2014

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Mercredi 31 décembre 2014

Un an de cinéma...

Au cours de cette année cinématographique 2014, j'ai vu 44 films en salle (7 de moins qu'en 2013). Les notant de 0 à 20, la moyenne s'établit à 13.65 points par film (13.94 en 2013). Voici mon palmarès personnel de l'année écoulée, avec la liste des vingt longs métrages ayant obtenu 15 points ou plus :

01. Dallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée - 18,5
02. Les Héritiers, de Marie-Castille Mention-Schaar - 18
03. A Most Wanted Man, d'Anton Corbijn - 17.5
03. Des lendemains qui chantent, de Nicolas Castro - 17.5
05. Ida, de Pawel Pawlikowski - 17
05. Respire, de Mélanie Laurent - 17
07. 3 coeurs, de Benoît Jacquot -16.5
07. Bird People, de Pascale Ferran - 16.5
07. La famille Bélier, d'Eric Lartigau - 16.5
07. La French, de Cédric Jimenez - 16.5
07. The Fault In Our Stars, de Josh Boone - 16.5
12. Diplomatie, de Volker Schlöndorff - 16
11. Finding Vivian Maier (Doc), de John Maloof - 16
11. Grace de Monaco, d'Olivier Dahan - 16
11. La ritournelle, de Marc Fitoussi - 16
11. Le beau monde, de Julie Lopes Curval - 16
17. Before I Go To Sleep, de Rowan Joffe - 15.5
11. White Bird In A Blizzard, de Gregg Araki - 15.5
19. L'enfance retrouvée (Doc), de Lucienne Lanaz - 15
16. Pause, de Mathieu Urfer - 15

Meilleure réalisateur : Jean-Marc Vallée (Dallas Buyers Club)
Meilleur scénario : Audrey Diwan & Cédric Jimenez (La French)
Meilleure actrice : Shailene Woodley (The Fault In Our Stars)
Meilleur acteur : Matthew McConaughey (Dallas Buyers Club)


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Publié le 8 décembre 2014

Le film du jour : La French

Dans le Marseille de la pègre, le truand d'origine napolitaine Gaëtano Zampa (Tany pour sa clique de malfrats) tient les rênes du marché mondial de l'héroïne: la French Connection. Pour la combattre, un juge d'instruction lorrain, sans expérience du milieu, débarque dans la cité phocéenne et met toute son énergie dans la bataille. Pierre Michel, surnommé "le cowboy", n'y va pas par quatre chemins, mais sa fougue initiale lui occasionne bien des déboires. Dans un milieu corrompu de toutes parts, il doit apprendre à tempérer son ardeur, à user de compromis et à s'armer de patience. Sans quoi les truands qu'il combat pourraient bien lui faire payer son intolérable audace...

Basé sur une histoire vraie, celle du juge Michel, ce long métrage est passionnant de bout en bout. Menée tambour battant par un excellent metteur en scène (Cédric Jimenez) et interprétée par deux des meilleurs acteurs français du moment (Jean Dujardin et Gilles Lellouche), l'action se situe entre 1975 et 1981. Je me souviens parfaitement de cette époque et du combat que menait le juge Michel contre le grand banditisme et le trafic de drogue dans la ville de Marseille. Le film fait également la part belle à de magnifiques seconds rôles, tels que Céline Sallette (la femme de Pierre Michel), Mélanie Doutey (celle de "Tany" Zampa), ou encore Benoît Magimel, le complice, puis rival de Zampa, dans une interprétation courte mais géniale d'un truand complètement déjanté...

Deux des meilleurs films de l'année (pour moi), visionnés en l'espace de deux jours. Voilà quelque chose qui me réjouit et qui, surtout, prouve l'excellente santé du cinéma français, n'en déplaise à certains critiques transfusés au ketchup. Dans mon palmarès annuel (bientôt publié ici), plusieurs longs métrages tricolores y figurent. Et presque tous ont été l'œuvre de metteurs en scène à mes yeux peu ou pas connus. Renouveau ou continuité? Peur importe! C'est avant tout réconfortant et peut-être bien la preuve que la "french touch", en matière de cinéma, a (toujours) un bel avenir devant elle...

Note : 17/20

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Vendredi 5 décembre 2014

Le film du jour : Les Héritiers

Un lycée de la banlieue parisienne, une classe d'élèves préparant le bac, peu d'assidus aux études, beaucoup de désintérêt, de violence verbale. La prof d'histoire et géo subit les assauts de cette meute plus paumée que méchante, fait face à la résignation de ceux qui savent que leur échec est déjà programmé. Mais elle ne se décourage pas. Elle inscrit sa classe au "Concours national de la Résistance et de la Déportation", une épreuve annuelle hors programme des cours. Pour cette saison 2008-2009, il s'agit de fournir un travail de groupe, une réflexion originale sur un sujet grave s'il en est : les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi. Les jeunes gens, conscients de leurs lacunes, ne sont pas emballés par le challenge. Mais, petit à petit, baignant dans l'adolescence et si proches encore de leur enfance, ils prennent conscience qu'ils ont peut-être quelque chose à dire sur le sujet...

Tiré d'une histoire vraie, ce long métrage révèle combien, dans une vie, les quinze premières années sont importantes. Ce qui rassemble ces élèves et fait passer leurs querelles au second plan, c'est justement cette évidence qui leur saute soudain aux yeux. Ils se documentent, cherchent, fouillent, dévorent tout ce que le net peut leur offrir pour étoffer leur savoir. Bref, sur ce défi gigantesque, ils se comportent comme de vrais étudiants, deviennent avides d'information, auditionnent un témoin direct (Léon Zyguel, jouant là son propre rôle) qui à leur âge subissait Auschwitz. Et là, leur humanité éclate au grand jour: ils s'émeuvent, compatissent, certains fondent en larmes et tous se rapprochent, se tolèrent. Ils font front (presque) tous ensemble et leur travail, dès lors, en devient tout simplement remarquable. Après avoir gagné le concours, sur 27 élèves, 20 réussiront leur bac. Quelle belle leçon! Et quelle enseignante remarquable...

La flèche décochée par le 42ème film que je vois cette année, m'a touché en plein cœur! Au cours de mes propres recherches concernant les crimes de l'appareil nazi nécessaires à l'élaboration de mon roman, j'avais lu, il y a quelques années, le résultat primé de l'étude de cette classe de Créteil. J'ignorais qu'il deviendrait un film. Et ce film, c'est mon chef-d’œuvre de l'année. Marie-Castille Mention-Schaar, la réalisatrice, Ariane Ascaride, qui joue (admirablement) la prof, ainsi que tous les ados donnant vie à ce bijou de film, méritent les plus beaux éloges. Dans la morosité ambiante (météorologique et conjoncturelle), passer près de deux heures d'une telle qualité dans une salle obscure suffit à mon bonheur. Avec le point d’orgue que constitue "Les Héritiers", il y en a eu deux ou trois comme cela, cette année. Plus je vieillis, plus je me pars de gris et me confond dans celui de la vie, et plus je me sens convaincu que, hormis mes enfants, le cinéma demeurera la plus grande histoire d'amour de ma vie...

Note : 18/20

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Mercredi 26 novembre 2014

Trois films "féminins"...

1. Respire

Le deuxième long métrage de Mélanie Laurent, quatre ans après le très beau "Les Adoptés". L'amitié passionnelle d'une jeune étudiante pour sa nouvelle camarade de classe. Candeur et sincérité d'un côté, hypocrisie et manipulation de l'autre. Les blessures de l'adolescence mises en images avec toute la sensibilité de la réalisatrice. Un film de femmes, un monde de filles ? Une oeuvre qui ne pouvait que me plaire ! Joséphine Japy est une sublime révélation, Lou De Laâge confirme son immense talent, Mélanie Laurent devient l'un des symboles les plus beaux et les plus émouvants de ce que les femmes apportent dans le cinéma, qu'il soit de France ou d'ailleurs. J'en redemande...

Note : 16/20


2. White Bird in a Blizzard

L'histoire d'une jeune femme qui part à la recherche de sa mère disparue, alors qu'elle était adolescente et ne l'aimait pas beaucoup. Voyage dans l'intimité complexe d'une fille qui devient adulte. Oscillation entre sensibilité et froide détermination, entre propos touchants et langage crû. Assez déroutant, mais magnifique par le jeu de la très prometteuse Shailene Woodley et l'interprétation géniale de la fille de Marlène Jobert, Eva Green. Vivent les filles à l'écran !

Note : 15/20


3. Une nouvelle amie

Bienvenue au pays des travestis ! Sujet intéressant et grave, mais le choix de Romain Duris (fabuleux acteur s'il en est) pour le rôle-titre me laisse songeur. Sa tête à claques (un compliment dans ma bouche) et ses traits si masculins font de lui dans ce film un travelo des plus vulgaires. Fallait-il en rire ou s'en émouvoir? Je n'ai pas choisi, car l'intrigue m'a naturellement fait opter pour la première solution. Phrase culte du héros (ou de l'héroïne) :

- On dit que les petits garçons naissent dans un chou et les petites filles dans une fleur; moi, je suis né dans un chou-fleur...

Hilarant ! Heureusement, Anaïs Demoustier apporte sa très belle et incontestable féminité à ce film typique d'Ozon. Et puis, bon point pour Duris (quand même !) : il marche avec des hauts-talons de façon stupéfiante...

Note : 13/20

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Lundi 23 novembre 2014

Marlène JOBERT - L'autobiographie

Cet ouvrage-là, je l'attendais depuis si longtemps... Comment ne pas craquer devant un tel visage ? C'est ce que je me disais en découvrant, à l'âge de 16-17 ans, l'affiche du "Passager de la pluie" ou de "Dernier domicile connu". A la même époque et sans équivoque, Claudia Cardinale, la très pulpeuse vedette féminine de "Il était une fois dans l'Ouest", bousculait mes juvéniles pulsions sexuelles. Marlène Jobert, elle, évoquait la douceur, la tendresse, à mon cœur (en manque) beaucoup plus indispensables, nobles et durables. Si j'ai très vite oublié l'Italienne, je n'ai jamais renié la Française. Marlène Jobert voit le jour à Alger le 4 novembre 1940 (et non pas 1943 comme on peut le lire un peu partout sur le net), d'un père français, militaire en poste en Afrique du Nord, et d'une mère juive algérienne. D'une enfance très dure, par l'extrême sévérité paternelle, elle gardera toujours une timidité et une réserve qui, aujourd'hui encore, ne se sont pas vraiment évaporées. L'adjudant-chef Jobert étant plus tard muté à Dijon, Marlène (l'aînée d'une fraterie de cinq enfants) débarque en Côte-d'Or au début des années 50. Très vite, elle met tout en œuvre pour devenir comédienne. Je m'arrête là dans sa biographie ; si vous êtes fan autant que je le suis, achetez le livre, il en vaut la peine, parce que Marlène raconte énormément de choses, sans concession pour certains de ses partenaires à l'écran ou au théâtre, et avec une franchise qui impose le respect. Auteure, depuis tant d'années, de contes pour enfants, sa plume est alerte et précise et elle livre, sans déballage racoleur ni pudeur excessive, une autobiographie instructive, touchante et parfois très poétique. Toute à l'image, finalement, de cette femme qui, du jour au lendemain, a décidé de cesser de tourner pour se consacrer à l'éducation de ses deux filles Eva et Joy...

Marlène Jobert a aujourd'hui 74 ans. Elle est resté très belle et possède toujours dans le regard, cette flamme intense qui, il y a 45 ans, a tant contribué à allumer celle qui en moi brûle toujours pour elle. J'ai vu la presque totalité de ses films et ne supportait pas (surtout dans ceux que je découvrais à l'adolescence) de la voir en larmes à l'écran : elle avait de trop beaux yeux pour ça et ceux qui la faisaient pleurer étaient des salauds ! J'aurais voulu être près d'elle et la prendre dans mes bras pour la consoler. Eva Green, comédienne aussi belle et douée que sa maman, me fait le même effet à l'écran. Et il y a, dans certaines intonations graves de sa voix, une similitude très troublante avec celle de sa mère... En 1988, alors que Marlène Jobert quitte au matin son appartement pour se rendre sur le tournage de "Les cigognes n'en font qu'à leur tête", ses jumelles, âgées de 8 ans, se jettent à ses pieds en la suppliant de rester avec elles. Leur dépit, leur insistance, la "mise en scène" destinée à influencer leur mère est si touchante et efficace que la comédienne leur donne sa parole : ce film sera le dernier qu'elle tournera. Et elle tiendra sa promesse ! Pour l'amour de ses filles, mais aussi parce que, elle le reconnaît dans le livre, elle n'avait plus le feu sacré pour son métier d’actrice... Au cours des années suivantes et jusqu'en 1998, on la verra encore dans quelques téléfilms et séries télévisées, mais plus jamais sur grand écran. L'écriture de ses contes pour enfants prendra la relève d’un besoin vital de s'exprimer, via la comédie, suite à une enfance dans laquelle personne n'était jamais là pour l'écouter. Comme je la comprends...

Marlène Jobert - "Les baisers du soleil" - Plon, 2014 - ISBN 978-2-259-22342-3



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Jeudi 16 octobre 2014

Claudine Marie Juliette s'en est allée...

Que serait le cinéma sans les "seconds rôles" ? Jamais vraiment vedette, Claudine Huzé en fut l'un des plus beaux et parfaits exemples. Marie Dubois, de son nom d'artiste, la petite Juliette aux yeux si bleus, pour qui Augustin-Bourvil aurait traversé bien plus que la France occupée, s'en est allée le rejoindre dans un firmament constellé d'Etoiles. Dans tous ses rôles, j'ai adoré cette actrice au talent débordant, cette divine comédienne qui, par un seul de ses regards, m'avait prédit que jamais je ne me lasserais, par exemple, du chef-d'oeuvre de Gérard Oury. Qui reste-t-il de cette Kolossale Vadrouille cinquante ans après ? Personne ! Ils s'en sont tous allés peupler un pan de ciel que Marie, désormais, illuminera de ses yeux de braise (preuve irréfutable que le bleu est une couleur chaude), ces yeux qui, en 1966, les avait tous fait fondre, qu'ils soient hommes ou femmes, jeunes ou vieux... Marie, tu es une perte immense pour le 7ème Art !



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Mercredi 2 juillet 2014

Deux films sinon rien...

1. Bird People

Gary (Josh Charles) séjourne à l'hôtel, dans lequel Audrey (Anaïs Demoustier) est femme de chambre. Quelques moments d'une vie décevante pour les deux, en parallèle, sans qu'ils ne se rencontrent avant la fin de l'histoire. Lui toujours en voyage, elle proche du naufrage. Il décide alors de couper ses propres aile, elle de s'envoler dans son imaginaire. Une heure à les voir patauger et se débattre, une autre à goûter à la poésie des images. Un film magnifique! Rare et d'une réelle originalité. Et, au bout du conte, pour lui la délivrance de l'esclavage, pour elle le regret éternel que dieu ne lui ait pas collé une paire d'ailes dans le dos. Dans ce rôle, la jeune Anaïs Demoustier prouve qu'elle a l'étoffe d'une future grande...

Note : 15/20


2. La Ritournelle

En Normandie, au coeur du Pays de Caux, Xavier (Jean-Pierre Darroussin) élève ses taureaux; elle l'aide de son mieux. Mais le train-train les submerge. De train, Brigitte (Isabelle Huppert) en attrape un, destination Paris. Quelques heures de répit pour elle, de questions et de doute pour lui. Mais ces deux-là s'aiment trop, et depuis trop longtemps, pour que leur histoire ainsi finisse. Isabelle Huppert a le charme irrésistible et la beauté rayonnante. A plus de soixante ans, il se dégage d'elle une aura que je n'avais jamais remarquée. Serait-ce dû à cette très belle histoire, qui la met parfaitement en valeur, ou à ma sensibilité qui, elle aussi et comme tout le reste, prend irrémédiablement de l'âge?...

Note : 15/20

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Vendredi 23 mai 2014      

Le film du jour : Grace of Monaco

En 1962, de Gaulle n'est pas content. Il met la pression sur Monaco, ce rocher de moins de deux kilomètres carrés qui, par sa fiscalité inexistante, attire le siège de nombreuses entreprises françaises. Rainier tente de résister mais, au même moment, Grace Kelly, son épouse depuis six ans, est courtisée par Hitchcock pour un come back au cinéma et, par là même, pour un retour sur ses terres Hollywoodiennes. La principauté semble en péril. L'épouse du souverain prendra-t-elle conscience que le nœud du problème tient en grande partie à la décision qu'elle va devoir prendre: Los Angeles ou Monaco, le 7ème art ou son rang de princesse et sa famille?…

Cette "mièvrerie", ainsi qualifiée par Stéphane Bern dans un quotidien genevois, vaut bien mieux que n'importe laquelle de ses émissions de télé! Conter un moment de la vie d'une célébrité telle que Grace de Monaco offre au réalisateur l'opportunité de dévier quelque peu du sujet. D'autant plus qu'il tourne avec la meilleure actrice du monde. La réalité appartient aux historiens (les vrais, dont ne fait pas partie le bouffon de France 2), le cinéma aux rêveurs et aux amoureux du beau jeu. Et dans cette heure et demie de rêve sans aucune prétention historique, Nicole Kidman est tout simplement sublime!

Admirez-là, divine dans une robe blanche à fleurs colorées qui ne l'est pas mois, s'en allant offrir aux douaniers français qui bloquent l'entrée dans sa principauté, une grande corbeille de victuailles. Prodigieuse actrice, encore et toujours, qu'aucune de ses consoeurs, j'en suis certain, n'aurait pu surpasser dans un tel rôle. Un talent qui éclate particulièrement dans la dernière scène du film lorsque, devant de Gaulle et lors du bal qu'elle offre en qualité de présidente de la Croix-Rouge monégasque. Là, le monologue de plusieurs minutes qu'elle délivre en guise de discours, se résume en une scène que j'inscris déjà à mon répertoire personnel des plus grands moments de cinéma auxquels j'aie jamais assisté…

Note : 15/20

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Vendredi 4 avril 2014

Quatre jeunes actrices...

Le vieux qui se languit de Marilyn Monroe, Marlène Jobert, Claudia Cardinale et Romy Schneider aime trop le cinéma pour ne pas chercher en lui celles qui seront demain les comédiennes appellées à graver leur nom au Panthéon du 7ème Art. A l'instar de mes idoles du temps passé, elles sont aujourd'hui quatre à tirer nettement leur épingle du jeu. Si Nicole Kidman est toujours au sommet de son art, celles-ci (toutes âgées de moins de 40 ans) ont tout ce qu'il faut pour rivaliser avec elle...

(Remarque: les crédits photo sont inconnus)


L'Anglaise Emily Blunt - Née le 23 février 1983

Trois films seulement ont suffi pour révéler à mes yeux le talent exceptionnel de cette fille au regard des plus envoûtants: "Wild Target" (Petits meurtres à l'anglaise), "Salmon fishing in the Yemen" (Des saumons dans le désert) et "Your Sister's Sister" (Ma meilleure amie, sa soeur et moi)...


L'Allemande Diane Kruger - 15 juillet 1976

La très grande beauté de cette femme ne suffisait pas pour la classer au top de mes actrices préférées. "Inglourious Basterds" a remédié à cette lacune. Dans ce monument de Tarantino, elle se révèle absolument époustouflante. Comme quoi, un immense metteur en scène est souvent le mieux placé pour mettre parfaitement en valeur le talent d'une actrice...


L'Américaine Jessica Chastain - 24 mars 1977

"The Dept" (L'Affaire Rachel Singer), "The Tree of Life", "The Help" (La couleur des sentiments), "Lawless" (Des hommes sans loi) et "Zero Dark Thirty". Cinq films exceptionnels et autant de rôles qui le furent tout autant pour cette jeune Californienne douée comme aucune de ses contemporaines. La future reine incontestée du cinéma américain...


La Française Mélanie Laurent - 21 février 1983.

J'ai vu tous ses films et les possède presque tous en DVD. Le talent personnifié. Elle joue et réalise avec le même bonheur. De tous temps, jamais je n'ai vu une autre actrice pleurer avec tant de conviction, élément fondamental de ce qui fait une grande comédienne. Quand Mélanie Laurent pleure dans un film, je pleure avec elle. C'est irrépressible! J'aime cette artiste de cinéma plus qu'aucune autre, qu'elle soit du temps passé ou du temps présent...


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Jeudi 6 mars 2014

Le film du jour : Diplomatie

Face à face monumental! Deux acteurs au sommet de leur art! Un huis-clos passionnant de bout en bout! Paris survivra-t-elle ou sera-t-elle réduite en cendres? Dans la moiteur d'un mois d'août de fin de guerre en France, la Cité des Merveilles est l'enjeu d'un quitte ou double des plus incertains. Volker Schlöndorff adapte une excellente pièce de théâtre avec une remarquable maîtrise. Niels Arestrup (Général von Choltitz) et André Dussollier (Consul Nordling) campent deux personnages qui tiennent entre leurs mains et durant plusieurs heures, le destin de la plus belle ville du monde...

Note : 16/20

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Mercredi 26 février 2014

Le film du jour : Ida

Soeur Anna est une jeune novice polonaise se trouvant à la veille de prononcer ses voeux. Avant cet engagement au service de dieu et de la religion catholique, la supérieure du couvent l'envoie retrouver sa tante, dont elle ne se souvient pratiquement plus de l'existence. Sans ménagement, celle-ci lui apprend alors qu'elle se nomme en fait Ida Lebenstein et qu'elle est juive. Ses parents ont disparu pendant la guerre, alors qu'elle était encore un bébé, et nul ne sait ce qui est advenu d'eux. Avec l'aide de cette tante Wanda, juge au tribunal, alcoolique, fumant comme un pompier, mais pleine d'affection pour elle, Ida se lance sur leurs traces, parcourant son village natal à la recherche d'une très hypothétique vérité...

Un hiver dans la Pologne de 1962. Le froid, la neige, les austères paysages que le communisme agrémente, rendent parfaitement dans le traitement en noir et blanc choisi par le metteur en scène. Au point que la couleur n'aurait rien apporté de plus. Cadrage haut, en format 4/3, les visages sont souvent seuls à donner vie à l'image. Mais c'est cette dernière qui, à la perfection, parle à la place des personnages. Wanda et Ida sont peu bavardes, comme transies de froid. Mais on s'accommode de leurs silences, persuadé que le gel est pour beaucoup dans leur mutisme, et tout en se demandant si l'été, le soleil et la chaleur parviennent quelque fois jusqu'à elles, afin d'égayer un peu leur triste quotidien...

Pawel Pawlikowski, le réalisateur, Agata Trzebuchowska (Ida) et Agata Kulesza (Wanda) s'unissent pour donner à ce long métrage quelques teintes chaudes dont elles sont privées dans leur univers d'une Pologne pliant sous le joug oppresseur de son grand voisin de l'est. "Ida" est un film glacial mais magnifique, et même si son dénouement est assez surprenant, il n'en est pas moins déjà inscrit dans mes coups de coeurs de l'année...

Note : 17/20

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Jeudi 13 février 2014

Le film du jour : The Dallas Buyers Club

Dallas, 1986. Ron Woodroof (Matthew McConaughey), est le prototype du cowboy primaire, fervent adepte de la pratique du rodéo, prétentieux, macho et homophobe, alcoolique et toxicomane, obsédé sexuel et farouche opposant à la capote. Un jour, il est diagnostiqué séropositif, et apprend que le SIDA devrait avoir raison de lui très rapidement. Convaincu que cette maladie ne touche que les homosexuels, il rejette violemment le diagnostic. Mais la lecture de documents concernant les rapports non protégés avec des toxicomanes finissent par le convaincre de la gravité de son cas. Face à l'inefficacité et le danger que représente l'AZT, seul médicament autorisé aux Etats-Unis à cette époque, il se lance dans la recherche de remèdes alternatifs non autorisés par la FDA, l'agence de contrôle et d’homologation des médicaments. Ayant trouvé et testé du matériel apparemment efficace provenant principalement du Mexique, il en assure dès lors le commerce, illégal et clandestin, et se fabrique rapidement une clientèle conséquente. Il s'associe alors avec Rayon (Jared Leto) un transsexuel séropositif, et voit ainsi son entreprise, baptisée « The Dallas Buyers Club », grandir très rapidement. Mais la FDA le suit à la trace et entend bien mettre fin à sa petite affaire. En ce qui le concerne, le recours à ces médicaments lui rend une santé suffisamment bonne pour espérer vivre bien au-delà du terme qu’on lui avait prédit. De plus, sa perception des homosexuels est fortement remise en question à mesure qu'il sera lui-même méprisé et rejeté par ses anciens potes du monde du rodéo. Et puis un jour, Rayon, le transgenre initialement rejeté par Ron mais devenu comme un frère, meurt de cette terrible maladie…

J’avoue avoir longtemps totalement ignoré l’acteur McConaughey avant ce film. Abonné aux comédies loufoques, il n’avait absolument rien pour m’inciter à aller le voir sur une toile. Mais sous la direction de Jean-Marc Vallée, le metteur en scène québécois, il crève littéralement l’écran. Quelle magnifique performance d’acteur ! Ayant dû perdre une vingtaine de kilos pour endosser ce personnage contrasté, il livre une performance qui, sans doute, devrait lui rapporter un Oscar en mars prochain (le film est sorti en novembre 2013 aux Etats-Unis). A ses côtés, dans un second rôle époustouflant de transsexuel en fin de vie, Jared Leto se révèle tout aussi exceptionnel (il est d’ailleurs lui aussi nommé pour l’Oscar du meilleur second rôle masculin). Quant au réalisateur, il a fait d’un long métrage produit avec peu de moyens (5 millions de dollars) et tourné en 25 jours, une œuvre magistrale. "The Dallas Buyers Club", tiré d'une histoire vraie et lui aussi nommé aux Oscars, est un film rare, passionnant et grave, révélateur de la puissance du lobby pharmaceutique américain (comme partout où il est implanté, d’ailleurs), mais rempli de moments d’émotion, de grandeur d’âme (le décès de Rayon est poignant). Bref, un film qui fait du bien et qui a le mérite de casser fortement les principes, les idées reçues, et les grandes théories (à la "mord-moi le nœud") concernant tout ce que celui qui les tient formule dans son ignorance et son mépris insupportable pour celui qui ne partage pas ses idées…


Note : 18/20

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Samedi 4 janvier 2014.

Bourvil, l'humain dans toute sa sincérité...

Quarante-trois ans déjà! De ce jour-là, de ce maudit mercredi 23 septembre 1970 je me souviens comme si c'était hier. J'étais au travail, et la radio installée dans mon bon vieux Mercedes avait annoncé la triste nouvelle. Pour moi c'est un monde qui s'effondrait. Un monde de rires mais aussi de tendresse et d'émotion. Car si tu savais faire rire André, tu parvenais aussi à nous tirer des larmes. J'avais seize ans et, émergeant de la triste grisaille de l'enfance, mes distractions c'est le samedi que j'en profitais. Dans les cinémas de la ville, là où étaient en principe joués les grands films populaires. Toi et ton compère de Funès aviez mes faveurs en ce temps-là. Toi surtout. J'adorais tes films et les situations cocasses dans lesquelles tu excellais. Mais je ressentais aussi l'émotion que diffusaient d'autres séquences où là, l'immense acteur donnait une véritable dimension à toute l'étendue de son talent. Dans ce registre, l'une des plus magnifiques scènes que tu aises jamais jouées se situe dans "le Corniaud". Lorsque, dans le restaurant romain où tu as invité la jeune manucure de son hôtel, tu te rends soudain compte que celle-ci s'est jouée de toi et n'a accepté ton invitation que pour rendre jaloux son fiancé. Ce moment-là, cet instant précis où, debout devant la table, assiette et fourchette en main et désirant terminer ton repas, tu prends conscience qu'on s'est joué de toi, c'est un monument dont on devrait se servir comme exemple dans tout cours de comédie digne de ce nom. Quarante-trois ans! Plus de quatre décennies que l'eau coule sous le pont, sans que le sang ne passe plus dans tes veines. Ta disparition n'a pas empêché le monde de tourner, mais elle me l'a fait voir d'une autre façon. En relisant dernièrement l'une de tes biographies, j'ai été très ému par une déclaration dans laquelle tu disais combien tu aimerais devenir vieux, avoir quatre-vingts ans et profiter de ta retraite, entouré de ta famille, de tes enfants et de tes petits enfants. De ces quatre-vingts ans, tu n'auras vécu que les deux tiers. Il s'en est fallu de vingt-sept années pour que tu les atteignes. Une paille! Une broutille! Une injustice! Une de plus d'un destin aveugle, inique et partial...

En mai 2006, pour la première fois de ma vie, je suis parti visiter la Normandie. Pour voir Honfleur, Le Havre et l'estuaire de la Seine, les plages du débarquement, pour visiter Etretat et les ports de la Seine-Maritime, pour admirer la mer et m'imprégner du cri des goélands. Mais aussi et surtout, André, pour rendre visite à ton beau Pays de Caux. Alors j'ai vu Prétôt-Vicquemare, Fontaine-le-Dun et Bourville. J'ai vu la petite école sur les bancs de laquelle tu usais tes fonds de culotte. En face d'elle, j'ai osé entrer dans l'impressionnante église aux splendides vitraux, devant laquelle, dans le petit cimetière, reposent les Raimbourg et les Ménard, ceux qui furent ta famille et que tu aimais. Dans cette très verte campagne normande parsemée d'immenses champs cultivés, là où tes racines demeurent ancrées pour toujours, là où l'on prétend qu'il ne cesse de pleuvoir, le soleil m'a fait l'honneur de sa présence et le séjour s'est déroulé comme dans un rêve. J'ai vu Tonneville, le petit hameau voisin de Bourville. C'est là que tu as passé ton enfance. Et j'ai vu ta maison. Une bâtisse très sobre faite de briques rouges et entourée de verdure, d'arbres et de prés sur lesquels il m'a semblé te voir jouer, courir et t'entendre crier. Je suis resté là longtemps, ne pouvant plus me détacher de cet endroit. Sur le fil de la clôture, une bergeronnette est venue se poser. Tout près de moi et chantant de toute la puissance de sa voix mélodieuse, parée de son soyeux plumage jaune, tranquille sur son fil, confiante malgré ma présence toute proche. Et je me suis dit que cet endroit avait quelque chose de magique, que cet oiseau, d'habitude si farouche, était peut-être une réincarnation de toi, André. Toi qui étais venu me dire que ma visite te touchais. Toi qui avais peut-être senti à quel point tu as compté dans mon existence et combien un homme comme toi, honnête, sincère, droit, fidèle et jamais corrompu par le star-système, a pu me faire rêver dans l'accomplissement d'une vie. Je crois bien que jamais je ne suis resté si longtemps immobile en ayant les yeux ouverts. Dans mon esprit, défilaient des images; un film, le film de ton enfance, des jeux qui furent les tiens et qui, même si ce fut trente-sept ans plus tôt, ne devaient pas être très différents des miens. Je suis venu ici pour toi, André. Et j'ai senti ta présence. Et je me suis senti bien...

Rentrant de ce voyage, par un premier jour de juin radieux, j'effectuais un petit détour pour m'arrêter dans ton dernier village, au nom sonnant comme dans ce beau Pays de Caux que je venais de quitter. Comme Bourville, on pourrait croire que Montainville se trouve en Normandie. Et bien non! Ce n'est pas bien loin de Paris et c'est là que tu reposes, aux côtés de Jeanne, le seul, l'unique amour de ta vie. Celle que tu as aimée, celle que tu as su rendre pleinement heureuse, malgré les vicissitudes de la vie d'artiste que tu menais. Avant de pénétrer dans ton petit cimetière, je suis allé, dans le champ voisin, cueillir un petit bouquet de coquelicots et je te l'ai apporté, fébrile et tremblant quelque peu. J'ai mis un peu de temps à trouver ta sépulture, mais lorsqu'elle s'est offerte à mon regard, j'ai senti comme une onde de chaleur, mêlée d'émotion et de soulagement: il y a tellement longtemps que j'attendais ce moment-là!. Au front de ta dernière demeure et avec précaution, j'ai déposé ces quelques pavots rouges, emblèmes colorés de ces terres rurales que tu chérissais. J'ai pensé que tu apprécierais ces quelques fleurs car elles sont fidèles à ton image, du moins à celle que je garde de toi: belles, fragiles, attachantes, aux couleurs intenses mais à la durée de vie tellement dérisoire une fois cueillies, Et je suis resté là. Pendant de longues minutes. Immobile. Regard accroché à cette pierre tombale toute simple et pensées oscillant entre injustice de mourir si jeune et fragments de films, entre ton image souriante, réconfortante et ce qu'il doit rester de toi sous cet amas de terre. Et j'ai eu très mal. Car jamais autant qu'à ce moment-là, je n'ai mesuré à quel point, et comme personne d'autre, tu as contribué à égayer mon adolescence Au loin, par delà le mur du cimetière, entre les branches des arbres, penchée à sa fenêtre, une très vieille dame n'a cessé de m'observer. Qu'a-t-elle bien pu penser de moi lorsqu'elle m'a vu tenter d'essuyer furtivement mes yeux devenus humides? T'a-t-elle connu jadis? A-t-elle été la voisine que tu saluais le matin en allant chercher ton pain? J'aurais aimé qu'il en soit ainsi. J'aurais aimé qu'elle vienne me parler de toi. Me conter le bonheur qui était le sien et celui de ce petit village dont tu partageais encore simplement la vie à la fin des années soixante...

Depuis que tu es parti, André, depuis ce triste jour d'automne, je n'entre plus dans une salle obscure sans avoir une petite pensée pour toi. Une pensée qui me ramène toujours vers Neuchâtel et le cinéma "Palace" qui, malheureusement, n'existe plus. Une salle obscure dans laquelle tu donnais à mes années d'alors quelques tons chauds, drôles et émouvants, quelques parcelles d'un bonheur rare que je retrouve à chaque fois que les lumières s'éteignent et que l'écran se pare de lumière...

André Robert RAIMBOURG, 27 juillet 1917 - 23 septembre 1970



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