016

Le film du jour : Bacalaureat

Quelque part en Roumanie, de nos jours. Romeo est un médecin désabusé par la tournure qu’a pris sa vie. Rentré au pays après la fin de règne de Ceausescu, il espérait que son pays allait devenir libre et prospère. Mais il a bien dû déchanter… Son mariage avec Magda (dépressive) est en train de couler et leur fille à tous les deux s’apprête à passer son baccalauréat. Eliza est une brillante élève, et Romeo souhaite pour elle un avenir hors du pays. Si elle réussit ses examens avec une note de 18 au moins, c’est une bourse pour l’université de Cambridge qui lui est promise. C’est donc plein d’espoir que le papa attend l’échéance. Malheureusement, peu avant les examens du bac, Eliza est victime d’une agression. Manquant d’être violée, elle se retrouve avec un bras dans le plâtre. Le bras droit, celui avec lequel elle écrit. Les épreuves étant limitées en temps, Romeo tente d’intercéder auprès du corps enseignant afin qu’elle ne soit pas pénalisée pour cette raison. En vain. Les premières épreuves ne se passent pas trop bien pour Eliza, trop handicapée dans son écriture. Catastrophé, Romeo, sur conseil d’un ami policer, demande alors à un édile de la ville s’il peut faire quelque chose pour y remédier. Envoyé par ce dernier chez un homme capable de revoir la note obtenue par sa fille, Romeo se sent un peu rassuré. Mais la jeune fille apprend alors que son père a une maîtresse. Dès lors, son attitude avec lui change radicalement. De plus, elle-même entretient une relation avec un jeune homme qui ne plaît pas trop à son papa. Du coup, elle envisage sérieusement renoncer à se rendre en Angleterre pour y poursuivre ses études. Pour Romeo, c’est tout un monde qui s’écroule, d’autant plus que la Justice semble s’intéresser à certaine conversation téléphonique qu’il a eu avec ceux qui lui ont promis de revoir la note d’Eliza lors de ses examens…

Bienvenue dans un pays de l’ex-bloc communiste, où un homme intègre, juste et qui a toujours eu un comportement exemplaire, tente de frauder par amour pour sa fille. Pour cela, il utilise les méthodes de jadis. Avec répugnance certes, mais l’avenir d'Eliza prime et le rend imperméable à tout le reste. L’amour qu’un père voue à son enfant est le thème du film. Et celui de Romeo est bouleversant. Pendant deux heures de pellicule, ça vous éclate à la face. Même s’il est médecin, et donc privilégié de par sa classe sociale, il se sent tellement déçu de ses vingt-cinq dernières années de vie, qu’une seule et unique chose ne compte plus désormais : contribuer au bonheur d’Eliza en lui offrant un avenir meilleur. Une telle abnégation, c’est beau, c’est magnifique, ça m’a bouleversé. Parallèlement à cela, l’autre thème du film porte sur les travers, apparemment encore bien présents, de la société aisée du pays de l’infâme Ceausescu. Pots de vin, corruption, écoutes téléphoniques semblent toujours d’actualité. Et que Romeo y ait recours, par simple amour pour sa fille, rend le personnage éminemment sympathique. Une sympathie qui, à la fin de l’histoire, prendra encore de l’importance, lorsque le héros renouera avec une Eliza un peu déçue par ce père trop enclin à vouloir décider pour elle. Grand film, magnifiquement réalisé par Cristian Mungiu (Prix de la mise en scène à Cannes cette année). Dans le rôle principal, Adrian Titieni est exceptionnel, comme du reste tous les autres comédiens, lesquels ont fait de ce film un drame extrêmement touchant, à mille lieues du spectaculaire Sully décrit ci-dessous, mais tout aussi important dans la manière de concevoir le cinéma à travers le monde…

Note : 17/20

VIVE LE CINEMA, DIVERS ET VARIÉ, EN SALLE OBSCURE ET EN V.O.



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Jeudi 8 décembre 2016

Il y a 50 ans : La Grande Vadrouille...

L
e jeudi 8 décembre 1966, il y a cinquante ans aujourd'hui même, "la Grande Vadrouille" sortait sur les écrans français. La première parisienne, avec l'équipe de tournage au complet, eut lieu au cinéma Gaumont-Ambassade des Champs-Elysées. Dans ses quatre premières semaines d'exploitation dans les salles de la capitale, le film va enregistrer près de 500'000 entrées (Paris intra-muros comptait alors 2'600'000 habitants). Un record ! Finalement et beaucoup plus tard, à la fin de son exploitation en salle, dix-sept millions deux cent soixante-dix mille spectateurs auront suivi les aventures de Bourvil et de Funès mises en scène par ce génie de la comédie qu'était Gérard Houry (véritable orthographe de son nom)...

Sa première diffusion télévisée sur les chaînes françaises a eu lieu dix ans plus tard, en 1976. Et depuis, il y a été rediffusé une bonne dizaine de fois, totalisant plus de cent millions de téléspectateurs cumulés. Le deuxième plus grand succès cinématographique français de tous les temps (derrière "Bienvenue chez les Chtis") demeure aujourd'hui encore le plus populaire. C'est une référence ! Et pas des moindres. Et pour rendre hommage à la maîtrise de Gérard Oury dans le genre, il est bon de rappeler ici que, entre 1965 et 1974, sur les dix plus grands succès en salle, cinq lui sont attribués (le Corniaud, la Grande Vadrouille, le Cerveau, la Folie des Grandeurs, les Aventures de Rabbi Jacob) et tous sont interprétés par Bourvil et/ou de Funès. Qui dit mieux dans le monde?...

Après l'immense succès du "Corniaud" (11'740'000 spectateurs un an plus tôt), Gérard Oury ne pensait vraiment pas faire aussi bien. Il se trompait ! Et à quel point. Il a créé une légende qui dure et perdure, 50 ans plus tard et après le décès de tous les principaux protagonistes du film… Chapeau bas Monsieur ! Chapeau à vous et à votre équipe de tournage, à votre fille Danièle Thompson (co-scénariste et sans doute l'une des dernières survivantes de l'aventure), ainsi qu'aux vedettes du film pour avoir su, avec une telle maîtrise, un tel sens du comique malgré tout rempli d'émotions, créer une œuvre qui a fait rire tant de gens, jeunes ou vieux, et qui sans doute en fera encore rire beaucoup d'autres dans les années à venir...




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Mardi 7 décembre 2016

Le film du jour : Sully

Le 15 janvier 2009, un Airbus 320 de US Airways décolle de New York La Guardia à destination de Charlotte (Caroline du Nord). A son bord ont pris place 150 passagers, ainsi que 5 membres d’équipage. Aux commandes, le captain Chesley Sullenberger, dit "Sully", est assisté par le 1st officer Jeffrey Skyles. Deux minutes après le décollage, l’avion entre en collision avec un groupe de Bernaches du Canada, les plus grosses oies sauvages du monde (pouvant peser près de 5 kilos). Le choc met simultanément hors d’usage les deux moteurs, alors que l’appareil se trouve à une altitude de 2'800 pieds (850 mètres). Après avoir appliqué les procédures d’urgences dans ce cas, dont une tentative de remise en marche des moteurs qui se solde par un échec, il reste au commandant de bord deux options : retourner à La Guardia ou tenter d’aller se poser à Teterborro, un aéroport proche du New Jersey. Persuadé qu’aucune de ces alternatives ne lui permettra de sauver l’avion et ses passagers, Sully décide de tenter un amerrissage d’urgence sur les eaux glacées de l’Hudson River. Manœuvre extrêmement dangereuse mais réussie, ceci sans perte de la moindre vie humaine. Après que tout le monde ait été pris en charge par les secours, la prouesse de Sullenberger et son copilote les élève au rang de héros de la nation. Mais le NTSB (National Transportation Safety Board) remet vite en question cette notoriété. N’y avait-il pas réellement pas possibilité pour l’équipage de se poser à La Guardia ou à Teterboro ? Se basant sur plusieurs reconstitutions en simulateur des 208 secondes de vol (post impact avec les oiseaux) de l’Airbus, les enquêteurs répondent rapidement que oui. Mais en occultant totalement une chose essentielle : le facteur humain…

Après avoir visionné Spotlight en janvier dernier, je ne pensais pas qu’un autre film parviendrait à rivaliser avec celui que je considère désormais comme le plus beau film du monde. Eh bien, c’est arrivé ! Sully, ce sont 96 minutes passionnantes, exaltantes, haletantes et parfois bouleversantes. Ce que Clint Eastwood parvient à faire au spectateur, je l’ai très rarement ressenti dans une salle obscure, même si ça fait 51 ans que je la fréquente assidûment. Allez, on peut dire que tout le monde connaît ce fait divers (et d’hiver) qui s’est produit il a presque huit ans. Sully est un héros pratiquement pour tout le monde. Mais ce titre que la mémoire collective lui a décerné est basé sur la seule capacité dont il a fait preuve pour épargner, de la plus magistrale façon, 150 vies humaines. S’il confirme l’exploit unique du captain Sullenberger, ce que nous apprend le film c’est que c’est homme est vraiment un pilote d’exception, une pointure évoluant au niveau stratosphérique. Les attaques dont il est victime de la part du NTSB, et de son employeur US Airways (pas content d’avoir perdu un avion alors que, selon l’enquête, il aurait pu et dû être posé sans heurts à la Guardia ou à Teterboro), l’ont beaucoup perturbé, ont implanté un doute dans son esprit. A-t-il vraiment fait ce qu’il fallait faire ? Si le jugement du NTSB prétend que non, cela signifie pour lui le licenciement, et ceci sans possibilité de toucher sa retraite. Les simulations menées par Airbus vont clairement dans ce sens. Mais très vite, ayant pu en prendre connaissance, il va apporter la preuve magistrale que tous les facteurs n’ont pas été pris en compte. Et le plus important de tous, rajouté aux vols simulés, apportera la confirmation irréfutable que Sully a eu raison de faire ce qu’il a fait.

Le film est une transcription fidèle de ce qui s’est passé. Et il est remarquable pour cela, mais aussi par les cauchemars dont fut victime son héros. A cela, une seule explication possible : le traumatisme post 11 septembre. Parce que, en décidant par exemple de retourner à La Guardia, il aurait été contraint de survoler Manhattan et ses gratte-ciel. Avec le terrible augure de s’encastrer dans l’un d’entre eux en cas d’échec. Les deux scènes relatives à ce terrible cauchemar sont bien sûr faits d’images de synthèse, mais l’effet est absolument saisissant. Si le passé de pilote de l’US Air Force (et ses vols su F-4 Phantom) est évoqué, l’expérience de pilote de vol à voile de Sully n’est pas mis en lumière. Pourtant, ayant été moi-même modeste pilote privé, je suis persuadé que cette aptitude à voler et atterrir sans moteur lui a été très bénéfique dans l’exploit incroyable (si un planeur pèse moins de 500 kilos, son Airbus pesait ce jour-là 68 tonnes) qu’il a réalisé ce 15 janvier 2009. Dans le rôle-titre, Tom Hanks est absolument parfait et crédible, tout comme Aaron Eckhart (le copilote) et Laura Linney, qui joue le rôle de la femme du commandant de bord. Quant à Clint Eastwood, à 86 ans et après avoir vu presque tout ce qu’il a réalisé, je peux dire qu'il met en scène ici ce qui restera pour moi est son chef-d’œuvre absolu…

Je ne terminerai pas sans exprimer ici tout l’admiration que j’éprouve pour Chesley Sullenberger, et ceci pas seulement depuis que j’ai vu le film qui lui est consacré. Tout ma carrière professionnelle (40 ans) s’est déroulée dans le second plus grand aéroport de Suisse, dont les deux tiers dans un service opérationnel. J’ai donc rencontré énormément de "branleurs de manches", comme on les appelle dans le jargon. Aux commandes d’un aéronef quel qu’il soit, il existe deux sortes d’hommes (ou de femmes) : les pilotes et les aviateurs (trices). Aujourd’hui, la formation professionnelle pratique se fait essentiellement sur simulateur de vol. Un coût excessivement moins élevé en est la seule raison. Avec ce système, on forme des pilotes qui, question procédure, seront irréprochables : des top-gun du manuel ! Mais cela risque de se faire au détriment d’un facteur humain pourtant essentiel. Aucun manuel, aucun simulateur de vol ne sera jamais capable d’aider un pilote à voler "aux fesses ". Voler aux fesses, ça signifie sentir son avion, faire corps avec lui, ne plus garder les yeux rivés sur le badin (indicateur de vitesse) en courte finale, mais se fier à son feeling et au sifflement caractéristique de défilement des filets d’air le long du fuselage. Tout cela ne peut s’acquérir que par l’expérience. Sully est un Aviateur, un vrai, un grand, qui sent son avion, son chasseur supersonique, son planeur ; et cela l’a aidé dans l’exploit qu’il a accompli. A ce titre, il peut sans problème être assimilé à ses pairs les plus anciens et méritants, dont l’histoire a retenu les noms pour l’éternité : les frères Wright, Roland Garros, Louis Blériot, Alberto Santos Dumont, les pilotes de l’Aéropostale, Charles Lindbergh, Ernst Udet, Chuck Yeager, Hermann Geiger, Hélène Boucher, Jacqueline Auriol, Amelia Earhart, etc… Lorsqu’on lui demande s’il a conscience de ce qu’il a accompli en cet après-midi de janvier 2009, Sully répond simplement : I did my job ! (J’ai fait mon travail). Grand Homme, grand Aviateur. Et grand film, qui met tout cela en évidence…

Note : 19/20

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Vendredi 2 décembre 2016

Le film du jour : La fille de Brest

Histoire vraie ayant défrayé la chronique il y a quelques années. Au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Brest, la pneumologue Irène Frachon (Sidse Babett Knudsen) a de sérieux soupçons quant aux effets secondaires d'un médicament, le Mediator. Prescrit à des patients atteints de diabète et d'obésité conjointes, il semble que ses vertus soient gravement contrebalancées par des effets néfastes sur les valves du coeur. Servier, le laboratoire pharmaceutique à l’origine du produit, s'était déjà distingué en 1997 avoir vu l'Isoméride, un autre de ses médicaments, prescrit comme coupe-faim et aux effets quasiment similaires que le Mediator, être retiré du marché. Epaulée par une petite équipe et par le professeur Le Bihan (Benoît Magimel), Irène Frachon part en croisade contre un laboratoires qui lui rit au nez et refuse toute implication dans les morts suspectes mis en lumière par ses deux années de recherches. Mais cette femme déterminée, telle une descendante directe de don Quichotte, et aussi obstinée que lui, a-t-elle vraiment mesuré à qui elle prétend s'attaquer ? Mariée à une crème d’homme et mère de trois enfants adorables, le jeu qu’elle entend mener en vaut-il vraiment la chandelle ? ...

Bienvenue dans le monde glauque et souvent obscène des labos pharmas. Lesquels dépensent des milliards pour la recherche et qui, pour cette unique raison, refusent tout retrait de leurs produits lorsque ceux-ci s'avèrent dangereux. Et gare à celles et ceux qui les combattent. Même si le docteur Frachon n'a rien du pot de terre qui s'attaque au pot de fer, elle va y laisser bien des plumes. Partiellement lâchée par Le Bihan, c'est à peu près seule qu'elle va encaisser les coups (de dents) d'une industrie pharmaceutique manifestement protégée par ceux qui, sur le plan national, sont désignés pour exercer le contrôle de tous leurs produits. Elle tient bon et, en 2009, deux ans après ses découvertes, le Mediator est retiré de la vente. Mais elle en veut plus. Afin que l'affaire soit médiatisée et attire ainsi l'attention du public, en juin 2010 elle publie un livre interpellateur au plus haut point : "Mediator 150 mg - Combien de morts ?" Servier l'assigne en justice et elle se voit contrainte de retirer le sous-titre de son ouvrage. Condamnation qui tombe six mois plus tard, après que la Caisse nationale d'assurance maladie ait révélé que le Médiator avait causé le décès d'au moins 500 personnes...

Si j'aime beaucoup la comédienne Emmanuelle Bercot (géniale dans Mon Roi, de Maïwenn en 2015, rôle pour lequel elle a obtenu le Prix d'interprétation à Cannes), la réalisatrice qu'elle est aussi vient de réaliser coup sur coup deux films remarquables. Après "La tête haute", qui a récolté deux César et huit nominations, "La fille de Brest" prendra peut-être le même chemin. Parce que ce film est passionnant jusqu' à son dénouement. Elle en est la coscénariste (comme elle le fut pour le précédent et pour "Polisse", le chef-d'oeuvre de Maïwenn) : ceci explique sans doute que les scènes et séquences s'enchaînent si parfaitement. Du grand art ! Avec une petite exception cependant : l'autopsie du corps d'une patiente du docteur Frachon, laquelle fut pour moi insoutenable. A part ça, Magimel est bon sans être génial, et la très danoise Sidse Babett Knudsen époustouflante, ni plus ni moins. Quelle comédienne que cette très belle femme que j'ai découverte en 2006 aux côtés de Madds Mikkelsen dans le poignant "After the Wedding", de Susanne Bier. Après "L'Hermine" (Christian Vincent - 2015), il semble qu'elle se plaise sur les plateaux de tournage français. Et ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre...

Note : 16/20


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Lundi 28 novembre 2016

Le film du jour : Allied

Casablanca, 1942. Max (Brad Pitt), officier des forces aériennes canadiennes et agent secret, rencontre Marianne (Marion Cotillard), espionne au service des Alliés. Leur mission commune : s’unir pour abattre un dignitaire nazi en poste au Maroc. Le couple simulé qu’ils forment pour la circonstance parvient rapidement à son but. Mais les faux sentiments qu’ils ont dû afficher l’un envers l’autre pour cela, font vite place à une passion bien réelle. Max demande à sa belle de partir à Londres avec lui et de l’épouser. Marianne accepte et, quelques mois plus tard, elle donne naissance à une adorable petite fille. Le bonheur semble bien en place, jusqu’au jour où Max est convoqué par ses supérieurs pour une affaire des plus graves. Il apprend ainsi que sa femme est fortement soupçonnée d’être en fait un agent double au service de l’Allemagne. Malgré ses vives protestations, il est contraint de coopérer dans la mise au point d’un stratagème destiné à confondre la jeune femme. Pire, si les soupçons se confirment, il devra l’exécuter lui-même sous peine d’être arrêté et jugé pour haute-trahison. Dilemme insupportable en perspective…

Robert Zemeckis met en scène un thriller des plus passionnants. Aux nuits festives marocaines, tempérées et très glamour par la présence d’un couple (factice) parfaitement représentatif du genre, succèdent les journées pluvieuses de la Verte Albion. Le changement de décor et la froide réalité des faits mettent en place un crescendo sans faille, ceci pour atteindre un dénouement parfaitement incertain jusqu’au dernières secondes de l’histoire. Marion Cotillard, aujourd’hui plus grande star française, est d’une sublime beauté, et Brad Pitt parfaitement digne de ce même titre qu’il porte de l’autre côté de l’Atlantique. Leur couple, faux puis réel, est parfaitement crédible et terriblement séduisant. L’ambiance des années 40 en guerre est magnifiquement restituée et, personnellement, j’ai adoré la référence de deux scènes à "Inglourious Basterds". D’abord, le fait de se servir d’August Diehl pour évaluer si Max est digne d’assister à la soirée au cours de laquelle le nazi de haut rang sera abattu. Cette séquence nous ramène immédiatement à celle ou le même comédien, jouant un officier SS, parvient avec une maestria époustouflante à démasquer le commando anglais, portant uniforme SS et chargé de liquider tous les dignitaire nazis venus assister à la séance de cinéma organisée par Goebbels. Ensuite, l’exécution de la cible de Max et Marianne, même si elle est plus courte et plus sobre, a des similitudes avec le carnage final du film de Tarrantino, sorti en 2009 et dans lequel Bratt Pitt tenait l’un des rôles principaux …

Loin d’être unanimement salué par la critique (trop souvent destructrice envers le travail de ceux qui créent alors qu’eux prennent un plaisir évident à démolir), Allied (Alliés en français) est un long métrage passionnant et qui fait rêver. D’abord par une intrigue brillante et sans temps morts (Zemeckis est l'auteur de Forrest Gump, ne l'oublions pas), et par l’union de deux comédiens qui représentent LE couple idéal, beau et talentueux, mais aussi et surtout parfaitement représentatif d’un 7ème Art qui fait tout ce qu’il peut pour attirer le spectateur. Démarche essentielle destinée à empêcher que les écrans géants (et jours plus gigantesques) de salon, les DVD et autres Blu Ray, ne parviennent un jour à tuer le cinéma en salle…


Note : 18/20

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Lundi 21 novembre 2016

Jean Ziegler, le dernier de mes héros...

Samedi dernier, par un après-midi ensoleillé, succédant à une matinée pluvieuse, j’ai rendez-vous (et je ne suis pas le seul) avec la personnalité suisse à laquelle je vous une admiration sans bornes. 16 heures. Dans la très belle (et plus grande) salle du cinéma Rex de Fribourg, je prends place dans l’un de ses confortables fauteuils. Sous l’écran, le dernier de la courte liste de mes héros est là. Dernier, mais non le moindre. Apparemment calme, par-dessus ses lunettes, il scrute la salle de son regard de chien battu. Je suis ému de le revoir "en vrai", après tant et tant d’années. Entre 1975 et 1989, j’ai eu l’honneur de l’avoir (ou de le voir) à plusieurs reprises en face de moi. La première fois, installé dans ma guérite de préposé au contrôle des papiers d’identité d’un grand aéroport helvète, il m’a tendu son passeport. Sachant parfaitement qui il était, je n’ai pas daigné le contrôler et lui ai fait gentiment signe de passer. Il a alors fait glisser le document dans son autre main et m’a tendu la droite pour serrer la mienne, en me remerciant et en m’appelant monsieur. Depuis ce jour-là, cette scène s’est reproduite bien des fois. Et toujours avec son gentil sourire, sa courtoisie habituelle, sa franche poignée de main, accompagnée d’un regard yeux dans les yeux et de son respect indéfectible de l’autre. Parce que Jean Ziegler, il est comme ça…

Première heure dans la salle de cinéma. L’auteur de seize livres (j'en ai lu et en possède huit) parle avec enthousiasme de son dernier-né "Chemins d’espérance". Un professeur de l’université de Fribourg (dont j’ai oublié le nom) est là pour lui donner la réplique et lui poser des questions. Pour autant que son interlocuteur lui en laisse le temps. Emporté par sa fougue, cet épris de justice rappelle les grands thèmes du livre, que j’ai lu dès sa sortie en librairie. Le débat tourne au monologue. Pas grave, parce que cet homme évoque est d’une gravité extrême. Entre autres : un enfant meurt de faim dans le monde toutes les cinq secondes ; avec ses capacités actuelles de production alimentaire, cette planète pourrait nourrir sans problème 12 milliards d’habitants, alors que nous sommes 7,3 milliards, dont 14 % (1'000'000'000) souffrent de sous-alimentation grave. Ainsi, pour Jean Ziegler, chaque enfant et chaque personne qui meurent de faim dans le monde sont les victimes d’un assassinat. En 2015, il y avait dans le monde 1'826 milliardaires en dollars US, alors que trois milliards d’êtres humains devaient se contenter de 2 dollars ou moins par jour pour (sur)vivre. Toujours en 2015, les 500 plus grandes sociétés transcontinentales privées possédaient 53 % du produit mondial brut, et 1 % des personnes les plus riches de la planète possèdent des valeurs patrimoniales supérieures aux 99 % restantes. La fortune des 62 milliardaires les plus riches du monde, dépassait ceux de 50 % des habitants de la planète. Tous ces chiffres sont officiels et confirmés par les Nations-Unies ou la Banque mondiale…

Après 70 minutes à plaider ainsi contre les inégalités sociales, la mondialisation et à mettre en lumière ce fossé qui s’agrandit sans cesse entre les plus riches et les plus pauvres, l’ancien rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l’alimentation, et actuel vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme, consacre le même temps à la dédicace de son dernier ouvrage. J’attends donc mon tour pour recevoir sa signature… Jean Ziegler nait le 19 avril 1934 à Thoune. Son père est juge au tribunal et colonel dans l’armée suisse. Mais marcher sur ses traces ne l’intéresse pas. Dès la fin des années cinquante, on le retrouve à Paris. A Saint-Germain-des-Prés, au Café de Flore ou aux Deux Magots, il fraie avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, deux intellectuels qui l’inspireront beaucoup. Puis on le retrouve à Genève, où il poursuit ses études. Il obtient ainsi un doctorat en droit et un autre en sociologie. En 1964, membre des Jeunesses communistes, il s’arrange pour devenir le chauffeur privé de Che Guevara (dont il avait fait la connaissance deux ans plus tôt), Ministre de l’Industrie de Cuba, en visite aux Palais des Nations pour une conférence internationale. Après avoir passé 12 jours à le côtoyer, il se retrouve totalement acquis à ses idées et lui demande de l’emmener avec lui à Cuba, afin de poursuivre à ses côtés la révolution nationale. Mais El Che refuse et, lui faisant remarquer toutes richesses affichées dans les rues de la cité de Calvin, lui dit : "La révolution, tu dois la mener ici, dans ce pays et sur le continent dans lequel tu es né !"…



Professeur de sociologie à l’université de Genève et à la Sorbonne, conseiller national socialiste entre 1967 et 1983, puis de 1987 à 1999, Jean Ziegler est une figure controversée dans son pays. Dès 1995, avec l’éclatement de l’Affaire des fonds en déshérence, il prend fait et cause pour les survivants et descendants des victimes de l’Holocauste, lesquels réclament justement les sommes monumentales déposées par les Juifs dans les banques suisses avant et pendant la guerre. Au prétexte que seul un certificat de décès du titulaire de ces fonds (comme si les nazis établissaient ce genre de papier après avoir gazé, incinéré et fait mourir de faim dans les ghettos polonais près de six millions de Juifs) pouvait justifier un remboursement, à leurs héritiers, des sommes qui leur ont été confiées, les banques refusent d’entrer en matière. Il faudra que le rapport accablant de la commission Bergier et que la fronde, venue des Etats-Unis appuyant le Congrès juif mondial, aille jusqu’à menacer les banques suisses d’une interdiction de tout commerce sur le sol américain, pour que celles-ci finissent par cracher une somme de 1,25 milliards de dollars, justement destinée à combler les 300 millions (estimés) de l’époque insidieusement recelés par les banquiers véreux de Suisse. Ainsi Jean Ziegler, en se faisant l’avocat du "diable", se verra couvert d’opprobre et carrément assimilé à un traitre à la nation (notamment par les conseillers fédéraux Flavio Cotti et Jean-Pascal Delamuraz)…

Dans la salle du Rex, à 18 heures, débute la projection en avant-première du film de Nicolas Wadimoff "Jean Ziegler – L’optimisme de la volonté". Documentaire d’une heure et demie principalement axé sur la vie actuelle d’un octogénaire toujours pleinement actif dans les causes qu’il défend. Magnifique long métrage dans lequel on découvre un homme hyper-sensible, touchant, émouvant, sincère, plein d’humour (mais oui) et qui reconnait parfaitement ses erreurs (notamment celle d'avoir un peu trop répondu aux invitations du monstre Kadhafi). A ses côtés, Erica Deuber-Ziegler, sa moitié, la dernière femme de sa vie, son ultime amour, qui se révèle discrète dans le documentaire, mais qui n’en couvre pas moins son homme d’un regard débordant d’amour et d’admiration. Waooow ! Quelle émotion jaillit de ce film, certainement le plus beau et passionnant doc jamais vu dans ma vie… Après la projection, le producteur du film (le réalisateur n’a pas pu être présent) répond aux questions d’un public enthousiaste ayant applaudi à tout rompre cette œuvre qui a vu le jour grâce à lui. Pour finir, un apéritif est offert dans le hall du cinéma fribourgeois…

Peu après 20 heures 30, je quitte le cinéma, avec des images plein la tête et la satisfaction d’avoir passé près de cinq heures débordantes d’émotion. Sourire aux lèvres, je revis le moment où en tendant mon exemplaire de "Chemins d’espérance" à son auteur afin qu’il me le dédicace, il me demande mon prénom et ce que je fais dans la vie. Après lui avoir répondu, il me lance : "J’ai l’impression que l'on se connait…" Interloqué, je lui rétorque qu’il a bonne mémoire et lui raconte les épisodes de nos très courtes rencontres, dont la dernière doit dater de presque 30 ans. Et il se souvient. Et j’en ai presque les larmes aux yeux. Après la dédicace et une dernière chaleureuse poignée de mains échangée avec cet homme admirable, j’ose lui avouer que je le considère tout simplement comme le plus grand humaniste de ce pays. Il proteste modestement d’un sonore "Oh non, jamais de la vie!"… Dans ce monde imbécile dominé par des rapaces sans cœur pour qui seul l’épaisseur de leur portefeuille compte, des hommes (et des femmes) comme lui sont indispensables, me sont indispensables. Né, à trois jours près, exactement 20 ans avant moi, Jean Ziegler, être humain rare et précieux, croyant mais abhorrant toute religion, peut être fier de sa vie, de ses combats, de son idéal jamais renié, de sa lutte permanente en faveur des plus démunis, de sa quête incessante de justice et de paix…

Jean Ziegler, c’est un Ernesto Guevara qui aurait renoncé à mener sa révolution dans la violence. Raison pour laquelle il est toujours là, à 82 ans passés, contrairement à son idole, supprimée à l’âge de 39 ans sur ordre de la toute-puissante CIA de l’époque. Merci, et longue vie à vous, cher Jean Ziegler…

Note : 18/20



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Vendredi 18 novembre 2016

Huit films à voir...

Ayant été très occupé ces dernières semaines, je n'ai pas délaissé le cinéma pour autant. Mais le temps m'a manqué pour exprimer ici tout le bien que je pense des huit films dont l'affiche figure ci-dessous...

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A 33 ans, Mathieu apprend qu'il a deux demi-frères et que leur père, qu'il ne connaissait pas, vient de mourir au Canada. Désireux d'assister aux obsèques et de connaître ses frères, il entame un voyage sur les traces d'une partie de sa famille. Son espoir de créer des liens forts avec ce qu'il en reste, sera de courte durée... Philippe Lioret ("Je vais bien, ne t'en fais pas") réalise un excellent drame familial dans lequel Pierre Deladonchamps, dans le rôle de Mathieu, confirme son grand talent d'acteur. Note: 15/20
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Tom et Isabel vivent en couple sur une petite île australienne, dont le phare est gardé par le mari. Mais leur désir d'avoir un enfant ne se matérialise pas. Un jour, une barque s'échoue au pied du phare. A bord, un homme mort et un bébé, vivant. Isabel persuade son homme de ne pas déclarer ce naufrage et de faire passer l'enfant pour le leur. Acte audacieux, qui pourrait se révéler lourd de conséquence... Alicia Vikander, Michael Fassbender et Rachel Weisz unis dans une histoire très émouvante. Note: 15/20
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Ben élève seul ses six enfants en pleine nature et retiré du monde. Lorsqu'il apprend que sa femme et mère de sa progéniture, très malade et hospitalisée, décède, il prend la décision de se replonger, afin d'assister à ses obsèques, dans une vie que tous, père, mère et enfants, ont délibérément quittée il y a plusieurs années. Entreprise hasardeuse dans laquelle la réalité moderne de la vie ne lui fera pas de cadeaux... Film très original et interpellateur quant au fossé abyssal séparant deux façons de vivre. Viggo Mortensen joue à la perfection un père de famille fou de ses enfants. Note: 14/20
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L'histoire de Jacques-Yves Cousteau, grand océanologue, mondialement connu et figure médiatique préférée des Français durant de longues années. Biopic sans concession dans laquelle on trouve la confirmation que l'homme n'était pas aussi remarquable que le scientifique pour ce qui est de ses qualités humaines. Long métrage passionnant surtout en raison des images et séquences sous-marines, dont certaines se révèlent absolument prodigieuses... Lambert Wilson incarne un Cousteau plus vrai que nature, alors que Pierre Niney est encore meilleur dans le rôle de son fils Philippe. Note: 15/20

Jenny est une jeune médecin généraliste exerçant dans la ville de Liège. Froide et très stricte avec l'étudiant en médecine qui effectue un stage dans son cabinet, elle lui interdit, un soir alors que le cabinet est fermé depuis une heure, d'aller ouvrir à une personne ayant sonné à sa porte. Le lendemain, elle apprend qu'une jeune femme est morte tout près de chez elle. Consciente qu'il s'agit peut-être de celle à qui elle a refusé d'ouvrir le soir précédent, Jenny se voit soudain submergée de remords... Très belle histoire des frères Dardenne, avec une Adèle Haenel qui s'affirme comme une future grande actrice du cinéma français. Note : 14/20.
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Icare est un petit garçon orphelin de père et que sa mère alcoolique appelle Courgette. Après la mort accidentelle de cette maman peu aimante, l'enfant est admis dans un orphelinat. Commence alors pour lui une période dans laquelle il va tenter de trouver sa place au sein de ses petits camarades pas toujours tendres avec lui... Peu adepte des films d'animation, je dois bien admettre que celui-ci fait exception à la règle. Cette histoire bouleversante, filmée image par image, est un chef-d'oeuvre du genre, et amasse récompense sur récompense. Pour moi, l'un des grands films de l'année. Note: 16/20.
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Palme d'or à Cannes, le génial Ken Loach met en scène l'absurdité de certaines règles sociales au Royaume-Uni. Daniel Blake (Dave Johns), héros et victime du film se bat contre plus fort que lui. Alors que son sort est des plus préoccupants, il est touché par celui encore moins enviable d'une maman et de ses deux enfants... Palme d'or méritée et histoire passionnante mettant aux prises la générosité de l'un et la bêtise des autres. Un long métrage qui fait peur, mais qui réconforte aussi par la grande humanité de son personnage central. Magnifique performance d'acteur de Dave Johns et de Hayley Squires, la mère de famille à laquelle il vient en aide. Note: 16/20
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L'histoire et le parcours passionnants d'Edward Snowden, paria du gouvernement yankee, mais héros mondial de ceux qui luttent pour leur liberté et l'impérialisme de certains. Incroyable odyssée d'un patriote pur et dur qui, soudain, prend conscience du travail abject qu'il effectue en qualité d'agent surdoué de la NSA. Oliver Stone, cinéaste épris de justice, se joue des bâtons que beaucoup ont tenté de lui mettre dans les roues dans la recherche de fonds pour monter un film pourtant indispensable. Snowden vit aujourd'hui à Moscou et l'on peut se demander si un possible rapprochement entre Poutine et Trump ne risque pas de mettre sa vie en danger... Note: 15/20
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Lundi 14 novembre 2016

Le film du jour : Réparer les vivants

Simon (Gabin Verdet) est un jeune surfeur de 19 ans habitant Le Havre. Un matin, avant le lever du jour et en compagnie de deux copains, il part en bord de mer pratiquer sa passion. Au retour, les trois jeunes, fatigués, sont victimes d'un terrible accident de la route. Si ses deux potes en réchappent, les médecins diagnostiquent chez Simon un traumatisme crânien des plus graves. Inopérable, il passe rapidement en état de mort cérébrale. Pour ses parents, le choc est extrême. Dans l'hôpital, Thomas (Tahar Rahim), infirmier spécialisé dans le don d'organe, sensibilise immédiatement la mère (Emmanuelle Seigner) et le père (Kool Shen) à cet acte généreux et sauveur de vie. D'abord horrifiés par cet augure, ils finissent rapidement par accepter. A Paris, Claire (Anne Dorval), la cinquantaine et atteinte d'une grave maladie cardiaque, est inscrite sur une liste de receveurs à caractère extrêmement urgent. Le cœur de Simon sera pour elle...

Ce film magnifique débute par une dizaine de minutes époustouflantes. Les images et séquences de surf sont d'une intensité et d'une beauté que je n'ai jamais vues nulle part auparavant. Puis, d'une façon tout aussi extraordinaire, survient l'accident de la route qui sera fatal à Simon. Katell Quillévéré, jeune cinéaste française de 36 ans, dont j'avais adoré "Suzanne", son long métrage précédent (2013), récidive ici avec une histoire immensément émouvante et belle. Plaidoyer exceptionnel et bouleversant en faveur du don d'organes, tout est abordé ici dans la démarche et les aspects humains de l'acte le plus généreux qui soit. De la première à la dernière minute, la réalisatrice tient le spectateur, au souffle court, par le cœur. C'est beau, ça vous prend aux tripes, notamment dans tout ce qui est entrepris à partir de la décision de transplantation, jusqu'au réveil de la receveuse avec son nouveau cœur...

Film choisi pour une séance de projection cinématographique d'un dimanche triste, gris, maussade et même neigeux en sortant de la salle. En buvant un café dans le tearoom voisin, je revis et me sens envahi par le "message" délivré par cette merveille d’ode à la vie. Je suis donneur volontaire d'organes depuis 1984. Si vous ne l'êtes pas ou si vous hésitez à le devenir, allez voir ce chef-d'œuvre d'humanité, ce film exemplaire qui risque d'en réconcilier plus d'un avec une possible existence morne et sans saveur. Acteurs et actrices sont en parfaite osmose avec la metteuse en scène, laquelle, par cette œuvre majeure, vient prendre place dans le cercle de plus en plus large de mes cinéastes féminines préférées. Sur les 66 films déjà visionnés cette année, nul doute que "Réparer les vivants" prendra place, à fin décembre, dans les quatre ou cinq d'entre eux ayant atteint la note de 18 sur 20 ou plus...

Note : 18/20

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Mercredi 26 octobre 2016

Le film du jour : Mal de pierres

En Haute-Provence, dans les années cinquante, entre bleu du ciel et mauve des champs de lavandes caressés par le vent, évolue Gabrielle (Marion Cotillard), jeune femme en mal d'amour absolu. Elle vit une passion dévorante pour l'instituteur du village qui, marié, la rejette froidement. Dans sa famille, proche de sa sœur cadette, elle demeure indifférente à ses parents. Menaçant de la faire interner, sa mère lui suggère ainsi d'épouser, histoire de la caser, José, un ouvrier saisonnier espagnol travaillant à la récolte de la lavande. Horrifiée par cet augure, mais éprise de liberté, elle finit par accepter de convoler. José (Alex Brendemühl) est un homme de grande bonté, mais qui demeure traumatisé par les horreurs de la guerre d'Espagne. Si sa femme ne l'aime pas, il compte bien sur le temps pour gagner son cœur et ses faveurs. Peu à peu, les choses s'arrangent et la jeune femme se retrouve enceinte sans le savoir. Une fausse-couche en sera la révélation. Souffrant également de la maladie de la pierre (lithiase), les médecins lui recommandent six semaines de cure dans un établissement spécialisé situé dans les Alpes suisses. C'est là qu'elle rencontre André (Louis Garrel), un jeune officier français, blessé en Indochine et lui aussi en cure. Profondément touchée par cet homme sujet à d'atroces douleurs, Gabrielle sent revenir en elle ce besoin d'amour total qu'elle avait mis de côté dès lors qu'elle avait épousé un homme qu'elle n'aimait pas. La passion devient absolue, incandescente, dévorante au point peut-être de la déconnecter d'une réalité qu'elle refuse d'entrevoir...

Mal de pierres, faim d'amour absolu et nécessité pour Gabrielle de se fondre totalement dans l'être qu'elle idéalise sans doute au-delà du raisonnable. Maladie d'amour symbolisée par ces calculs responsables de coliques néphrétiques qui, si affreusement douloureuses qu'elles puissent se révéler (je le sais, j'en ai subi pas mal), ne sont capables en rien de rivaliser avec un besoin inassouvi de vivre en osmose absolue avec l'être aimé. Incarnant une Gabrielle bouleversante et presque étrangère, au sein de sa famille, à un père taiseux et à une mère froide et intransigeante, Marion Cotillard a su donner à son personnage, malgré la tendresse qu'elle éprouve pour sa sœur, une chaleur humaine exclusivement dédiée à l'être rêvé. Magnifique performance de comédienne, encore rehaussée par celles de Louis Garrel et d'Alex Brendemühl, ce dernier incarnant parfaitement le mari patient, aimant, tolérant et qui avoue finalement à sa femme qu'il a été tout cela simplement pour qu'elle reste vivante. Quant à Nicole Garcia, que j'ai toujours beaucoup aimée, qu'elle soit actrice ou réalisatrice, après quelques films allant crescendo quant à leur qualité, elle signe ici un véritable chef-d’œuvre, pour moi ni plus ni moins que le meilleur film français de l'année. Bon, il reste deux mois avant 2017, ce qui me laisse l’augurer de voir encore au moins 12 films (j’en suis actuellement à 62), mais il faudra faire très fort pour égaler, voire dépasser ce petit bijou concocté par Nicole Garcia…

Note : 18/20

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Vendredi 7 octobre 2016

Le film du jour : Le ciel attendra

Sonia et Mélanie sont deux adolescentes proches de leur majorité. Embrigadées via Internet par des jeunes prêts à livrer leur djihad après allégeance à Daech, la première est arrêtée juste avant de passer à l’acte, alors que la seconde vient de quitter sa mère pour la Syrie. Enjeu pour les parents de Sonia : retrouver leur fille après un hypothétique lavage de cerveau. Pour la mère de Mélanie : le début d’une souffrance dont elle n'est pas près de se trouver à la veille d'en voir la fin...

Daech, Etat islamique, djihad, fanatisme religieux, dérive sociale et morale de jeunes paumés, tout ce que la France (entre autres) subit a déjà été largement évoqué, montré, ressassé depuis longtemps. Sur le sujet, on n’apprend donc pas grand-chose. Une fois le doigt enfilé dans l’engrenage, la plupart des jeunes embrigadés, puis expatriés, peuvent hélas être considérés comme perdus par leur famille. Les familles : le vécu d’une horreur souvent inattendue, la souffrance, peut-être éternelle, due à l’injustice du destin, la culpabilité, presque toujours incontournable, le cauchemar d’une vie, un deuil qui ne sera peut-être jamais fait. Tout l’intérêt du film réside en cela…

Catherine (Sandrine Bonnaire) et Samir (Zinedine Soualem), les parents de Sonia (Noémie Merlant) ont de la chance dans leur malheur. Parce que leur fille, désormais reniée par Daech, est laissée à leurs soins, ceci avec des contraintes très strictes (pas d’accès au Net ni au téléphone portable, sortie uniquement accompagnée d’un agent collé à ses basque). Pour les parents, le désendoctrinement se révèle donc long et extrêmement pénible…

Pour Sylvie (Clotilde Courau), l’espoir est si ténu de revoir sa fille, que sa vie se résume désormais à une errance dont nul ne peut prévoir où elle va la mener. Soutenue par son ex-mari (Yvan Attal) et père de Mélanie, le cauchemar est permanant, l’impuissance totale. Au point que la maman caresse un temps le projet un peu fou de se rendre en Syrie pour tenter de retrouver sa fille. Mais très vite, elle se rend compte que c’est là mission impossible…

Dans cette histoire qui peut un jour arriver à n’importe qui, l’évocation d’une telle détresse parentale touchera tout couple ayant des enfants. A cet égard, Clotilde Courau livre une performance d’actrice bouleversante. Cette mère meurtrie, qui n’a à aucun moment remarqué la dérive de sa fille, elle l’incarne avec une force et une conviction absolument incroyables. Sandrine Bonnaire et Zinédine Soualem, moins gravement touchés, n’en sont pas moins très crédibles. Quant à Naomi Amarger, elle incarne une Mélanie parfaite dans l’abandon sans regrets de sa vie de jeune fille au profit de celle de femme dévouée corps et âme à son "prince" et futur mari djihadiste…

Reste… Reste Noémie Merlant. Son incarnation d’une Sonia d’abord déterminée à aller au bout de son rêve dans l’islamisme radical, qui insulte son père et maudit sa mère, puis complètement paumée, pour finir avec de visibles regrets, elle est éblouissante. Remarquée dans « Les Héritiers, précédent film de Marie-Castille Mention-Schaar, la réalisatrice de ce film, cette jeune comédienne de moins de 28 ans va, j’en suis certain, inspirer plus d’un cinéaste à la recherche d’une actrice pas encore star mais pétrie de talents…

"Le Ciel attendra" n’apporte pas grand-chose qui puisse aider à combattre ceux qui, par le biais de l’islam, jouent le rôle de racoleurs et d’embrigadeurs auprès de jeunes gens fragiles et crédules. Mais il aidera certainement des dizaines de milliers d’adultes à prendre conscience que, même si leur enfant semble bien à sa place au sein du cocon familial, la menace existe bel et bien. Fléau de ce début de 21ème siècle, elle est là, sournoise et déterminée, parfois invisible, terriblement dangereuse pour la vie de leur progéniture, et destructrice non seulement pour leur cœur de mère et de père, mais également pour tous les membres d’une famille, et au-delà même du cercle de leurs amis les plus proches…

Note : 16/20

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Mercredi 5 octobre 2016

Le film du jour : L'économie du couple

Après quinze années de mariage, Marie (Bérénice Bejo) constate qu'elle n'est plus amoureuse de Boris (Cédric Kahn). Dans leur magnifique appartement, qu'elle a acheté et qu'il a entièrement rénové, leur vie de couple devient impossible. Pour Marie surtout, Cédric paraissant encore visiblement attaché à sa femme. Elle veut qu'il s'en aille, mais il résiste. Puis, avant que la situation ne vire à l'infernal, il se résigne. Débute alors le temps de la négociation. Marie désire garder l'appartement, Boris ne s'y oppose pas, mais il entend être dédommagé pour tout le travail qu'il a effectué dans ce qui devait demeurer, pour toujours, leur petit nid d'amour. Pour des questions de gros sous, la vie devient alors rapidement intenable pour le couple. Et les disputes éclatent, parfois violentes verbalement et, plus grave, quelque fois aussi en présence de leurs adorables jumelles Jade (Jade Soentjens) et Margaux (Margaux Soentjens), âgées de huit ans...

Titre pas vraiment accrocheur pour un film pourtant remarquable. Le Belge Joachim Lafosse tourne un huis-clos magnifique, avec un éclairage sublime et une caméra toujours parfaitement à sa place. Pas vraiment évident de maintenir l'intérêt du spectateur dans l'espace restreint d'un appartement de taille moyenne durant une heure trois quarts. Prouesse du réalisateur, mais aussi des actrices et de l'acteur. Cédric Kahn est très bon, Bérénice Bejo magnifique. Voilà une comédienne qui, petit à petit, creuse son trou dans l'univers cinématographique français. Si elle continue sur cette voie, elle deviendra très vite incontournable pour un grand nombre de metteurs en scène. Dans un rôle très secondaire, Marthe Keller joue à la perfection la mère de Marie. La comédienne suisse, tellement trop rare dans le cinéma, prouve qu'elle n'a rien perdu de son talent et de son immense présence à l'écran...

Restent les deux petites sœurs jumelles (qui le sont réellement dans la vie), Jade et Margaux Soentjens. Dans l’univers confiné et le climat pesant de ce couple en rupture, elles sont toutes les deux extraordinaires. Certains plans-séquences dans lesquels elles apparaissent sont très longs, mais à aucun moment elles ne perdent ce naturel qui est le leur. Et puis, leur présence est absolument essentielle quant à l'intérêt de l'histoire. Couple sans enfant, empêtré dans ses considérations matérielles, la fin de l'histoire d'amour entre Marie et Boris serait vite devenue ennuyeuse. Ici, Jade et Margaux sont à mes yeux l'enjeu primordial de ce film. Et le réalisateur l'a bien compris, lui qui donne, à la fin du drame, l'occasion à l'une des deux fillettes de rappeler à ses parents, par un acte extrêmement grave, que rien, dans un divorce, ne peut être supérieur à l'intérêt que représentent les enfants...

Ceci dit, si j'ai à ce point aimé ce long métrage et ses scènes les plus poignantes se rapportant aux jumelles, c'est sans doute aussi parce qu'il m'a rappelé ma propre histoire. Si les considérations matérielles n'ont jamais constitué le moindre problème dans la fin de ma propre histoire d'amour avec la mère de mes deux filles (qui avaient à peu près le même âge à l'époque que Jade et Margaux), le reste est assez similaire. Et des disputes en leur présence ont bien eu lieu. Des fautes graves, impardonnables de part et d'autre des parents, que je regrette profondément, que je ne parviens pas oublier depuis quinze ans, et qui me poursuivront jusqu'à la fin de mes jours...

Note : 16/20

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Vendredi 30 septembre 2016

Le film du jour : Kiki - L'amour en fête

A Madrid, de nos jours, cinq couples vivent au quotidien leur problème relationnel au creux du lit. Leurs fantasmes son divers et variés, certains allant même jusqu’à une sorte de déviance qu’ils tentent d’extérioriser. Sujet tabou, la pratique d’une certaine forme de sexualité fait pourtant partie de la vie d’hommes et de femmes pas toujours enclins à les assumer. Rien de bien grave cependant. Ces pratiques existent et le fait d’en faire le sujet d’un film est courageux de la part du metteur en scène. Paco León, également acteur dans son long métrage, réussit la prouesse de ne jamais être vulgaire. Si les propos sont parfois très crûs, pas la moindre image ne permet d’associer cette fiction à un film pornographique. Les dialogues sont souvent délicieux et les situations parfois cocasses et pleines d’humour. L’une d’entre-elles, assez longue et reprise dans la bande-annonce du film, est même à mourir de rire…

Classé film érotique (limité à 16 ans en Suisse), seul le vocabulaire peut parfois s’y rapporter. Sur le plan des images, il ne mérite pas du tout cette qualification. En fait, il est beaucoup plus fin que cela. Deux doigts qui s’enfoncent langoureusement dans une moitié d’orange, une bouche qui déguste goulûment une figue coupée en deux, l’érotisme est plus percutant ainsi suggéré que clairement étalé dans certains films (voir, sur ce plan-là, les scènes très osées de "La vie d’Adèle"). Et puis, au-delà du besoin sexuel incontournable de certains de ses protagonistes, il y a dans ce film une tendresse évidente et un amour parfois débordant, pas forcément attendus dans ce genre de production. C’est aussi pour ces deux raisons que "Kiki – El amor se hace" est vraiment un film exceptionnel, original et rare. Je vous le conseille vivement et, surtout, à voir en VO…

Note : 16/20

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Mardi 27 septembre 2016

Le film du jour : Genius

En 1929, Max Perkins (Colin Firth), des "Editions Charles Scribner's Sons", reçoit un manuscrit qui le trouble profondément. Lui qui a découvert Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway, trouve dans l'auteur de "Look Homeward, Angel", une prose d'une richesse infinie. Thomas Wolfe (Jude Law), refusé initialement par plusieurs éditeurs, trouve enfin celui qui va faire de lui un écrivain à part entière. C'est ainsi que nait, entre les deux hommes, une amitié indéfectible de plusieurs années. Mais Thomas est un perfectionniste, totalement obnubilé par la perfection de chaque ligne, chaque phrase, chaque mot qu'il rédige. Ses romans sont d'une longueur exceptionnelle (5'000 pages pour le second "Of Time and the River) et Max éprouve beaucoup de peine à lui imposer la réduction drastique de sa prose, indispensable à susciter l'intérêt du lecteur. Et puis, son implication totale dans son métier d'écrivain se fait au détriment de sa relation avec Aline Bernstein (Nicole Kidman), sa compagne qui accepte mal la situation. Pour elle, Max devient un rival, tant les deux amis sont impliqués dans l'œuvre de son homme...

Après la frustration qu'a suscité "Juste la fin du monde" et la monumentale déception engendrée par "Eternité", deux films que j'attendais impatiemment, "Le fils de Jean" et "Genius" ont redressé la barre dans ma quête de découvertes originales du 7ème art. Avec le second, Michael Grandage réalise, sur la base d'une histoire réelle, une œuvre passionnante. Plusieurs passages des textes du prodigieux Thomas Wolfe sont ainsi lus à l'écran par Max et la voix parfaitement adaptée à cela de Colin Firth. C'est beau, magnifiquement poétique et ça vous prend aux tripes. La relation complexe mais sincère entre les deux héros du film, évoluant parfaitement dans une ambiance newyorkaise des années vingt-trente superbement reconstituée, représente une des grandes forces du film. Le désarroi, la frustration, puis le désespoir d'Aline en sont une autre. Dans ce rôle beaucoup trop court pour le jeu sublime de Nicole Kidman, l'Australienne à la chevelure châtain foncé est absolument éblouissante. Malgré les "attaques" de jeunes comédiennes telles que Jessica Chastain, Blake Lively ou encore Emma Stone, elle demeure toujours, dans toutes ses interprétations, une bonne tête au-dessus de toutes les autres...

Note : 16/20

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Jeudi 22 septembre 2016

Le film du jour : Un Juif pour l'exemple

Adaptation du livre éponyme de Jacques Chessex paru en 2009, le film retrace l’histoire (vraie) de l’assassinat abject d’un Juif bernois, à Payerne au printemps de 1942, par un groupe de cinq sympathisants nazis locaux. J’ai lu et beaucoup aimé le livre il y a quelques années. L’adaptation qu’en a fait Jacob Berger lui est assez fidèle, pour autant qu’on assimile rapidement le fait que le passé et le présent se mélangent dans l’intrigue. Petite différence tout de même : Chessex, qui avait 8 ans en 42, est devenu un personnage (enfant puis adulte) de l’histoire. Dans le rôle-titre, Bruno Ganz est excellent, comme à son habitude, alors qu’André Wilms incarne un Chessex adulte plus vrai que nature. Le film (73 minutes) est aussi bref que le livre (103 pages). Mais il dit l’essentiel et démontre que la neutralité, lorsqu’elle se résume à fermer les yeux sur la propagande qu’un groupe de minables fait d’un régime totalitaire, barbare et raciste, peut être tout aussi odieux que le crime finalement commis par le groupe en question. Excellent film donc, par lequel Jacob Berger, sept ans après le livre et la mort de son auteur, nous rappelle qu’en ces temps où le nationalisme gagne du terrain partout en Europe, il est bon de jeter un regard sur une période prônant la haine de l’autre qui, au-delà des 60 millions de morts que la 2ème Guerre mondiale a occasionné, n’a pas épargné la Suisse ; du carnage oui, mais pas de la mentalité...

Mais rappelons le contexte de l'époque et les faits. En avril 1942, l’Allemagne nazie est au faîte de sa gloire. Même si la Wehrmacht piétine dans sa conquête de la Russie, sa supériorité militaire est évidente dans tous les domaines. Un mois plus tard, la 8th Air Force va s’installer en Angleterre et, dès lors, les choses vont changer. Mais pour l’heure, la fascination qu’exerce Hitler et sa politique raciste touche non seulement son pays tout entier, mais pas mal de monde ailleurs, y compris dans certaines nations pourtant occupées. En Suisse, îlot épargné par la guerre et la volonté du Führer, les sympathisants du Reich sont nombreux. Des courants frontistes, fascistes ou fascisants, pronazis et antisémites, apparus avant la guerre, se renforcent sensiblement une fois celle-ci engagée. L’Union nationale, la plus extrémiste, menée par Georges Oltramare, (futur speaker, sous le nom de Dieudonné, de Radio Paris, la station créée par l’occupant) ou la Ligue vaudoise, plus modérée mais dans laquelle Marcel Régamey(1) exprime clairement son mépris pour les Juifs du pays. En 1940, une grande partie de ces courants s’unissent sous la bannière du Mouvement national. En novembre de la même année, celui-ci est interdit par le Conseil fédéral. Mais interdire ne signifie pas dissoudre. Alors les membres de ce mouvement continuent à travailler dans l’ombre. Constatant avec quel succès Hitler mène sa politique anti-juive, ils s’en inspirent et rêvent, à leur niveau, d’œuvrer dans le combat contre ce judaïsme qu’ils exècrent.

A Payerne, Fernand Ischi, garagiste de la ville, mène un petit groupe de minables rêvant de l’hypothétique importance que les nazis pourraient un jour leur accorder s’ils venaient à les épater par un fait marquant. Dans cette attente, et poussé par Philippe Lugrin, pasteur sans paroisse et payé par la Légation d’Allemagne à Berne, très attaché aux idées et au rêve de l’ex-Mouvement national qui prônait carrément le rattachement du pays au IIIème Reich, Ischi décide de capturer et de supprimer un Juif. Ceci tout simplement pour fêter le 53ème anniversaire du Führer (20 avril 42). Son choix se porte sur Arthur Bloch, un marchand de bétail bernois qui fréquente régulièrement le marché aux bestiaux de Payerne. Le traquenard et l’assassinat de l’homme de 60 ans ont lieu le 16 avril 1942. Sous prétexte de lui vendre une vache, trois complices d’Ischi entraînent le marchand dans une petite écurie. Là, l’un d’eux l’assomme et le roue de coups à l’aide d’une barre de fer. Mais le pauvre homme n’est pas mort. Il est alors achevé d’une balle dans la tête. Mais, comment faire pour se débarrasser du corps ? Le chef de la bande décide de le découper en morceaux, puis de mettre le tout dans trois boilles à lait. Après l’avoir déshabillé et, au passage, lui avoir subtilisé les 4.000 francs qu’il avait sur lui, à la hache et à la scie les misérables se livrent au carnage, procédant sur le corps sans vie comme on le ferait avec celui d’un cochon destiné à l’étal du boucher. Après avoir achevé leur ignoble besogne, ils chargent les boilles dans une camionnette et mettent le cap sur le port de Chevroux. Les récipients sont alors amenés dans une barque et deux des assassins s’en vont les balancer par-dessus bord à quelques centaines de mètres du rivage. "Vite fait, bien fait" ! Ischi est content, persuadé qu'il est que cet acte héroïque sera salué par les nazis et devrait lui apporter le poste de Gauleiter du Nord vaudois, lorsque ces derniers auront envahi la Suisse, ce qui ne saurait tarder…

Mais très vite, les soupçons de la police se portent sur le garagiste et sa fine équipe. Les boilles à lait sont retrouvées par un pêcheur, les assassins arrêtés et inculpés. Leur procès se tient à Payerne en février 1943. Rondement mené, celui-ci débouche sur cinq condamnations : Ischi et ses deux complices les plus impliqués sont condamné à la réclusion à perpétuité, les deux autres écopent de 20 et 15 ans de réclusion. La justice a frappé, les misérables sont en prison et Hitler (qui tente de se remettre de la déculottée que ses armées viennent de prendre à Stalingrad), ne lèvera pas le petit doigt pour leur venir en aide. A la fin de la guerre, le pasteur Lugrin sera arrêté et jugé coupable d’avoir été l’instigateur de l’assassinat. Pour cela il sera condamné à 20 ans de réclusion. Point final d’une histoire lamentable que la ville et la région vont, au cours des décennies suivantes, tenter d’oublier. En 1960, ce sera presque chose faite, car tous les auteurs du crime auront été libérés…

34 ans plus tard, la Télévision suisse romande tourne et diffuse un sujet de l’émission "Temps Présent" consacré à cette affaire. En 1977, bien des acteurs de ce drame sont encore en vie. Et plusieurs d’entre eux témoignent, dont deux des condamnés. Le premier parle même à visage découvert et prétend se repentir d’avoir participé à cette horrible boucherie. Du côté des autorités, on remarque que le fait de rouvrir la blessure ne suscite pas l’enthousiasme. Tout cela, c’est de l’histoire ancienne, et il ne sert à rien de remuer ainsi le passé, de peur de porter ombrage à la cité broyarde, prétendent-ils… Encore 32 ans de plus et voilà que Jacques Chessex, originaire de la ville et Prix Goncourt 1973 pour "L’Ogre", en remet une couche. Chez Grasset, il publie "Un Juif pour l’exemple". Plus encore que l’émission de Temps Présent, son livre crée la polémique. Le récit, magnifique sous la plume de ce grand homme de lettres, est sans complaisance pour la population et les autorités d’alors, soi-disant trop passives envers un groupe Ischi qui était connu pour ses idées extrémistes. Devant la caméra de la TSR, on voit même le syndic de la ville s’offusquer de la démarche de l’écrivain, prétendant que cette affaire relève du simple fait divers, et que le mieux et de pas en parler, les relents du passé ne pouvant que nuire à sa belle cité. Un fait divers : la Shoah, pour lui, ce ne serait donc que six millions de simples faits divers... Même son de cloche chez l’hallucinant archiviste de la ville qui affirme, compte rendu des faits de l’époque devant les yeux et payé qu'il est pour les conserver, qu’il vaut mieux oublier tout ça. Jacques Chessex a alors proposé aux autorités de la ville de rebaptiser une de leurs rues ou places du nom de l’infortuné Arthur Bloch. Les édiles lui ont narquoisement ri au nez…

Si vous êtes automobiliste et que vous empruntez le tronçon de l’autoroute A1 reliant Yverdon à Morat, en arrivant dans la Broye, un grand panneau de couleur marron vous le fait remarquer. Sur celui-ci figure un bon petit cochon, bien gras et entrelardé, apparemment apte à figurer au menu d’un restaurant implanté dans une région prétendue gourmande (le panneau l’indique aussi). Chaque fois que je passe devant cette invitation gastronomique et que je vois les joues rebondies du porcelet, je frissonne et ne peux m’empêcher, depuis que j’ai lu le livre de Chessex, de me figurer l’atroce fin de ce paisible marchand bernois, lequel a payé le plus lourd tribut possible au fait qu’il soit né juif et se soit un jour arrêté dans ce pays afin de traiter affaire avec des gens qui, semble-t-il, sont plus aptes à faire bombance et mener ripaille qu’à pratiquer un devoir de mémoire indispensable à rassembler et réconcilier les peuples. Dans le cimetière juif de Berne, la pierre tombale d’Arthur Bloch a été gravée, par la volonté de son épouse morte de chagrin cinq ans plus tard, de ces trois mots très simples : "Gott weiss warum"…

Dieu, il ne sait rien ! Dieu, il ne voit ni n'entend rien ! Dieu, il n’en a rien à cirer d’un genre humain qu’il n’a pas créé, d’un peuple juif jadis exterminé par des barbares pour qui le verbe tuer avait mille fois plus d’importance que celui d’aimer…

(1) A Epalinges, village dans lequel a vécu et est décédé Régamey, une ruelle porte aujourd’hui encore son nom…

Note : 15/20




Dimanche 25 septembre 2016

Hommage...

Ces douze petites roses, roses et fraîchement écloses, je les dépose sur le gravier recouvrant sa tombe. Ce n'est pas grand chose, pour lui qui se repose depuis trois quarts de siècle, loin des rumeurs, loin de la violence et de l'inépuisable intolérance des hommes. Sa douleur, je me l'approprie pour un instant, pour quelques milliardièmes de seconde dans l'éternité muette qui l'entoure et le surplombe, dans le silence assourdissant, insupportable, de ceux qui refusent de se souvenir du calvaire inhumain qui lui a été infligé en ce jour du printemps 1942. C'était 12 ans, jour pour jour, avant ma propre naissance...

Cimetière juif de Berne, 24 septembre.




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Mardi 13 septembre 2016

Le fim du jour : Frantz

Allemagne, printemps 1919. Le pays panse les blessures de la guerre et se nourrit de rancoeur envers la France. Dans le cimetière d'un village, comme partout ailleurs, les nombreuses tombes sont abondamment fleuries. Anna (Paula Beer), entretient celle de Frantz, soldat mort au combat et doux époux qu'elle n'aura jamais. Un jour, elle découvre sur la sépulture de son bien-aimé d'autres fleurs que les siennes. Très vite, celui qui les a déposées se fait connaître. Il s'appelle Adrien (Pierre Niney), il est français, lui aussi combattant de la Grande-Guerre et qui a bien connu Frantz avant celle-ci, lorsque le jeune homme effectuait ses études à Paris. D'abord rejeté par le père du défunt, Adrien prend gentiment sa place dans cette famille qui a adopté Anna, ceci en racontant les bons moments passés en compagnie de Frantz et en évoquant la grande amitié qui les unissait l'un à l'autre. Anna, troublée par le jeune homme, parait peu à peu s'éprendre de lui, dans lequel est découvre tant de points communs avec celui qu'elle a perdu juste après qu'il l'ait demandée en mariage. Mais Adrien, de plus en plus mal à l'aise devant la bienveillance de la jeune femme à son égard, lui avoue un soir la vérité, la véritable histoire qui l'a lié à son ami et adversaire dans les tranchées creusées sur le sol de France. Pas sûr qu'après ces aveux, Anna continue d'éprouver pour lui, les mêmes sentiments...

Très belle histoire. Celle d'un amour impossible. Celle de deux êtres unis dans la désespérance mais que tout oppose. François Ozon filme, dans une somptueuse lumière en noir et blanc, une femme et un homme vivant leurs propres tourments et souvenirs d'une même terrible guerre. Très vite, on se persuade que ces deux-là ne peuvent que finir ensemble. Mais ce n'est pas si simple. Car leur envie de vivre se mélange à celle de mourir et que le même être qui les a rendus si fragiles risque de se dresser longtemps entre eux. Le dénouement est original et pas du tout celui que j'attendais. Mais ce qui fait la force de ce film, c'est l'ambiance parfaitement restituée de cette époque. Pour cette raison, il m'a beaucoup fait penser au chef-d'oeuvre de Michael Haneke "Le Ruban blanc", tourné en 2009. Quant aux comédiens, Pierre Niney s'affirme de film en film est se trouve, je pense, à l'aube d'une carrière exceptionnelle. Quant à Paula Beer, que je ne connaissais pas, elle est une véritable révélation. D'une extraordinaire justesse de jeu et de ton, cette jeune actrice allemande de 21 ans, semble marcher sur les traces de la plus grande comédienne européenne de tous les temps : Romy Schneider. Rien que ça !...

Note : 17/20

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Vendredi 19 août 2016

Le film du jour : Blanka

La nuit dans un bidonville, le jour dans les rues de Manille, Blanka (Cybel Gabutero) vit sa vie de petite fille. Abandonnée par sa mère et de père inconnu, sa survie, dépend de sa seule aptitude à jouer les pickpockets. Très habile dans cet art délictueux, on ne saurait blâmer cette enfant de 11 ou 12 ans, tant elle est attachante dans les efforts qu’elle déploie pour ne pas sombrer. Son rêve ? S’acheter une maman. Parce que, sur la vieille télé d’un habitant du bidonville, elle a vu la star locale de cinéma adopter deux bambins défavorisés. Alors, se dit-elle, si les adultes peuvent acheter des enfants, pourquoi ne pourrais-je pas, moi, m’offrir une mère ? Touchante réflexion. Et les moyens qu’elle met en œuvre pour réaliser son rêve sont dignes d’éloge. Parallèlement à cela, Blanka, qui aime la musique, fait la connaissance de Peter (Peter Millari), un homme âgé et aveugle qui, aux mêmes endroits qu’elle fréquente, gagne sa maigre pitance grâce à son talent de guitariste. Si elle n’a plus de père ni de mère, peut-être vient-elle de se trouver un grand-père. Le gentil vieillard lui apprend à chanter, la petite est douée et, très vite, un bistrotier les engage tous les deux pour animer les soirées de son établissement. Le ciel semble se dégager. Mais la dure réalité de la vie, les rattrape très vite. Pour Blanka, ayant évité par miracle de se voir vendue dans un bordel par une femme sans vergogne, l’orphelinat se profile à l’horizon. Eprise de liberté, cet augure fait tout sauf la rassurer. Mais elle est bien forcée de s’y résoudre. Elle n’y passera même pas la totalité d’une nuit…

Plongée dans la misérable réalité du tiers-monde. Ici, le luxe des trois repas par jour est le rêve inassouvi de tous. Et des enfants surtout. Pour manger et survivre, ils ne sont pas tendres entre eux. Sur le marché du vol, la concurrence est vive, impitoyable. Et Blanka est bien forcée de défendre ses intérêts, rigoureusement et sans compromis, même si elle a bon fond. Sa tendresse pour Peter, le guitariste, est très touchante. Sa quête d’une mère ne l’est pas moins. Elle s’endort le soir sans être embrassée par personne et se réveille le matin dans l’absence d’une mère qui lui sourit. Dur ! Mais plus encore pour le spectateur que pour elle, qui ignore tout de ce que j’évoque ici. Pour son premier long métrage, Kohki Hasei, auteur et metteur en scène japonais, procède par touches oscillant entre douces émotions et cruelle réalité de la vie. La petite Cybel Gabutero joue, avec un talent évident, une Blanka des plus touchantes. Ses larmes, à quelques moments du film, ont de quoi vous nouer l’estomac, sans que, il est bon de le faire remarquer, à aucun moment l’histoire ne sombre dans le pathos. Quant à Peter Millari, réellement non-voyant, il illumine l’écran par son interprétation d’un personnage d’une bonté infinie. Et il semble que ce soit vraiment lui qui joue si bien de la guitare. "Blanka" est un très beau film, une ode à la vie. Court (75 mn) mais contant l’essentiel du combat pour la vie d’une enfant comme il en existe des dizaines de millions à travers le monde. De quoi vous faire réfléchir quant à l’insatisfaction que pourrait représenter, en pays prospère et privilégié, votre propre vie…

Note : 16/20

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Mercredi 17 août 2016

Le film du jour : Sieranevada

Bucarest, mi-janvier 2015. Pour commémorer le souvenir du patriarche, décédé quelques semaines plus tôt, quatorze adultes de la même famille se retrouvent dans le petit appartement de la veuve : mère, enfants, gendre, brus, sœur, beau-frère, neveux, tout ce petit monde d’adultes de la petite bourgeoisie roumaine attend patiemment la venue du pope censé procéder à la petite cérémonie religieuse. Celui-ci tardant à arriver, et les estomacs commençant à crier famine, les conversations d’animent, les langues se délient, les blessures familiales et certaines rancoeurs reviennent à la surface, le tout dans une "belle" harmonie…

Huis-clos de plus de deux heures et demie, admirablement filmé par Cristi Puiu, on entre très vite dans le sujet du film : les discussions animées entre trois générations d’une famille ayant vécu et subi, en fonction de l’âge respectif de chacun de ses membres, la guerre, le joug soviétique, le communisme, la délivrance et la fin de l’infâme Nicolae Ceausescu. Ainsi naissent de virulents affrontements entre les jeunes et les plus âgés, notamment entre la grand-mère, ancienne cadre du parti, et sa petite-fille, croyante n’ayant jamais pardonné aux communistes d’avoir, durant tout leur règne, occulté leur propre religion. Et puis, sur des sujets plus actuels, il y a ces remises en cause, par l’intellectuel de la famille, qui ne jure que par Internet et Google, des versions officielles de certaines tragédies telles que celle du 11 septembre 2001 et de l’attaque de Charlie-Hebdo. Mais tout cela demeure relativement correct et certains débats se révèlent passionnants et pleins d'humour. Mais le ton va changer dès l’arrivée du mari de la sœur de la veuve, pas invité à la cérémonie, et l’on comprend très vite pourquoi. S’enchaînent alors des dialogues pas piqués des hannetons, la vie sexuelle et extra-conjugale de l’horrible individu étant crûment mise en exergue. Insultes diverses et variées certes, mais si bien exprimées que l’action passe par quelques instants de franche rigolade…

Si les dernières vingt minutes n’apportent pas grand-chose, le film n’en demeure pas moins excellent, le metteur en scène réussissant à captiver le spectateur pendant plus de deux heures, grâce surtout à un humour très présent, mais pas facile à placer dans les débats. Dans cet appartement aux pièces minuscules et avec une quinzaine d’interprètes (tous exceptionnels) qui se faufilent les uns entre les autres, ce n’est pas là le moindre des exploits. Au final, deux choses ressortent clairement : si l’on croit que, dans la vie en général, le sens de la famille devrait être renforcé par le fait d’avoir vécu et subi tant d’horreurs, ce n’est pas vraiment le cas ici ; et, corollaire à cette première constatation, le proverbe "Laver son linge sale en famille" prend ici tout son sens, ceci pour le plus grand plaisir de spectateur…


Note : 15/20

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Mardi 2 août 2016

Le film du jour : Juillet Août

Deux sœurs adolescentes, Joséphine (Alma Jodorowsky), 17 ans et Laura (Luna Lou), 14 ans, vont passer leurs vacances de juillet en Provence, en compagnie de leur mère Anne (Pascale Arbillot), divorcée. Le cadre : la villa que possède Michel (Patrick Chesnais), le nouveau compagnon de cette dernière. Sujet banal ? On pourrait le croire. Mais la vie de cette famille recomposée ne l’est pas. Parce que Laura vit en pleine révolte due à son âge et que Joséphine rencontre et tombe amoureuse d’un jeune voyou qui l’ensorcèle et la mêle à ses petits trafics de branquignol. De son côté Anne, qui a 44 ans, constate un beau matin qu’elle est enceinte, ce qui ne constitue pas forcément la meilleure nouvelle de l’année. Quant à Michel, éditeur au bord de la faillite mais au grand coeur, il fait tant bien que mal croire à sa petite famille que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… Juillet en Provence donc pour les filles, et août en Bretagne, chez leur père (Thierry Godard) qui vit seul et qui va tenter de démêler l’embrouille dans laquelle Joséphine s’est laissée entraîner par son béguin crapuleux du sud…

Excellente surprise que ce film pas vraiment au top pour ce qui est de son appréciation sur Allociné (je ne lis jamais les critiques mais prends juste connaissance du nombre d’étoiles décernées par la presse, en l’occurrence 2,5 sur 5 pour celui-ci). J’ai adoré cette histoire parce que j’y ai retrouvé quelques facettes (pas toutes, heureusement) de la vie de mes filles à cet âge-là : le comportement de la petite, effrontée mais très attachante, et la maturité, sous certains aspects, et la douceur de la grande. Tout cela est très bien mis en scène par Diastème (auteur de "Coluche, l’histoire d’un mec") et certains passages du film m’ont beaucoup ému. Ajoutez-y la présence du fabuleux Patrick Chesnais (quel talent, ce gars-là !) et de la non moins excellente et très belle Pascale Arbillot, deux acteurs injustement sous-employés, et vous comprendrez que mon 1er août à moi a été ces 100 très belles minutes passées devant la toile, plutôt qu’une soirée à agiter mon petit fanion rouge à croix blanche...

Note : 16/20

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