2015

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Jeudi 31 décembre 2015

Un an de cinéma...

Au cours de cette année cinématographique 2015, j'ai vu 60 films en salle (16 de plus qu'en 2014). Les notant de 0 à 20, la moyenne s'établit à 13.49 points par film (13.65 en 2014). Voici mon palmarès personnel de l'année écoulée, avec la liste des 18 longs métrages ayant obtenu 16 points et plus (entre parenthèses, le(s) pays de production :

01. The Age of Adaline, de Lee Toland Krieger - 18.5 - (EU)
02. Im Labyrinth des Schweigens, de Giulio Ricciarelli - 18 - (D)
03. Wild, de Jean-Marc Vallée - 18 - (EU)
03. Woman in Gold, de Simon Curtis - 18 - (EU / GB)
05. A Most Violent Year, de J. C. Chandor - 17.5 - (EU)
06. Imitation Game, de Morten Tyldum - 17.5 - (GB / EU)
00. Le fils de Saul, de Laszlo Nemes - 17.5 - (H)
00. Youth, de Paolo Sorrentino - 17.5 - (I / GB / F / CH)
09. La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, de Joann Sfar - 17 - (F)
09. Der Staat gegen Fritz Bauer, de Lars Kraume - 17 - (D)
11. L'hermine, de Christian Vincent - 16.5 - (F)
00. Mon roi, de Maïwenn - 16.5 - (F)
00. Un plus Une, de Claude Lelouch - 16.5 - (F)
14. Demain, de Mélanie Laurent et Cyril Dion (Documentaire) - 16 - (F)
00. L'enquête, de Vincent Garenq - 16 - (F)
00.
Les Cowboys, de Thomas Bidegain - 16 - (F)
00. Selma, de Ava Duvernay - 16 - (EU)
00. Still Alice, de Richard Glazer & Wash Westmoreland - 16 - (EU)

Meilleur réalisateur : Jean-Marc Vallée (Wild)
Meilleur scénario : J. Mills Goodloe & Salvador Paskowitz (The Age of Adaline)
Meilleures actrices : Reese Whiterspoon (Wild) et Blake Lively (The Age of Adaline)
Meilleur acteur : Benedict Cumberbatch (The Imitation Game)


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Dimanche 13 décembre 2015

Critiques professionnels de cinéma : l'imposture...

Ca fait belle lurette que je ne les lis ni ne les écoute plus. Sous le couvert d’une pseudo-passion pour le 7ème Art et de leurs soi-disant longues études consacrées au cinéma, ils déversent trop souvent le flot de leur haine verbale sur les réalisations qu’ils n’apprécient tout simplement pas. Ne pas aimer un film est leur droit, mais qu’ils l’expriment brièvement et, surtout, sans professer la façon dont il aurait dû être fait. Mais non, leur égo démesuré nécessite un verbe allègre et riche, une démolition cinglante et bardée de termes qui font bien dans le venin qu’ils crachent sur des productions qui ne leur ont rien fait. C’est tellement facile de démolir le travail des autres, de jeter dans le caniveau une œuvre qui a le mérite d’avoir été pensée, rêvée, conçue et menée par d’autres à son terme, alors qu’eux ne produisent rien, si ce n’est l’écœurante mise à mort d’un sujet auquel ils n’ont peut-être tout simplement rien compris. Ces gens-là ne sont pas inutiles, ils sont nuisibles. Car ce qui compte dans la vie, c’est de CREER, de CONSTRUIRE des choses. Eux ne font rien, ne créent rien, si ce n’est une litanie négative et souvent abjecte, juste destinée à saper l’élan positif de ceux qui modèlent leur œuvre avec un cœur gros comme ça…

Quant à leur supposée culture cinématographique, laissez-moi en rire. Il y quelques semaines de cela, alors que je n’avais, au volant de ma voiture, rien d’autre à faire que d’écouter la radio, je suis tombé sur trois gougnafiers (je me suis forcé à les écouter et ça m’as fait très mal) de la RTS qui, dans une demi-heure consacrée à la sortie des films de la semaine, ont déversé toute leur morve sur deux ou trois longs métrages dont j’ai oublié les titres. Haine pitoyable, enlaidie davantage encore par les rires sarcastiques et auto-satisfaits de tout cette fine équipe de fossoyeurs. Haine même pas gratuite, car ces vils frelons ont l’outrecuidance de réclamer un salaire pour polluer studio, ondes, antennes et oreilles de leurs auditeurs. Mais ce jour-là, la justice veillait au grain. Et elle a balancé à leurs pauvres faces, toute l’étendue de leur ignorance sur ce sujet qu’ils prétendent pourtant maîtriser sans la moindre faille. Car, après que la diffusion d’une chanson (Piensa en mi, de Luz Casal) leur ait permis, hors antenne, de lubrifier leur langue de vipère et de rassembler leurs ondes négatives, l’animateur de l’émission a subrepticement lancé la question suivante à la ronde:

- Tiens, de quel film est tirée cette chanson?...

L’une des plus belles ballades du monde, mise en images dans l’une des plus émouvantes séquences du cinéma mondial jamais tournées, je pensais que la bonne réponse allait fuser. Tu parles! Il aura fallu trois réponses erronées à cette clique de grosses taches et parfaits imposteurs pour que l’un d’eux parvienne enfin à trouver qu’il s’agissait de "Talons Aiguilles", du génial Pedro Almodovar… A ce moment-là, dans le studio, un ange est passé, les ailes dégoulinantes de mépris et un rire sarcastique entre les dents…

Rien que pour cette année, ce blog compte dix-huit critiques de films. Elles sont toutes élogieuses. Sur les cinquante-six long métrages visionnés du 1er janvier à ce jour, il y en a pourtant plusieurs que je n’ai pas ou peu aimés Mais je me refuse à les citer et à en parler. Car même si je ne les ai pas appréciés, ils ont le mérite d’exister, parce qu'ils sont le fruit du travail de quelqu’un qui a cru en son projet et parce que j’ai trop de respect pour tous ceux qui font que le cinéma soit là pour égayer un peu (et même beaucoup) ma vie en cette époque qui me désespère comme aucune une autre n’a jamais été capable de le faire…


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Vendredi 11 décembre 2015

Le film du jour : Un plus Une

Antoine (Jean Dujardin) est un célèbre compositeur de musique de film qui se rend en Inde afin de travailler sur la bande sonore d’une production cinématographique locale. Lors d’une réception et d’un dîner donnés en son honneur, il fait la connaissance d’Anna (Elsa Zylberstein), épouse de l’Ambassadeur de France, commanditaire du repas. Assis à son côté, et au dépit évident de son mari, Anna monopolise le musicien, engageant avec lui une conversation interminable. La jeune femme vit très mal le fait de ne pas avoir encore concrétisé son rêve de devenir mère. Afin de conjurer le sort, elle entreprend alors un pèlerinage à destination de Bénarès. De son côté, Antoine, victime de migraines incessantes depuis son arrivée en Inde, décide de la rejoindre dans la cité sainte. Après s’être purifiés dans le Gange, tous deux se rendent dans l’extrême sud du pays, afin de rencontrer Amma, célèbre déesse vivante qui, par une simple étreinte (darshan), à la réputation de guérir tous les maux. Commence alors pour nos deux héros, ayant peu de choses en commun si ce n’est d’être très attachés à leur propre conjoint(e), un voyage en train au cours duquel ils tentent de résister au piège que constitue l’attirance qu’ils éprouvent de plus en plus l’un pour l’autre…

Comment aimer le cinéma sans aimer Lelouch? Ca m’est personnellement impossible, tant cet homme sait me toucher par sa façon de faire des films, de raconter des histoires et de laisser à ses acteurs une relative liberté dans l’improvisation. "Un plus Une" n’échappe pas à ces considérations. Dans les paysages magnifiques de l’Inde, Anna et Antoine vivent l’éveil d’une passion. Mais leur histoire passionnelle met du temps pour parvenir à cette nuit qui, enfin, va les unir dans un acte d’amour. Parce que tous deux sont plongés dans leur épopée amoureuse personnelle et qu’ils semblent en être comblés. Seulement voilà, loin des yeux, loin du cœur! Et ce proverbe éculé, triviale constatation, leur tombe dessus, pourtant non sans crier gare. Parce que le charme et l’aura débordant de leur être est à ce point irrésistible, qu’ils ne peuvent résister plus longtemps à cette fatalité qu’on sent venir de très loin… Alors, en guise de retour de manivelle, ce qui devait arriver arrive: s’en aller retrouver leurs conjoints respectifs les extirpe de leur petit rêve tendre et sucré, pour les plonger dans les dures et amères réalités de la vie. Mais l’histoire ne s’arrête pas là… Dujardin est égal à lui-même, c'est à dire très bon, alors qu'Elsa Zylberstein, que j'adore, trouve enfin un rôle à sa mesure (le meilleur depuis "Il y a longtemps que je t'aime" - César 2009 du meilleur second rôle féminin), dans lequel elle est irrésistible. Et puis, je ne puis que relever la (trop) brève prestation d'Alice Pol, exceptionnelle et très prometteuse jeune actrice qui, en plus de jouer la compagne d'Antoine, est pianiste et interprète l'un de mes airs classiques préférés, la "Sérénade" de Schubert...

Auteur d’environ 50 longs métrages en 55 ans, Claude Lelouch est un metteur en scène des plus géniaux. Si "Un homme, une femme" demeure son œuvre la plus célèbre, personnellement je préfère d’autres titres, moins connus parfois, mais tout aussi représentatifs de l’immense talent du cinéaste : "Un Homme qui me plaît", "Le Voyou", "Le Bon et les Méchants", "Robert et Robert", "Les Uns et les Autres", "Le Chat et la Souris", "Itinéraire d’un enfant gâté", "Tout ça pour ça", "Attention bandits!", "Les Parisiens", et mes trois préférés que sont "Roman de Gare" (tourné sous le pseudonyme d'Hervé Picard), "L’aventure c’est l’aventure" et "La Bonne Année". Sans oublier, bien sûr ce magnifique "Un plus Une"; dans lequel j’ai retrouvé avec joie et émotion, dans le rôle du père d'Antoine, le génial Venantino Venantini, 85 ans, lui qui en 1965 jouait le rôle du bègue dans "Le Corniaud", aux côtés de Bourvil et de Funès. Cinquante années écoulées entre mon premier film vu en salle (et responsable de mon amour indéfectible pour le 7ème Art) et ce petit bijou que constitue "Un plus Une". Je ne dirais pas que la boucle est bouclée, car j’espère en voir beaucoup d’autres, mais ça me fait tout de même quelque chose…

Note : 16/20

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Vendredi 27 novembre 2015

Le film du jour : Les Cowboys

1994. Alain, sa femme Nicole, sa fille Kelly et son fils Kid sont passionnés de Country Music. Dans un festival du genre, après avoir dansé avec son père, Kelly disparaît mystérieusement. Le reste de la famille ne tarde pas à apprendre qu'elle est partie avec Ahmed, un musulman qu'elle fréquentait secrètement. Pour Alain, très attaché à sa fille de 16 ans, il s'agit d'un enlèvement. Alors que Nicole semble résignée, son mari entame alors une croisade de plusieurs années. Souvent accompagné de Kid, il cherche, cherche, cherche encore et partout, en France, en Belgique, au Danemark, en Turquie, au Yémen. Plusieurs fois sur le point de la retrouver, le destin refuse cependant de concrétiser son interminable quête. Un soir, alors qu'il se lance à nouveau sur une hypothétique piste, exténué au volant de sa Volvo, il est victime d'un terrible et fatal accident de la route. Il ne reverra jamais sa fille adorée.... Kid, de trois ans le cadet de sa sœur, et lui aussi très attaché à elle, prend alors le relais. Il s'engage dans une ONG et, au Pakistan, il fait la connaissance d'un mystérieux Américain (le fabuleux John C. Reilly) qui le met sur les traces de Kelly. Mais c'est Ahmed, le compagnon djihadiste de sa sœur, qu'il retrouve un beau jour. Une rencontre qui va le mettre en face de la plus terrible épreuve de sa vie...

Western des temps modernes, "Les Cowboys" conte une douloureuse épopée de dix-sept ans, menée d'abord par un père détruit par le destin de sa fille, puis par son fils, qui poursuit un combat destiné autant à retrouver sa sœur bien-aimée qu'à honorer la détermination infaillible de son papa. Dans le rôle d'Alain, coiffé de son éternel stetson et chaussé de santiags, François Damiens incarne un personnage taillé à sa mesure. Imposant! Dans tous les sens du terme: physique, détermination, talent, présence à l'écran. Une monumentale composition et l'affirmation plusieurs fois entrevue (meilleur exemple dans "Suzanne") d'une capacité dramatique hors du commun. Sur ce plan-là, François Damiens marche sur les pas toujours auréolés de Bourvil, tant il est convaincant dans tous les registres de son jeu. Une présence qui, scénario oblige, disparaît à la moitié du film. Et si celui-ci demeure passionnant jusqu'au bout, le jeune Finnegan Oldfield (Kid) tirant parfaitement son épingle du jeu, son ombre, ou plutôt son aura, demeure présente jusqu'aux dernières images du film…

"Les Cowboys" est un film terriblement d'actualité. Mais, heureusement, la violence est distillée à faible dose et demeure à mille lieues de celle qu'on vit en 2015. Personnellement, ce long métrage m'a beaucoup touché. Parce que j'adore la Country Music, que j'ai la même carrure que François Damiens et parce que, ayant moi aussi deux enfants, je me suis senti parfaitement en osmose avec Alain dans le combat de tous les instants, bouleversant et infaillible, qu'il mène pour retrouver sa fille. S'il m'était arrivé ce qui lui tombe dessus, j'aurais agi de la même façon que lui! Dussé-je y laisser ma vie...

Note : 16/20

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Samedi 21 novembre 2015

Le film du jour : L'hermine

Dans le département du Nord, siège la cour d’assises. On juge un jeune père de famille pour homicide. Michel Racine (Fabrice Luchini) préside la cour. Magistrat d’une soixantaine d’années, il passe pour être strict, intègre et sans états d’âme. Le tirage au sort des jurés débouche sur un nom qui l’interpelle. Celui de Ditte Lorensen (Sidse Babett Knudsen), une femme d’origine danoise, qu’il a connue six ans plus tôt. Elle est médecin, elle l’avait soigné et il en était tombé amoureux. Elle n’avait alors pas donné suite à son élan. Les retrouvailles, au cours d’un procès d’assises, font vaciller la tranquille assurance de cet homme à l’apparence d’un roc inébranlable…

Même s’il tient une place prépondérante dans l’histoire, ce procès passionnant et d’une grande intensité dramatique, n’est qu’un prétexte. Prétexte à mettre en lumière le talent d’un acteur prodigieux. Luchini ne joue pas, il est ce président de cour d’assises rigoureux et assoiffé de justice. Dans son habit désuet, tissé de toile rouge et d’hermine, il incarne à la perfection le magistrat rompu au genre d’affaires qu’il traite quotidiennement. S'il semble être une machine parfaitement rodée à rendre son verdict, il le fait avec une certaine humanité. Et c’est cette même humanité qui, hors des faits macabres relatifs au procès, va se substituer à la froide rigueur que, malgré tout, il affiche dans sa façon d’orchestrer les débats. Dans "L’hermine", égal à lui-même, Luchini incarne un magistral magistrat…

Mais que serait cette démonstration de virtuose sans l’apport fondamental qu’apporte Ditte à cette histoire? Sidse Babett Knudsen, je l’avais découverte dans le poignant "The Wedding", en 2007, donnant la réplique à cet autre prodigieux comédien qu'est Mads Mikkelsen. Huit ans plus tard, et pour son premier film français, cette Danoise qui aura 48 ans demain, livre une prestation à la hauteur de l’émoi qu’elle avait alors suscité en moi. Très belle femme, aux yeux d’un bleu à la profondeur et à l’intensité sans limites, excellente actrice, sa présence dans le film est réduite à la portion congrue. Tout à l’opposé de celle du président Racine. Mais ses apparitions n’en sont que plus délicieuses encore. Touché par le fait d'oeuvrer aux côtés du président afin de rendre un jugement, le docteur Lorensen rédige sa propre ordonnance: une auto-prescription destinée à réveiller en elle les pulsions amoureuses qu’elle avait refusé d’exprimer six ans plus tôt…

Un bémol tout de même: le héros du film évoque le fait d'être jadis tombé amoureux de celle qui l’avait soigné. Or, Ditte est médecin anesthésiste et, de ce fait, ne soigne pas les patients, elle les endort et les réveille. Christian Vincent, metteur en scène et auteur du scénario, aurait été plus inspiré s'il avait fait de son héroïne une infirmière, une de celles qui, dans notre société de plus en plus égoïste, exerce la profession la plus noble et la plus admirable qui soit. Seulement voilà, classe sociale et respect (débile) des conventions établies obligent, un président de cour d'assises ne peut tomber amoureux que d'une femme de son rang. Dommage… Mais enfin, dans la période que l’on vit actuellement, "L’hermine" est un film qui fait malgré tout un bien fou. Ne vous en privez pas, même si une salle bondée de spectateurs aurait de quoi vous foutre la trouille…

Note : 16/20

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Vendredi 6 novembre 2015

Le film du jour : Le Fils de Saul

Octobre 1944. La déportation des Juifs d’Europe touche à sa fin. Dans un Sonderkommando du camp d’Auschwitz-Birkenau, une tentative de révolte se met en place. Saul, prisonnier Juif hongrois et membre du commando, croit reconnaître son fils dans l’amas de cadavres résultant du dernier gazage que lui et ses compagnons d’infortune sont quotidiennement contraints, par les SS, à mettre en œuvre. L’enfant respire encore. Un médecin SS l’examine et, simplement, termine l’œuvre entamée dans la chambre à gaz. Le cadavre du jeune garçon demeure sur la table d’auscultation, dans l’attente de l’autopsie décrétée par le docteur. Saul décide alors de faire tout son possible pour que son fils ait droit à une sépulture digne de ce nom. Pour cela, il se met immédiatement à la recherche d’un rabbin…

Deux jours de la vie d’un prisonnier contraint d’amener les siens à la désespérante et fatale échéance. Huis-clos plongeant le spectateur au cœur de l’horreur. Plans focalisés sur l’homme, sur Saul (Géza Röhrig), sur sa nuque et ses épaules supportant toute la détresse du monde, dans un cadrage serré, carré, où l’on devine, plus que l’on ne voit, ce qui se passe en arrière-plan. Chambre à gaz et crématoire. Lugubres et chargés d’une histoire qui n’est pas montrable. Mais on voit et on entend beaucoup de choses. Même simplement suggérées, les scènes ne laissent place à aucun doute: nous sommes immergés dans l’antre d’une barbarie à visage humain. La première et très longue séquence du film se visionne souffle court et battements de cœur en sursis. Plusieurs minutes d’une intensité dramatique et émotionnelle épuisante. Même grand ouverts, les yeux se voilent, rendant presque superflue la faible profondeur de champ voulue par le metteur en scène. Comme l’enfant achevé par le toubib SS, on étouffe, on cherche de l’air. Et nous, on en trouve. Mais si, heureusement, on ne voit rien de ce qui se passe dans la fausse salle de douche, on entend tout. Et l’on replonge, alors qu’on sait que les derniers gazés font le contraire en escaladant les corps sans vie afin de happer, au plafond, l’illusoire dernière petite poche d’air frais encore à leur portée. Saul sait que sa détermination à sauver son enfant peut lui coûter la vie. Mais que risque-t-il de pire que ce qu’il est obligé d’accomplir chaque jour? Alors on le suit, on souffre avec lui, on cherche une issue favorable à son combat. On tente de lui ouvrir des portes que l’on sait fermées. Et l’on se perd, on se décourage, on désespère, on se rend à l’évidence: sa lutte est vouée à l’échec, perdue d’avance. Parce que les barbares sont les plus forts. Parce que cette humanité dont ils sont dépourvus a déjà causé la perte, dans les mêmes conditions, de trois millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Alors qu’approche le dénouement, dans les flots de la Vistule, au bord de la noyade, le désespoir de Saul, vaincu, fait peine à voir, contrairement à celui, invisible dans la salle obscure, d’un certain spectateur ayant perdu, depuis qu'il étudie l'histoire de la barbarie nazie, beaucoup de sa foi en l’espèce humaine…

Trente ans après la sortie de "Shoah", le monumental documentaire de Claude Lanzmann, László Nemes fait de sa fiction un autre film incontournable sur le sujet. Et je sais que le cinéaste français a beaucoup apprécié le travail de son confrère hongrois. J’en suis heureux pour lui qui, dans quelques jours, fêtera son 90ème anniversaire. Beau cadeau que ce film, pour un homme qui a consacré près de quinze ans à réunir les documents faisant du sien un chef-d’œuvre absolu. Tous ceux qui ont raconté l’horreur devant sa caméra ont aujourd’hui disparu. Tous et y compris Filip Müller, le Juif slovaque qui, dès l’âge de 20 ans, fut incorporé aux Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau. Trois ans passés dans l’enfer d’un complexe chambre à gaz/crématoire. Pour en sortir vivant en janvier 45. Décédé en novembre 2013, Filip Müller a vécu près de 70 ans avec de tels souvenirs. Mais comment a-t-il donc fait ?... Je n’en ai pas la moindre idée et j’aurais beaucoup aimé que László Nemes lui dédie son film…

Note : 17/20

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Mardi 27 octobre 2015

Le film du jour : Mon Roi

Histoire d’un amour, histoire de l’Amour. En quête du Graal, Tony la femme est conquise par Giorgio le mâle. Epopée d’un amour où prémices riment avec délices, mariage avec mirage, famille avec bisbilles et tout le reste avec indigeste. Air universellement connu dans lequel l’homme, nomade par définition, se colle aux basques de la femme, casanière et constante. Union aléatoire de deux genres pas vraiment faits pour se comprendre. Aimer l’autre tel qu’il est et non pas tel que l’on voudrait qu’il soit ! Vœu définitivement pieu. L’Amour est un sentiment trop évolutif pour qu’il garde le même nom toute une vie. Son terme (sa fin) vire trop souvent au pathos, s’enfonce dans les lieux communs jusqu’à s’étouffer et en mourir. Pour qu’un couple dure, concession et consensus sont des termes trop laids pour qu’on les associe au mot Amour. Tout passe, tout lasse, tout casse ! Et la claque qu’on ramasse quand on a compris ça, nous laisse sur le carreau, loin du cœur, et ça pique, qu’on ait du trèfle ou pas. L’amour est un jeu de cartes truquées duquel nul ne sort jamais vainqueur…

Maïwenn met en scène un amour somme toute banal. Mais elle le fait avec tout son cœur, avec tout son Amour. Le résultat est un film qui souvent bouleverse, jamais ne laisse indifférent. Cassel et Bercot sont sublimes. "Mon Roi" est un film. "Mon Roi", c’est du cinéma, un art qui, au contraire de l’humain qui l’a inventé, est définitivement apte à être couvert d’un Amour éternel. "Mon Roi", c’est LE CINEMA…

Note : 16/20

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Mardi 20 octobre 2015

En attendant Maïwenn...

Cannes l'a à nouveau honorée cette année. Comme il y a quatre ans, lorsqu'elle remportait le Prix du Jury avec ce qui demeure pour moi l'un des deux plus beaux films visionnés dans ma "carrière" de cinéphile. "Polisse" en 2011, "Mon roi" cette année. Avant cela, il y avait eu "Pardonnez-moi", mettant en scène les stigmates d'une femme adulte (elle) pouvant résulter d'une enfance (autobiographique) marquée par les coups et les manques cruels d'un "amour" parental singulier dont on ne peut jamais vraiment se remettre. Aucun film ne m'a ému comme celui-là. Enfin non, il y en a eu un autre: "Polisse"... Plus tard, Maïwenn enchaînait avec "Le Bal des Actrices", bien plus léger, drôle, mais d'une force cinématographique exceptionnelle; avec des comédiennes qui, toutes, donnaient la pleine et monumentale mesure de leur talent: Karin Viard, Marina Foïs, Romane Bohringer, Muriel Robin, Charlotte Rampling, Julie Depardieu, Mélanie Doutey ou la réalisatrice elle-même. Le cinéma de Maïwenn est d'une force prodigieuse! Chaque long métrage est un coup de poing qu'on se prend dans les gencives ou l'estomac. Trois fois j'ai pris les coups, en haut ou un peu plus bas, et chaque fois j'ai dit merci. Parce que la grâce narrative et filmique dans laquelle baigne cette femme de 39 ans est unique. Tous les coups lui sont permis. Elle assène et balance, cogne et envoie comme personne dans son art. Oui, on en prend plein la gueule! Mais Maïwenn n'est pas méchante. Elle ne fait que nous expliquer. Et si l'on ressort toujours de ses films sans aucune blessure visible, c'est l'âme, c'est le coeur qui, groggys, appliquent les pansements sur les blessures salvatrices internes. Le cinéma de Maïwenn est original, juste, intense, profond, bouleversant et d'une sensibilité infinie. Il est le plus beau cadeau qu'ait jamais reçu le passionné de cinéma que je suis...

"Mon roi" (Prix d'interprétation féminine à Cannes pour Emmanuelle Bercot) sort sur les écrans demain, mercredi 21 octobre, quatre ans presque jour pour jour après "Polisse". Je n'en ai vu que quelques extraits, mais je l'aime déjà et suis persuadé que Maïwenn ne me décevra pas...


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Vendredi 16 octobre 2015

Le film du jour : Der Staat gegen Fritz Bauer (L'Etat contre Fritz Bauer)

République fédérale allemande, fin des années 50. Fritz Bauer, procureur général du Land de Hesse, est à la tête d'un groupe de magistrats traquant des nazis notoires qui vivent et travaillent dans le pays sans être inquiétés. Dans cet Etat fragile tentant d'oublier son passé, il n'est pas facile pour un procureur, juif de surcroît, de poursuivre pour crimes contre l'humanité, des hommes infiltrés naturellement dans le système. D'anciens SS ont, après la fin de la guerre, été incorporés dans la police et bien d'autres occupent des places de rang élevé dans toutes les sphères de l'Etat. Le plus bel exemple de ces incongruités est celui de Hans Globke, l'un des principaux rédacteurs des lois raciales de Nuremberg en 1935, qui occupe alors le poste de secrétaire d'Etat et chef de la Chancellerie fédérale; à ces titres, il est l'un des plus proches collaborateurs du Chancelier Konrad Adenauer. A Francfort, Fritz Bauer mène sa carrière avec le but avoué de réveiller la mémoire somnolente de ses compatriotes. Mais le combat est ardu et les menaces de mort permanentes...

En 1957, il reçoit une lettre de Lothar Herrmann, un Juif allemand émigré avant le début de la guerre en Argentine afin de fuir le nazisme. Celle-ci stipule qu'Adolf Eichmann, le grand ordonnateur de la déportation des Juifs d'Europe, se trouve également dans le pays. La missive est formelle : la fille de Lothar Herrmann fréquente Nick(1) Eichmann, fils de l'Obersturmbannführer tristement célèbre. Bauer, conscient que l'Etat allemand ne bougera pas, transmet alors l'information au Mossad, le service secret israélien. Mais celui-ci, loin d'être convaincu, exige de la part du procureur d'autres preuves avant de mettre en place une tentative d'enlèvement de l'ancien SS. Au péril de sa vie et de sa carrière (si ses agissements venaient à être connus, il risquait d'être arrêté et jugé pour haute trahison), Bauer poursuit ses investigations jusqu'à ce que le Mossad soit convaincu du bien-fondé de ses allégations. Suivent alors l'enlèvement d'Eichmann, en 1960, son procès à Jérusalem l'année suivante (la République fédérale refusa de demander son extradition), et sa pendaison, à la prison de Ramla, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1962...

Le film s'arrête là, mais il est bon de savoir que Fritz Bauer poursuivra sa lutte. Son entêtement et sa soif de justice déboucheront sur le procès d'Auschwitz, qui se tint à Francfort entre décembre 1963 et août 1965, et dans lequel 22 SS furent jugés, dont 17 condamnés à diverses peines d'emprisonnement. Fritz Bauer fut retrouvé mort dans sa baignoire en juillet 1968. Il n'avait que 65 ans et le doute demeure aujourd'hui encore quant à une mort accidentelle. A noter que son rôle décisif dans la capture d'Eichmann, n'a été révélé que dix ans après sa mort...

"L'Etat contre Fritz Bauer" est un film intense et passionnant jusqu'à son dénouement. Le procureur est incarné par Burghart Klaussner, fabuleux acteur allemand, révélé au grand public par "Le ruban blanc", chef-d'oeuvre de Michael Haneke (2009). Si l'histoire met en lumière cette somnolence de la mémoire allemande (il en fut bien d'autres en ce temps-là...), il est vrai favorisée par la guerre froide, elle révèle aussi la persistance de certaine loi nazie envers ceux (principalement des hommes) qui pratiquaient une forme de sexualité jugée perverse et dont les adeptes furent abaissés au rang de sous-hommes (untermenschen), au même titre que les Juifs, les Tziganes et les Slaves entre 1933 et 1945. Fritz Bauer en faisait secrètement partie et l'un de ses assesseurs aussi. Leur combat n'en fut que plus délicat et méritoire, même si le second dut finalement en payer le prix...

Ce long métrage (qui ne sortira en France qu'au printemps prochain) fait suite au magnifique "Im Labyrinth des Schweigens" (Le labyrinthe du silence), sorti le 27 avril dernier, lequel traitait du travail des procureurs, placés sous la férule de Fritz Bauer, instruisant les dossiers qui allaient déboucher sur le procès d'Auschwitz, ci-dessus mentionné. Que ce genre de film puisse voir le jour a quelque chose de réconfortant, même plus de 70 ans après les faits dont il est question. La mémoire s'entretient et il est extrêmement bon qu'il en soit ainsi, à l'heure où les témoins directs de telles horreurs sont toujours moins nombreux...

(1) Le fils d'Eichmann se prénommait en fait Klaus, mais il se faisait appeler Nick.

Note : 17/20

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Mercredi 30 septembre 2015

Marie Laforêt...

La "Fille aux yeux d’Or" promène sa silhouette aérienne entre les piliers fragiles de ma mémoire. Dans son regard, débordant de douceur mais toujours mystérieux, j’ai plongé bien des fois. Son visage, d’une sauvage beauté, semblait quelque peu statique, son sourire, ou l’esquisse qu’elle en laissait parfois paraître, était hésitant, éphémère et loin de faire le joint entre ses deux oreilles. Mais il émanait de tout son être une aura troublante, oscillant entre évidence et évanescence, surnaturelle, comme issue d’un autre monde. Comment ne pas être interpellé par la féminité malgré tout explosive de cet être aux gestes d’une douceur infinie. Fascinante, elle semblait tout droit descendue d’un écran de cinéma, se déplaçant hors de la pellicule sur un rythme entre vitesse normale et ralenti. Après l’avoir vue s’éloigner, pour moi la vie semblait s’arrêter et je crois bien que c’est ce qu’elle faisait, tant il me fallait de temps pour remettre les pieds sur terre…


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Lundi 28 septembre 2015

Le film du jour : Boomerang

En Bretagne, de nos jours… Antoine (Laurent Lafitte), un quadragénaire ayant perdu sa mère trente ans plus tôt, s'interroge sur les véritables raisons de sa disparition. La noyade est officielle, mais les raisons profondes de cette tragédie ne lui ont jamais été clairement expliquées. Son père (Wladimir Yordanoff) rechigne à en parler, alors que sa soeur Agathe (Mélanie Laurent), de cinq ans sa cadette, ne se pose pas les mêmes questions. Avec obstination, Antoine se lance alors dans sa propre enquête, créant l'incompréhension autour de lui. Jusqu'au jour où la vérité lui est assénée, froide, terrible et diablement destructrice quant aux liens qui unissent toute sa famille...

Tiré du roman de Tatiana de Rosnay, ce long métrage démarre en douceur et va crescendo. Intrigue solide, même si le héros met trente ans à se poser d’aussi graves questions, ce qui me parait excessif. Le dénouement est inattendu et très bien amené. Mais l'intérêt pour cette histoire, personnellement, réside avant tout dans l'interprétation des deux actrices principales. Mélanie Laurent et Audrey Dana (qui joue la nouvelle amie d'Antoine, séparé) ont tout ce qu'il faut pour m'attirer dans la salle obscure. Et là, je ne parle pas de leurs atouts physiques. J'adore ces deux comédiennes, tout simplement. Et la première, film après film, qu'elle joue ou qu’elle dirige, possède un talent qui me stupéfie. Raison pour laquelle j'irai toujours voir tout ce qui sort avec son nom à l'affiche. Boomerang est un film que j'ai aimé, je l'avoue, avant tout pour la performance de cette jeune femme qui, comme Maïwenn, représente le mieux un cinéma féminin français auquel je suis extrêmement sensible...

Note : 15/20

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Mercredi 23 septembre 2015

Ciné : Celles et ceux que je ne saurais oublier...

Romy Schneider, née le 23 septembre 1938, Bourvil, décédé le 23 septembre 1970.



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Samedi 12 septembre 2015

Le film du jour : Youth

Jeunesse… Titre d’un film dans lequel les deux héros, tels un armagnac encore jeune, totalisent près de 160 ans d’âge. Film de vieux, ou film pour les vieux? Rien de cela! Balade dans le monde moderne, dans la réalité de la vie d’aujourd’hui, où le futur compte tout autant que le passé. Fred, chef d’orchestre à la retraite, et Mick, metteur en scène, se reposent dans les Grisons. Au pied des montagnes, dans un hôtel de soins, entre bains de boue et massages du corps, ils dissertent sur leur vieille amitié et leur art respectif, sur les femmes, les leurs et celles qu’ils auraient pu aimer. Leurs certitudes, celles que l’âge leur a apportées, sont bien fragiles face à la si solide emprise des montagnes qui les dominent. Fragiles aussi, les convictions, lorsque des êtres bien plus jeunes qu’eux viennent les remettre en question avec un aplomb qu’ils ne soupçonnaient pas. L'affirmation selon laquelle la sagesse est le privilège de l’âge, en eux possède-t-elle un quelconque fondement? Pas sûr. Et le sens de l’art que développe Paolo Sorrentino, le metteur en scène, pour nous faire douter de cela est proportionnel au talent des acteurs de cette symphonie dans laquelle les sentiments jouent la partition majeure. Michael Caine et Harvey Keitel, dans leur sérénité contemplative et parfois désabusée, parlent le même langage: à aucun moment on ne se lasse de leurs propos. Rachel Weisz, si belle, si touchante sous ses blessures et en égérie de cette jeunesse qui les a quittés, apporte à leur dialogue l’image de la femme, au sens le plus noble du terme, qui pour tous les deux a tant compté dans leur existence. Les seconds rôles, en parfaits contrepoints, ne déparent en rien l’ensemble harmonieux d’une ode à l’amour de la vie des plus réussies. Si cette histoire fera sans doute réfléchir les plus anciens parmi les spectateurs, tous les autres en retireront quelque chose. En cela, un film tel que celui-ci remplit tous les critères esthétiques, moraux, philosophiques et artistiques que doit offrir une œuvre de cinéma destinée à figurer longtemps au générique filmique de ma mémoire. Vive le cinéma qui me (nous) fait aimer la vie!

Note : 17/20

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Vendredi 21 août 2015

Le film du jour : Floride

Voyage dans un monde irréel, où l'âge avancé se fond dans celui d'une enfance sur le retour, où les souvenirs, tels la mémoire vive d'un ordinateur à bout de souffle, se réduisent en peau de chagrin. Périple hasardeux, incertain, agrémenté de souvenirs lointains, dans le temps qui passe et n'arrange rien. Posé sur l'aile d'un oiseau perdu dans sa migration, Claude vit son Alzheimer sous les yeux attendris de sa fille Carole, mais aussi devant le regard incrédule de ceux qu'il gêne par ses comportements imprévisibles. L'octogénaire a l'Alzheimer joyeux! Ce qui est une chance pour ses proches, mais qui n'est pas systématique. Dans sa quête de souvenirs, auxquels il aimerait tant redonner vie, il nous surprend, parfois nous amuse, nous touche et nous émeut toujours, mais aussi nous rend perplexe quant à la façon qu'ont certains cerveaux de vieillir. Claude, c'est Jean Rochefort, et il livre dans ce magnifique long métrage, une performance d'acteur remarquable, exceptionnelle. Carole (Sandrine Kiberlain) évolue au même niveau. Sous la direction d'un Philippe Le Guay très inspiré, tous deux donnent à cette histoire une humanité rare, exemplaire dans la façon d'appréhender le fléau que représente cette maladie de fin de vie, dans laquelle de plus en plus de personnes plongent sans s'en rendre compte et sans que le corps médical n'y puisse rien faire...

Note : 15/20

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Mardi 11 août 2015

Le film du jour : La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil

Titre à rallonge pour un film inspiré d'un roman de Sébastien Japrisot, paru en 1966. Road Movie menant une jeune femme désinvolte de Paris jusqu'à la Côte d'Azur. La dame, c'est Dany (Freya Mavor), secrétaire dans une agence de publicité. Son patron (Benjamin Biolay) lui demande un jour de l'accompagner dans sa propriété afin de mettre au propre un texte dont il a un besoin urgent. Travail accompli, Dany conduit et dépose son boss à Orly, lequel, papier en main, doit prendre l'avion pour se rendre à Genève. Sur demande de celui-ci, la jeune femme reprend la route afin de ramener la voiture chez lui. Dany n'a jamais vu la mer. Et ce manque devient obsessionnel. Alors, plutôt que de faire ce qu'on lui a demandé, elle met soudainement le cap au Sud. Monte Carlo est à 700 kilomètres et, au volant son superbe cabriolet américain, elle roule en direction de son rêve. Avant d'y goûter pleinement, une foule d'aventures va lui arriver, au point qu'elle se demande si, encore loin de la mer, la folie ne lui serait pas initialement promise...

Tout dans cette histoire m'a conquis ! Le titre, génial, et aussi long qu'est longiligne l'héroïne. L'époque : fin des années 60 ou début des 70, cela n'est pas clairement mis en lumière. La voiture, une magnifique Ford Thunderbird 1966, couleur turquoise et dont le moteur vrombit tel celui d'un cannot in-board Riva. La façon de filmer du metteur en scène, que j'avais beaucoup aimé dans "Gainsbourg (Vie héroïque)", en 2010. L'histoire, peu conventionnelle et interpellatrice quant à la santé mentale de l'héroïne (ou de la nôtre si nous ne parvenons pas à la comprendre). L'héroïne enfin, sa beauté, ses taches de rousseur, sa chevelure de feu, sa f(o)ugueuse jeunesse, son époustouflant sex-appeal, son talent, pour moi jailli du néant (je ne la connaissais pas du tout). Tout était réuni pour passer cent minutes exaltantes. Joann Sfar a monté son excellent suspens comme David Lynch l'avait fait avec "Mullholland Drive" (2001), le film le plus déroutant que j'aie jamais vu. Freya Mavor, actrice écossaise de 22 ans, idéalement à sa place dans cette production qui n'est pas sans rappeler (réalisation, scénario, héroïne) l'excellent "Passager de la pluie" (René Clément, Sébastien Japrisot, Marlène Jobert), en 1970...

Ce parallèle avec la divine Marlène, devenu évident bien avant la fin du film, n'a sans doute fait qu'accentuer le plaisir qui fut le mien tout au long de ce déroutant long métrage. Petite interrogation cependant : les cinq dernières minutes, desquelles jaillit la lumière, sont-elles vraiment nécessaires ? Je n'en suis pas sûr du tout, mais ça ne change rien à ce profond ressenti m’incitant à proclamer, haut et fort, que du cinéma tel que celui-ci, avec des décors naturels, des actrices et acteurs en chair et en os et des sentiments mis en valeur par leur seul talent de comédiens, j'en redemande...

Note : 16/20

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Lundi 10 août 2015

Cinéma d'acteurs : La mort en marche...

Ce n’est pas le titre d’un film, mais le destin du cinéma d’actrices et d’acteurs, du cinéma d’auteur, d’un cinéma mettant en scène l’humain dans l’aréopage de sentiments et d’émotions qui l’accompagnent. Depuis pas mal de temps déjà, les images de synthèse, l’animation, la science-fiction déshumanisée, le fantastique totalement irréel, l’horreur sont de plus en plus nombreux à squatter le programme des salles obscures. Personne n’y échappe : Pixels, Vice-versa, Les Minions, Le Petit Prince, Ted2, Ant-Man, Jurassic World, Les 4 Fantastiques, Renaissances, Terminator : Genesys, voilà ce qui m’est offert ces jours dans plusieurs villes suisses et françaises. Le futur apocalyptique, le héros qui sauve l’Amérique avant le monde, la guerre des machines, des robots, les cyber-héros, les aventures de gélules jaunes à lunettes, un débile dialoguant avec un ours en peluche, Saint-Ex en 3 D (et dieu sait si j’aime son petit héros), ne me font pas rire, rêver, vibrer, frémir, me laissent froid comme le cul d’un esquimau,. Ces deux genres de cinéma-là, pour ce qui est de l'animation m'indifère et, pour le reste, me fait tout simplement chier ! Et qu’on ne vienne pas me dire, concernant le premier genre, que j’ai perdu mon âme d’enfant ; elle ne m’a jamais quitté et se matérialise toujours par cette part de rêve indispensable dans laquelle je passe tant d’heures de ma vie, même à plus de 60 balais…

Ce que je veux, ce sont des femmes et des hommes en chair et en os, vivant des histoires plausibles, douces ou violentes, passées ou présentes, la mise en valeur des sentiments humains, quelques qu’ils soient et qui me donnent l’impression d’appartenir au même monde qu’eux. Je veux des actrices et des acteurs capables d’exprimer la passion de leur art en me transportant dans leur univers, dans les méandres de leurs pensées, qui m’ouvrent leur cœur comme j’ouvre grand les yeux pour mieux percevoir leur talent. Je veux de l’amour avec tout ce que ce mot signifie, comporte et génère comme sentiments : joie, peine, douleur, bonheur, plénitude, doute, sincérité, générosité, égoïsme, altruisme, frustration, rires, pleurs, toutes ces choses que seuls les humains sont capables d’exprimer. Faire battre un cœur dans une marionnette en chiffons ne me suffit pas, faire briller les yeux d’un personnage de synthèse m’indiffère. Je suis un être vivant et seuls celles et ceux qui le sont aussi me touchent et me font rêver. Lorsque j’ai découvert le cinéma, il y a 50 ans et alors que Tintin était mon seul héros, je n’ai vu dans le jeu et le regard de Bourvil, que l’expression de la plus belle humanité du monde. Et depuis, rien n’a changé, c’est toujours ce que je cherche avant tout en pénétrant dans une salle obscure…

Je dédie cet article à mes actrices et acteurs (actuels) préférés : Mélanie Laurent, Jessica Chastain, Nicole Kidman, Meryl Streep, Karin Viard, Jean-Pierre Bacri, Jack Nicholson, Christoph Walz, Mads Mikkelsen, Patrick Chesnais.


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Jeudi 30 juillet 2015

Trois actrices en devenir...

1. Laetitia CASTA
Ayant en son temps appris que cette très belle jeune femme avait l'ambition de devenir comédienne, j'ai attendu qu'elle passe à l'acte avant d'évaluer son potentiel. Avec son rôle de Falbala dans "Astérix et Obélix contre César", lequel fut suivi par un téléfilm intitulé "La bicyclette bleue", le top-model, antithèse pulpeuse de ses consoeurs anorexiques, m'a tout sauf convaincu. Mais la belle, sans doute consciente de ses lacunes, s'est mise à bosser. Résultat, ses trois dernières performances à l'écran sont plus que convaincantes. Aussi bien dans "Des lendemains qui chantent" (2014) que dans "Des Apaches" (2015), elle d'une crédibilité absolument remarquable. Mieux, dans le téléfilm "Arléty, une passion coupable" (2015), campant une étonnante Léonie Bathiat, elle se révèle incroyablement proche de l'originale, laquelle, nantie de sa gouaille inimitable, représentait pour l’actrice corse un challenge que beaucoup prédisaient hors de sa portée. Bel et très rassurant exemple de persévérance et de travail, dont une certaine Sophie Marceau, plus mauvaise actrice de France et de Navarre, ferait bien de s'inspirer...

2. Virginie EFIRA
L'ex-animatrice de télévision (M6) a elle aussi choisi de franchir le pas. Après quelques comédies banales, pour ne pas dire loufoques, dans lesquelles elle apparaissait sans réel talent, avec "Caprice", et dans le rôle d'Alicia, une actrice très en vue qui s'éprend d'un anonyme, elle livrait une performance étonnante, pleine de retenue, offrant à son personnage une crédibilité remplie d'émotion. Assurément, cette jeune femme belge de 38 ans (elle a 6 jours de plus que Laetitia Casta) possède un potentiel dramatique qui ne demande qu'à s'exprimer. A suivre avec intérêt, donc...

3. Frédérique BEL
Et je garde la meilleure pour la fin. Révélée par "La minute blonde", sur Canal + (2004-2006), l'ex-Dorothy Doll a fait bien du chemin. Ayant déjà 35 films à son actif, elle n'est hélas la vedette d'aucun de ceux-ci. Et c'est là que je ne comprends plus! Parce que le talent de cette native d'Annecy (elle a deux ans de plus que ses consoeurs ci-dessus) est tout ce qu'il y a d'évident. Si elle est toujours très drôle dans les rôles de nunuche qu'on lui propose, il serait temps pour elle d'en sortir. Comme Virginie Efira, son potentiel dramatique est gigantesque, mais je désespère qu'un metteur en scène s'en rende compte un jour. Ayant enfin abandonné la blondeur trop évocatrice de ses débuts sur Canal, il est maintenant temps pour cette comédienne que j'adore de passer à autre(s) chose(s) : du sentiment, de l'émotion, de la dramaturgie, tous ces trucs qui font les grandes actrices et dont son regard, parfois, déborde. Allez Fred, il est temps que tu te lâches!...



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Jeudi 23 juillet 2015

Un an après, ou vivre pour le cinéma...

Le 23 juillet 2014 marquait le dernier jour de travail de mes 44 années de vie active (16-60 ans). 365 jours plus tard, je ne regrette en rien d'avoir demandé à pouvoir bénéficier d'une retraite anticipée, cinq ans avant l'âge légal. Les neuf dernières années de cet ultime job ont été à ce point décevantes qu'il était exclu de poursuivre cette aventure dans une boîte dont les dirigeants surfent sur une vague d'inhumanité consternante. Tout au long de cette année écoulée, si j'ai gardé des contacts avec quelques ami(e)s, je n'y ai jamais remis les pieds...

Cette première année de retraite m'a permis de me rendre compte qu'en fait je suis et j'ai toujours été un nomade : pas de point d'ancrage (résidence) à long terme, dix-huit domiciles différents, dont trois ces douze derniers mois, soit une moyenne de 3,38 années par demeure. Lassé de l'actuelle, plutôt que d'en chercher une autre, je ferais mieux de m'offrir un camping-car. Car avec 54'000 kilomètres parcourus en voiture depuis le 1er août 2014, j'ai de quoi revendiquer le droit à faire partie des "gens du voyage", n'est-il pas ?...

Mais en fait, non ! Car partir sur les routes c'est renoncer à une grosse part de ce qui me fait vivre et m'enthousiasmer pour les dernières années de mon existence : LE CINEMA ! Signe de feu, le Bélier est un conquérant. Le problème avec lui, c'est que lorsque la "chose" est conquise, il s'en lasse très vite. Je dispose d'innombrables exemples en ce qui me concerne (dessin, musique, peinture, histoires d'amour, etc...) Le cinéma, finalement, c'est la seule chose dont je ne me sois jamais lassé...

Lorsque j'entre dans une salle obscure, je pars à la conquête d'un film, d'une histoire, d'un metteur en scène ou d'une actrice. Et si j'en ressors parfois déçu, le nombre de victoires ne m'a jamais lassé du genre. Au contraire, loin des complexes commerciaux ne diffusant que ce qui est susceptible de leur rapporter un max de thunes, je traque systématiquement les films d'auteurs, à petits budgets, les histoires humaines plutôt que la daube à la mode que représentent les images de synthèse, le surnaturel, l'horreur ou la science tellement fiction qu'elle en devient débile...

Après un an de retraite, ma seule certitude est que jamais je ne pourrai vivre sans continuer à aller voir des films. J'en suis à 30 cette année, j'en ai trois à aller voir d'ici le 31 juillet, ce qui, à la fin de 2015, devrait porter mon total à 60 environ. C'est un minimum, car mon record s'établit à 96 (2003)...


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Jeudi 16 juillet 2015

Le film du jour : Woman in Gold

Par ces temps de canicule, passer deux tours d'horloge dans une salle climatisée de cinéma n'est pas un luxe. Et si, en plus, on tombe sur un long métrage magnifique, la privation de soleil n'en est que plus bienfaisante. A la mort de sa soeur, Maria Altmann récupère toutes ses affaires personnelles. En inspectant celles-ci, elle découvre que, pour la défunte, se souvenir du passé est parfois nécessaire. Un tableau de Gustave Klimt, représentant Adele, la tante des deux soeurs, a jadis été volé par les nazis, lesquels agissant en Autriche depuis mars 1938 comme ils le faisaient dans leur propre pays. Ferdinand Bloch-Bauer, un Juif autrichien, richissime industriel du sucre vivant à Vienne, commande à Klimt un portrait de sa femme Adèle. Le tableau est peint en 1907. Après l'annexion du pays par Hitler (Anchluss de 1938), la persécution menée contre les Juifs devenant insupportable, l’homme d’affaire quitte le pays pour s'installer seul (Adele est décédée en 1925 et le couple n'a pas eu d'enfants) à Zürich. Alors que son frère reste à Vienne, Maria sa fille, et donc nièce de Ferdinand, rejoint clandestinement les Etats-Unis. Les parents de la jeune femme finissent leur vie dans un camp de la mort et les SS embarquent les cinq tableaux de la famille, tous signés du maître autrichien mort en 1918. En 1941, le portrait d'Adele Bloch-Bauer (surnommé Goldene Adele, car en très grande partie réalisé à la feuille d’or), est cédé au musée viennois du Belvédère. Il y demeurera, sans quiconque n'y trouve à redire, jusqu'en 1998...

C'est à ce moment-là que Maria se met en tête de récupérer ce qui lui appartient de droit. En effet, au moment de mourir, en 1945, Ferdinand Bloch-Bauer n'a plus que Maria et sa soeur comme héritières. Le testament authentifié de l'industriel est sans équivoque à ce sujet. Maria est domiciliée à Los Angeles et demande à Randy Schoenberg, le fils d'une amie émigrée comme elle d'Autriche, de s'occuper de l'affaire. Pas chaud à cette idée, le jeune homme de 32 ans s'y colle tout de même. La complexité de l'affaire et tout ce qu'il apprend à ce propos le rendent plus enthousiaste. En compagnie de Maria, il entreprend un voyage à Vienne afin de tenter de démêler au mieux les fils de cette affaire. A cette occasion, une procédure visant à ce que le tableau soit rendu à sa légitime propriétaire est froidement repoussée par les avocats du musée du Belvédère. Seule possibilité pour elle dès lors: engager un procès. Seulement voilà, pour ça elle doit débourser, au titre de garantie, une somme proportionnelle à la valeur du litige, soit dans ce cas 1'800'000 dollars, une somme qu'elle est loin de posséder. Finalement, en 2000, le juriste et sa cliente sont autorisés par la Cour fédérale de district de Californie à intenter, sur sol américain, un procès à l'Etat autrichien. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle?...

Après le très bon "Monuments Men", voilà un film qui met en lumière un cas concret de spoliation de bien juifs par les nazis. "Woman in Gold" (titre traduit en français par un "La femme au tableau" des plus idiots) est tiré d'une histoire vraie, et le combat que mène Maria Altmann pour faire valoir ses droits est exemplaire. Dans une Autriche ayant de la peine à assumer son passé de membre à part entière du IIIème Reich, rendre ce qui ne lui appartient pas est quelque chose de difficile à accepter (c'est un euphémisme). D'autant que le tableau en question est au Belvédère ce que la Joconde est au musée du Louvre. Ce long métrage, signé Simon Curtis (My Week with Marilyn), tient la route de bout en bout. Le scénario est passionnant, la réalisation sans faille et les acteurs principaux, Helen Mirren, Ryan Reynolds et Daniel Brühl, sont parfaitement à leur place. Excellent film, donc dont je ne vous dévoilerai pas le dénouement, ceci pour vous inciter à aller le voir. Eh oui, on fait ce qu'on peut pour que Vive le Cinéma! A ce propos, et après ce 28ème film visionné en 2015, "Woman in Gold" arrive en tête de mon classement : 1er, à égalité avec "Wild", "Im Labyrinth des Schweigens" et "The Age of Adaline"...

Note : 17/20

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Samedi 20 juin 2015

Le film du jour : The Age of Adaline

Adaline Bowman voit le jour en 1908. Elle a une vie normale, une enfance et une adolescence heureuses. A l’âge adulte, elle se marie et donne le jour à une petite fille. Puis, tout bascule: son mari meurt dans un accident, alors qu'il travaillait à la construction du Golden Gate Bridge de San Francisco. En 1937, elle est elle-même victme d'un accident de la route. Sous un orage, elle perd la maîtrise de sa voiture, laquelle bascule dans l'océan. Au moment de mourir, la foudre s'abat sur sa voiture et le choc électrique qu'elle subit lui redonne vie. Elle s'en sort sans le moindre mal. Mais sa vie, désormais, ne sera plus tout à fait la même. En effet, ce choc miraculeux a bouleversé ses gènes et la voici préservée à vie du moindre vieillissement de tout son être. En 2014, toujours âgée de 29 ans donc, elle fait la connaissance d'un homme qui la bouleverse. Mais son secret d'éternelle jeunesse résistera-t-il à cet amour qu'elle fuit depuis si longtemps?...

Cinq semaines sans cinéma! Des années que cela ne m'était pas arrivé... Pour renouer avec lui, je ne pouvais mieux choisir. Pourtant loin d'être un adepte de science-fiction, ce film ne nous y plonge cependant que le temps de fixer l'enjeu. Tout le reste se déroule (presque) comme dans la vraie vie. Et l'histoire, ma foi, est tout simplement géniale! Avec une mise en scène très classique (c'est justement ce que j'aime) et des images très belles. Mais plus que tout cela, c'est l'inconnue qu'était pour moi l'actrice jouant le rôle titre, qui m'a littéralement scotché à l'écran. N'ayant aucun goût pour les séries télévisées, j'ignorais évidemment tout de "Gossip Girl" et de Blake Lively, l'héroïne de la série (Serena). Eh bien cette jeune femme gagne à être connue. Car, plus encore que sa très grande beauté, elle est une comédienne assez exceptionnelle. De bout en bout, elle porte le film à elle seule (un peu à l'aide aussi d'Harrison Ford, saisissant dans un (petit) rôle se situant aux antipodes d'Indiana Jones), livrant une performance de tout premier plan...

De retour de Polynésie, je me disais finalement qu'il ferait bon aller m'installer du côté d'Hiva Oa. Mais j'oubliais tout simplement que vivre là-bas, sans la moindre salle de cinéma, est une chose qu'il m'est définitivement impossible d'envisager. "The Age of Adaline", pour moi meilleur film de l'année jusqu'ici, me l'a rappelé de la plus éclatante des façons…

Note : 18/20

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Samedi 9 mai 2015

Le film du jour : Im Labyrinth des Schweigens (Le labyrinthe du silence)

Frankfurt am Main, 1958. Dans la cour d'un collège de la ville, Simon Kirsch (Johannes Krisch) un peintre juif, reconnait l'un de ceux qui l'ont persécuté quinze ans plus tôt dans le camp d'Auschwitz. La victime porte plainte contre cet homme qui exerce son métier sans le moindre problème dans une Allemagne à la mémoire embuée. Dans le cabinet du procureur en chef, aucun des magistrats ne désire s'occuper de l'affaire. Aucun, sauf un, Johann Radmann (Alexander Fehling). Agé de 28 ans, le jeune procureur s'occupe d'ordinaire de la répression des infractions au code de la route. Travail peu motivant, il voit dans l'affaire qu'on lui confie, la possibilité d'enfin sortir de la routine. Seulement voilà, son ignorance de la Shoah va le contraindre à tout en apprendre avant de pouvoir s'occuper du dossier qui lui est confié. Commence alors pour lui un parcours semé d'embûches et, par les tonnes d'archives qu'il consulte, constellé de découvertes toutes plus horribles les unes que les autres...

Dans les années 50, l'Allemagne était en pleine reconstruction et tentait d'oublier la guerre qu'elle avait déclenchée une quinzaine d'années plus tôt. Le procès international de Nuremberg, ainsi que les douze autres procès menés par les Américains avant que le pays ne retrouve son autonomie (1949), semblaient avoir soulagé le peuple et ses dirigeants des horreurs commises par l'appareil nazi. Mais la Shoah demeurait encore un sujet inconnu (ou tabou pour les plus anciens) pour la majorité des Allemands. "Le labyrinthe du silence", s'il fait la part belle au jeune procureur Radmann, est avant tout destiné à relever le travail incessant de Fritz Bauer (joué par Gert Voss), alors procureur général du Land de Hesse. Juif réfugié au Danemark, puis en Suède pendant la guerre, cet homme n'a cessé par la suite de lutter pour que justice soit rendue aux victimes du plus grand génocide du 20ème siècle. Mais sa tâche ne fut pas aisée, son judaïsme souvent mal perçu et propice à le faire passer pour juge et partie dans sa lourde tâche. Mais c'est grâce à une petite équipe de procureurs tels que Johann Radmann (personnage fictif dans le film) qu'un immense travail a pu être réalisé dans une reconquête de dignité pour le peuple allemand. Entre octobre 1963 et août 1965, à Francfort, s'est tenu le "Procès d'Auschwitz". 24 accusés, vivant librement en Allemagne mais ayant jadis sévi dans le camp de la mort, ont ainsi pu être jugés et condamnés grâce, entre autres, au témoignage de 211 rescapés de cette horreur. A noter, et cela figure dans le film, que le procureur général Bauer est à l'origine de l'enlèvement d'Adolf Eichmann en Argentine en 1960, ayant lui-même indiqué au Mossad israélien (l'Allemagne se désintéressait de son cas) où se trouvait l'ordonnateur de la déportation de la plus grande partie des trois millions de Juifs assassinés dans les camps de la mort nazis de Pologne...

"Le labyrinthe du silence" est un film magnifique et nécessaire. L'histoire est passionnante de bout en bout et couvre les cinq années (1958-63) de recherches ayant débouché sur l'ouverture du procès d'Auschwitz. Seul bémol à ces deux heures captivantes: l'intrigue amoureuse sans grand intérêt entre le héros et Marlène (Friederike Becht), une jeune couturière qu'il avait fait condamner, quelques mois auparavant, à une amende pour infraction au code de la route. En contrepartie, certains moments sont poignants, notamment celui où Simon, le peintre juif, raconte comment ses deux petites filles jumelles ont été la proie de Josef Mengele, "Ange de la Mort" et médecin fou du camp d'Auschwitz. Le cas de ce criminel nazi tient d'ailleurs une grande place dans le film, le procureur Radmann étant complètement obsédé par la capture de cet homme qui, jusqu'à la mort de son père pourra, sous un faux nom, revenir en Allemagne (comme Eichmann, il s'était réfugié en Amérique du Sud) sans être le moins du monde inquiété. Mais lui ne sera jamais repris et finira noyé sur une plage brésilienne en 1979...

Grand film donc, le meilleur de cette année pour moi, vu (et à voir) évidemment en V.O. allemande, le doublage actuel français des longs métrages étant d'une telle médiocrité qu'il est une atteinte gravissime à cet Art majeur qu'est le cinéma...

Note : 18/20

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Mercredi 6 mai 2015

Le film du jour : Connasse, princesse des cœurs

Camille est une jeune femme française qui se la pète au-delà de tout. Son narcissisme et sa mégalomanie culminent à un niveau rarement atteint. Si elle était aussi grande que sa bêtise, elle aurait de la neige sur la tête durant tout l'été. Trop nulle pour occuper le plus basique des emplois, elle décide un beau matin de vivre des rentes qu'elle ne touche pas (c'est dire si elle est conne). Stéphane Bern, son pendant masculin, lui conseille alors d'épouser le prince Harry (Windsor). La voilà donc qui quitte la France et part à la conquête de son futur mari. Son passage dans la verte Albion n'aura qu'un seul mérite, celui de confirmer que those bloody frogs of Frenchies are nothing but a degenerate people...

Bon, je le dis d'entrée, je n'aime pas beaucoup le titre de ce film, même s'il fait référence au personnage devenu célèbre par la mini-série de Canal+. Mais j'ai adoré ce long métrage. Parce que le cas de Camille est à ce point désespéré que tout ce qu'elle entreprend est parfaitement loufoque et appelle invariablement le rire. Camille Cottin est une actrice que j'aime beaucoup et, dans ce monument d'humour (on navigue sans cesse entre le 2ème et le 3ème degré et ceux qui n'ont pas compris ça vont détester le film), elle frise le génie. Depuis "Dikkenek", je n'ai rien vu d'aussi jouissif. Autre mérite de cette comédie loufoque, tout a été tourné en caméra cachée. Trouvaille géniale, comme l'est la plupart du temps la réaction des "partenaires" de Camille, qui ne savent vraiment pas qu'ils sont filmés...

Ce genre d'humour me plait énormément. Et n'y voyez aucun machisme de ma part. J'adorais la "Minute blonde", diffusée jadis sur le même Canal+. Et Frédérique Bel, sa géniale interprète, est une comédienne exceptionnelle. Comme Camille Cottin, et à l'instar de Florence Foresti, qui est pour moi la meilleure humoriste française moderne (tous sexes confondus). Dans le rire et la comédie, le règne des femmes émerge de sa douce et calme aurore. Les portes du jour lui sont grand ouvertes et je m'en réjouis, moi qu'aucun nouveau pseudo-comique (de scène) francophone ne fait plus rire depuis longtemps...

Note : 15/20

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Vendredi 10 avril 2015

Le film du jour : A Most Violent Year

New York, 1981. Abel Morales (Oscar Isaac) est un homme d'affaires ambitieux, dont le commerce de fuel de chauffage est prospère. Un peu trop même aux yeux de ses concurrents... Lorsque certains chauffeurs de ses camions commencent à être agressés sur la route, et les véhicules volés avec leur cargaison, débute alors pour lui le temps du doute et de la remise en question. Epaulé par sa femme Anna (Jessica Chastain), comptable de l'entreprise, il doit faire face à des menaces de plus en plus précises et violentes, autant envers sa propre famille qu'envers ses employés. Alors qu'Anna se montre plus radicale quant à la riposte à apporter, Abel entend agir en toute légalité, d'autant que le fisc vient de lancer une enquête à son encontre. Sur le point d'acquérir un terrain destiné à héberger ses stocks de mazout, et ayant versé un acompte irrécupérable si l'affaire n'est pas conclue, les époux Morales se trouvent à un point crucial de leur union, tant matrimoniale que professionnelle. Parviendront-ils à faire valoir leur bon droit, où ne sont-ils pas aussi blancs qu'ils le prétendent?...

Aux Etats-Unis, le transport routier est un monde sans pitié. Dans les années 50-70, il constituait le lobby le plus puissant du pays. John et Robert Kennedy, ont mené une lutte sans merci contre lui et Jimmy Hoffa, le patron de leur syndicat, intimement lié à la mafia de Chicago et à son patron d'alors, Sam Giancana. Dans "A Most Violent Year", l'accent est mis sur la rivalité existant entre les entreprises de transport, dont les chauffeurs sont mis à disposition par le même syndicat. Diffusé en Suisse plus de trois mois après sa sortie officielle (31 décembre 2014), le film est une vraie réussite, un modèle du genre dans sa construction. Mis en scène par J.C. Chandor (excellent), jusqu'au bout on se perd en conjectures quant à l'honnêteté réelle des époux Morales. Abel paraît sincère, mais Anna, dont le père est lié au monde de la pègre, est plus susceptible d'évoluer parfois en marge de la loi. Si bien que ce long métrage est passionnant jusqu'à la dernière image.

Oscar Isaac, dont je garde un excellent souvenir de son interprétation de Llewyn Davis ("Inside Llewyn Davis", des frères Coen), est parfait dans son rôle d'entrepreneur. Tout comme David Oyelowo, que j'ai admiré dernièrement dans le rôle difficile de Martin Luther King ("Selma", de Ava DuVernay). Quant à Jessica Chastain, comment dire?... Le génie féminin de la comédie à l'état pur! A nouveau dans un "petit" rôle, elle crève cependant l'écran, livrant une performance similaire à celle qui fut la sienne dans "Zero Dark Thirty" (de Kathryn Bigelow). Lentement mais sûrement, elle est en train de prendre la place de numéro 1 dans ma liste des meilleures actrices du monde. Sorry Nicole...

Note : 17/20

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Mercrdi 18 mars 2015

Le film du jour : Still Alice

Alice Howland (Julianne Moore) est professeur de linguistique à l'université de Columbia (New York). Elle vient d'atteindre la cinquantaine, est mariée à John (Alec Baldwin), avec lequel elle a eu trois enfants. Des pertes de mémoire soudaines, ennuyeuses dans les cours qu'elle prodigue, la mettent très vite en alerte. Des analyses et divers tests de mémorisation confirment les terribles soupçons de son neurologue : Alice est atteinte d'une forme rare et précoce de la maladie d'Altzheimer. Des investigations plus poussées font apparaître une transmission génétique de l'affection. Reçue de son père, elle l'a hélas transmise à l'une de ses deux filles, l'autre refusant de se livrer à l'examen nécessaire à formuler le diagnostic. Pour toute la famille, très unie, le choc est brutal. Sereine et déterminée, Alice prend des mesures pour, avant qu'il ne soit trop tard, gérer la fin de sa vie, à laquelle elle devra décider, le moment venu, de mettre un terme elle-même...

Pour vivre dans une famille dont l'un des membres est atteint de cette saloperie, je n'ai pas appris grand-chose du film. L'action est assez conforme à ce que je connais donc de la progression d'Alzheimer. Sauf que, chez Alice, l'évolution négative est extrêmement rapide. La mise en scène est sans grande originalité et les acteurs sont très bons, Alec Baldwin et Kristen Stewart en tête. En tête, mais derrière Julianne Moore. Ayant tant souhaité la victoire de Reese Witherspoon (Wild) aux Oscars, j'étais impatient de découvrir celle qui lui a brûlé la politesse. Je n'ai pas été déçu. Comptant depuis longtemps parmi mes actrices préférées, Julianne Moore mérite amplement son trophée. Sa performance est absolument remarquable. Son interprétation de cette femme, à l'intelligente supérieure et qui, impuissante, constate sa rapide déchéance mentale est bouleversante...

Très grand moment de cinéma donc, d'autant plus émouvant que Richard Glatzer, l'un des deux metteurs en scène, est décédé il y a tout juste une semaine. Il n'avait que 63 ans et était atteint de "sclérose latérale amyotrophique" (aussi appelée "maladie de Charcot"), le même mal dont souffre l'astrophysicien Stephen Hawking, dont le récent "Theory of Everything" raconte l'extraordinaire histoire...

Note : 16/20

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Samedi 21 février 2015

Les César de l'ennui...

Ca doit bien faire 15 ans que je ne manque aucune cérémonie de remise des César du cinéma français, diffusé en clair sur Canal +. Et jamais je ne m'y suis autant ennuyé qu'hier soir. Malgré toute la bonne volonté et le talent incontestable d'Edouard Baer, animateur de la soirée, ce fut long (programme dépassé de 50 minutes), plat, fade, et constellé de séances interminables de remerciements. Soirée extrêmement décevante, donc. Pour tout cela, mais aussi pour le choix des 4'000 professionnels du cinéma, lesquels dans leurs nominations d'abord, ensuite dans leurs choix finaux, m'ont plongé dans une incompréhension manifeste. Ce qu'ils ont choisi de récompenser ne correspond pas du tout à ce que j'ai vu et aimé du cinéma français en 2014. A deux exceptions près : le César du meilleur second rôle masculin pour Reda Kateb ("Hippocrate") et celui de la meilleure actrice pour Adèle Haenel ("Les Combattants")...

Demain soir, à Los Angeles, ce sera le tour de la remise des Oscar du cinéma américain. La liste des nommés, pour ce qui concerne les statuettes principales, est plus conforme à mes propres goûts. Si Michael Keaton ("Birdman") et Julianne Moore ("Still Alice") partent favoris dans la catégorie "Meilleur(e) acteur et actrice", j'espère sincèrement qu'Eddie Redmayne ("The Theory of Everything") et (surtout) Reese Witherspoon ("Wild") seront consacrés. Hélas, impossible d'assister (par télé interposée) à cela en direct dans la nuit de dimanche à lundi...

Bon, puisque je parle encore de cinéma, j'en profite pour souhaiter à Mélanie Laurent, présente hier soir au théâre du Châtelet, et dont le magnifique "Respire" n'a injustement rien récolté, un excellent 32ème anniversaire...


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Mardi 17 février 2015

Le film du jour : The Imitation Game

Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis cryptaient tous leurs messages radio à l'aide d'une encodeuse nommée "Enigma". Le codage était à ce point développé et complexe, qu'il pouvait offrir, pour tout l'alphabet, 159 milliards de milliards de combinaisons possibles. Pendant des années, les Alliés vont se casser les dents sur cette diabolique machine, jusqu'à ce qu'un mathématicien anglais ne parvienne à mettre au point ce qui n'était rien d'autre que l'ancêtre des ordinateurs modernes. Grâce à lui, à toute son équipe et à ce décrypteur ayant nécessité trois ans de mise au point, tous les messages radios de la Marine de guerre allemande (attaquant les convois destinés à approvisionner l'Angleterre) purent alors être compris par les Alliés. Selon les historiens, cette invention a permis d'écourter la guerre de deux ans et de préserver de la mort 14 millions de personnes...

Ce film, passionnant de bout en bout, raconte l'histoire d'Alan Turing (Benedict Cumberbatch), mathématicien et cryptologue anglais né en 1912, civil au service de la Royal Navy et chargé de mettre au point une machine capable de contrer "Enigma". Prétentieux, hautain et méprisant envers toute l'équipe qui travaille avec lui, il est d'abord unanimement détesté par ces derniers et sa hiérarchie. Mais il est tellement bon que Churchill lui-même lui fait confiance. Et puis, grâce à Joan Clarke (Keira Knightley), une jeune femme arrivée plus tard dans son équipe et qui tente et réussit à le rendre plus humain, la collaboration va devenir plus cordiale au sein de ce petit groupe travaillant avec acharnement à la cause qui lui tient à cœur, jusqu'à ce que la machine parvienne à décrypter son premier message radio...

Peu connu du public, Turing tient pourtant un rôle décisif dans l'issue de la guerre. Et la mise au point de sa machine est déterminante dans la victoire des Alliés sur le Reich d'Adolf. Ouvertement homosexuel, ce génie de l'informatique est condamné, pour cette simple raison et en 1951, à la castration chimique, une peine qu'il choisit lui-même afin de pouvoir poursuivre ses recherches dans le domaine informatique. Il se donne la mort le 7 juin 1954 et il faudra attendre Noël 2013 pour que cet homme admirable soit enfin réhabilité par Elizabeth II...

Si "The Imitation Game" nous tient en haleine du début à la fin, c'est en grande partie à Benedict Cumberbatch, qui délivre ici une performance d'acteur stupéfiante, qu'il le doit. Nommé aux prochains Oscars, il devrait en découdre avec Eddie Redmayne qui, dans "The Theory of Everything", campe un Stephen Hawking époustouflant de vérité. En ce début d'année, avec ces deux films et "Wild", divinement interprété par Reese Witherspoon, le cinéma anglo-saxon est au sommet du 7ème Art. Le jeu des actrices et acteurs étant ce que je préfère dans la salle obscure, avec trois performances d'un tel niveau, ce n'est pas moi qui m'en plaindrai...

Note : 17/20

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Vendredi 6 février 2015

Le film du jour : Wild

Cheryl est une jeune femme qui ne sait plus très bien où elle en est. Fille d'un père violent et d'une mère qu'elle adore, elle perd tous ses repères lorsque celle-ci se voit emportée par un cancer à l'âge de 45 ans. Cheryl accuse le coup. Son mariage fait naufrage, elle aussi, avec tout le cortège des démons s'attaquant à une femme dont l'âme est à la dérive. Elle touche le fond. Mais avant de se voir engloutir par cette gangrène, elle a un sursaut qui, espère-t-elle, l'aidera à sortir du trou. Le "Pacific Crest Trail" est un parcours américain de randonnée, pédestre ou équestre, allant du Mexique au Canada ; une sorte de chemin de Compostelle américain, très dur car alternant plaine, forêt, désert et montagne. Elle se donne 90 jours pour, à la marche et sur les 900 miles les plus ardus du parcours, renouer avec la vie. Commence alors pour elle une lutte humble, touchante, parfois bouleversante, et de tous les instants contre le renoncement...

Longtemps j'ai tenu Reese Whiterspoon dans une estime très relative. Dans ses rôles délurés, typiques de certaines comédies américaines, genre nunuche à son toutou, elle me désespérait profondément. Et puis, en 2005, il y eut cette démonstration qui allait lui rapporter l'Oscar : incarnant June Carter, la femme et sauveteuse de l'épave qu'était devenu Johnny Cash, elle m'administrait une claque monumentale. A elle, "Walk the Line" doit tout autant qu'au génial Joaquin Phoenix. Dans "Wild", elle donne un nouvel aperçu de son talent. Au point de prouver, à moi qui n'en n’avais pas besoin, qu'elle est une actrice n'ayant plus rien à envier aux icônes que sont Meryl Streep ou Nicole Kidman. Que doit-elle à Jean-Marc Vallée, son excellent metteur en scène canadien, lui qui, il y a un an, réalisait le sublime "Dallas Buyers Club" ? Beaucoup sans doute, et avant tout de lui avoir offert un si magnifique rôle...

Tout au long des 120 minutes de cette balade sauvage au coeur de l'Ouest américain, je suis demeuré attaché aux basques de Cheryl/Reese, fasciné par sa performance physique (elle trimbale un sac à dos au moins aussi lourd qu'elle), que celle de comédienne. Celle-ci, intense et bouleversante de bout en bout, m'amène à affirmer qu’hier, dans l'une de ces salles obscures qui sont toute ma vie, je n'ai assisté à rien d'autre qu'à l'exemple le plus abouti d'un travail de comédienne. Le commentaire de l'affiche ci-dessous est fondé mais insuffisant. Parce que dans ce film extraordinaire, Reese Whiterspoon m'a offert la plus belle performance d'actrice de 50 ans d'amour du cinéma (né en 1965 avec Bourvil et "Le Corniaud"). Béat d'admiration et touché en plein coeur, je suis sorti de ce long métrage, ou plutôt de la salle, avec la certitude désormais inébranlable que rien, plus que le cinéma, n'est capable de matérialiser en moi ce que représente le bonheur...

Note : 18/20

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