2011

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Samedi 31 décembre 2011

Un an de cinéma...

Au cours de cette excellente année cinématographique 2011, j'ai vu 46 films (20 de plus que l'an dernier!) Les notant de 0 à 20, la moyenne s'établit à 14.05 points par film (13.38 en 2010). Voici donc mon palmarès personnel de l'année écoulée:

Les seize longs métrages ayant obtenu 15 points ou plus:

01. Polisse, de Maïwenn - 19
02. The Help (La couleur des sentiments), de Tate Taylor - 18.5
02. The King's Speech, de Tom Hooper - 18.5
04. Les adoptés, de Mélanie Laurent - 18
05. Midnight in Paris, de Woody Allen - 17.5
06. Rabbit Hole, de John Cameron Mitchell - 17
06. The Lady, de Luc Besson - 17
08. Les yeux de sa mère, de Thierry Klifa - 16.5
08. Voyez comme ils dansent, de Claude Miller - 16.5
10. La petite chambre, de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond - 16
10. The Debt (L'affaire Rachel Singer), de John Madden - 16
10. Une séparation, de Asghar Farhadi - 16
13. Je n'ai rien oublié, de Bruno Chiche - 15.5
13. Les femmes du 6ème étage, de Philippe Le Guay - 15.5
15. A Dangerous Method, de David Cronenberg - 15
15. Vincere, de Marco Bellochio - 15
15. Water for Elephants, de Francis Lawrence - 15

Meilleur réalisateur: Maïwenn (Polisse)
Meilleur scénario: Maïwenn et Emmanuelle Bercot (Polisse)
Meilleurs acteurs: Geoffrey Rush - Colin Firth (The King's Speech)
Meilleures actrices: Jessica Chastain (The Debt) - Marina Foïs (Polisse)
Nicole Kidman (Rabbit Hole) - Michelle Yeoh (The Lady)


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Vendredi 2 décembre 2011

Le film du jour : The Lady

L'histoire d'une femme. Encore une, et quelle femme! Qui se bat pour que la démocratie triomphe. Dans un pays que les militaires, bas de plafond, abjects, odieux assassins, sans considération aucune pour la vie humaine, dirigent depuis trop longtemps. Courageuse, obstinée, digne fille de son père, assassiné après avoir mené le pays à l'indépendance, elle consent à un isolement quasi total. Renonçant à ses enfants, à son mari. Son mari... Tout aussi admirable qu'elle. Et qui la pousse, la soutient sans défaillance aucune. Tous deux se sacrifient pour la même cause. Tous deux luttent à dix mille kilomètres l'un de l'autre. Lui y laissera sa vie, elle sa liberté. Pourquoi? Pour que celle des autres devienne réalité. Vingt ans après avoir obtenu un Prix Nobel plus légitime qu'aucun autre, Aung San Suu Kyi est libre. Et son pays, la Birmanie, s'ouvre lentement. Preuve que son combat, fut-il si long, si pénible, en valait la peine... The Lady, c'est Michelle Yeoh et elle est sublime. Son mari Mikey, c'est David Thewlis et il est remarquable. Et Luc Besson, dans un registre auquel il ne nous avait pas vraiment habitués, signe un film débordant d'émotion...

Note : 17/20

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Mercredi 23 novembre 2011

Le film du jour : Les adoptés

Mais qu'est-ce que c'est que cette gamine de 28 ans qui vient nous donner des leçons d'Amour? Déjà qu'en qualité d'actrice, elle me fout les boules, voilà que pour son premier long métrage, elle en rajoute une couche! Faut dire, pour parler franchement, qu'en entrant dans la salle, j'étais anxieux. Elle qui dans tous ses rôles m'a toujours stupéfié par l'immensité de son talent, je craignais un peu que, pour sa première mise en scène, elle ne m'oblige à quitter la salle kleenex en mains. J'en suis sorti les mains vides, mais le cœur en morceaux. Son film, c'est une des plus célèbres chansons de Jacques Brel transposée sur grand écran. Ca démarre en douceur, puis ça prend du rythme, de la consistance, ça s'accélère et cela se termine le souffle court. Une  histoire d'amour.  Entre deux sœurs qui ont toujours vécu ensemble, soudées, envers et contre tout. Malgré leur complicité, se rendent-elles vraiment compte qu'elles ne pourraient vivre l'une sans l'autre? Mais lorsque le malheur survient et tente de réduire leur bonheur en miettes, la claque est violente, le désarroi dévastateur, la blessure douloureuse et l'hébétude totale. Alors, l'amour, la solidarité, l'humanité entrent en jeu. Et de ce jeu, Mélanie Laurent, filmant très sobrement, fait un chef-d'œuvre. Seul bémol, mais tellement dérisoire en regard de la consistance époustouflante de l'œuvre: le titre. Car, comme cette superbe chanson de Brel, ce plus beau film français de l'année (je ne pense pas qu'il y aura mieux) aurait mérité de s'intituler "Quand on a que l'Amour". Cette femme (pardon de l'avoir appelé gamine), c'est le plus grand bonheur du cinéma français de ce début de 21ème siècle…

Note : 18/20

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Mardi 8 novembre 2011

J'avais vingt ans…

… et Sautet tournait son œuvre la plus aboutie. Je n'ai pas vu le film à sa sortie mais quelques années plus tard. Au cours de l'hiver 73-74, trois saltimbanques d'origine ritale, Livi, Piccoli et Reggiani, trois monstres sacrés et tous sacrés comédiens, unissaient leur talent pour nous faire partager une saison de leur vie. Au ciné, en ce temps-là et spécialement dans les films de Sautet, on fumait beaucoup. Entre bouffées de cigarettes ou cigares, expulsées en volutes intenses de fumée, pour "Vincent, François, Paul et les autres", le temps s'écoulait dans une douceur de vivre qui n'a plus cours aujourd'hui. Pourtant les problèmes étaient là. Argent, amour, santé, lot de chacun et que chacun tentait d'oublier le week-end, lorsque tout le monde se retrouvait à la campagne, chez Paul, autour du gigot dominical. Une histoire d'hommes, de trois amis très unis. Un chef de PME plusieurs fois largué, au bord du gouffre, un toubib trompé et un écrivain en mal d'inspiration. Une histoire dans laquelle les femmes ne tiennent qu'un rôle plus ou moins décoratif. Et pourtant, avec Antonella Lualdi, Marie Dubois et Stéphane Audran, si la beauté  était là, le talent  l'était aussi. De beauté, la dernière en était sublime. A 41 ans, la femme de Chabrol, dans le film séparée de Montand, crevait l'écran de son regard clair et mystérieux, de l'éclat de sa chevelure de feu et de ses lèvres rehaussées d'un rouge orange en parfait accord avec les nuances du teint de son visage aux contours parfaits. Jamais elle ne fut plus belle que dans ce film! Un long métrage à la distribution phénoménale (dans lequel un Depardieu de 25 ans jouait les boxeurs), que j'ai revu hier soir et qui fait partie de mes références cinématographiques les plus importantes. Plus de 37 ans après, le contraste avec cette époque-ci est terrible. Sautet, Reggiani et Montand (Ivo Livi) ne sont plus là (on va même célébrer demain le 20ème anniversaire de la disparition de ce dernier), Piccoli, dans son rôle de pape, a peut-être tourné son ultime film l'an dernier, Marie Dubois est très malade et la superbe Stéphane Audran fête aujourd'hui même son 79ème anniversaire… Tout le monde vieillit, se ratatine et disparaît. Heureusement, certains films qui, à travers le temps, vieillissent aussi, sont tellement réussis qu'on ne distingue sur eux pas même l'ombre d'une ride. Et c'est le cas de celui-ci, chef-d'oeuvre de l'un des cinq ou six plus grands cinéastes français de tous les temps...



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Vendredi 4 novembre 2011

Le film du jour : The Help (La couleur des sentiments)

Au début des années soixante, en pleine période de ségrégation raciale américaine, une jeune fille décide d'écrire l'histoire de plusieurs femmes de ménage de couleur. Personnellement élevée par une nounou noire, si l'intention de la demoiselle est louable, elle n'est pas sans danger pour celles qui, avec peine, décident de témoigner. Jour après jour donc, Skeeter (Emma Stone) se bat pour tenter de récolter les récits de Aibileen (Viola Davis), de Minny (Octavia Spencer) et, plus tard, de plusieurs de leurs collègues dont le quotidien n'est fait que de brimades, malgré un dévouement sans failles. Voguant à contre-courant de ses amies blanches, qui en sont encore à revendiquer des toilettes séparées pour leur personnel de couleur, Skeeter tient bon et va au bout de ses intentions. Mais, si le livre est un succès, comme on pouvait le craindre il n'amènera pas que de l'estime à celles qui l'ont rédigé. Il s'en faut même de beaucoup…

Je crois bien que je n'étais plus sorti d'un cinéma habité d'un tel sentiment depuis longtemps. Depuis huit ans, je pense, et les huit projections en salle de "The Hours". "The Help" est un film qui met en scène des femmes dans une époque que j'ai connue et que j'adorais (mais bien loin d'un racisme des plus intolérables). Ces "fifties/sixties", m'ont toujours fait rêver. Et je cours toujours découvrir un film qui se passe en ces temps-là. L'époque est donc là et les femmes aussi. Parce que ce film raconte une histoire de femmes, écrite par une femme (Kathryn Stockett) et dans laquelle les hommes ne sont que des faire-valoir. Raison de plus pour me ravir. Drôle parfois, émouvant souvent, juste toujours, ce long métrage d'un metteur en scène que je ne connais pas (Tate Taylor) se résume à 147 minutes de bonheur. Point barre et final!

Enfin, non. Parce que si le scénario, l'image, les dialogues et la mise en scène méritent tous les éloges, je dois et ne pourrais oublier de parler de celles qui ont œuvré en premier lieu pour concocter pareille merveille. Toutes les comédiennes, Emma Stone et Viola Davis en tête, nous offrent une prestation en tous points remarquable. Dieu que les actrices savent être belles et justes lorsqu'elle servent un si beau sujet! Et puis, comment ne pas relever, en bonus, la performance (trop courte, hélas…) de Jessica Chastain? Avant le 31 mai dernier, je n'avais jamais entendu parler de cette comédienne. Trois films vus et cinq mois plus tard, je suis totalement conquis. Un talent hors du commun, un sens de l'évolution devant la caméra, un charme, une beauté, une féminité exceptionnels ont aujourd'hui fait de sa présence à l'écran, l'étincelle enflammant la poudre d'un feu d'artifice phénoménal…

C'est en voyant "The Hours" que j'ai compris que Nicole Kidman était la plus grande actrice de notre époque. Après avoir vu "The Help", je suis prêt à affirmer que la rousse Jessica Chastain possède un potentiel tout aussi impressionnant que la blonde Australienne…

Note : 18/20

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Jeudi 3 novembre 2011

Le film du jour : Poulet aux prunes

Appelant de ses voeux cette mort synonyme de délivrance, coeur et violon brisés, Nasser Ali survit au sinistre deuil de ses deux passions. L'amour et l'instrument de sa vie perdus, son existence est ainsi privée d'un battement de coeur et d'une respiration. De choix, il n'en a  pas, il  n'en a  plus.  Vivre sans l'une ou l'autre, peut-être aurait été possible. Amputé des deux, c'est la privation sans rémission d'une double raison de poursuivre une existence aux saveurs perdues. Conte magnifique, brillant et original, ce petit bijou de film, superbement mis en scène, nous rappelle que le souvenir d'un amour perdu suffit parfois à rompre le fil fragile qui nous relie à la vie. Et ça n'arrive, hélas, pas qu'au cinéma…

Note : 15/20

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Mardi 1er novembre 2011

Toni Collette...

Pour beaucoup, Antonia (Toni) Collette demeurera toujours la magnifique Muriel, du film homonyme (Muriel's Wedding en VO) tourné en 1994. Pourtant, le talent de cette actrice australienne au charme évident, se révélera bien plus encore dans des films comme "The Hours", malgré un rôle minuscule dans la durée, ou dans le sublime "Little Miss Sunshine", dans lequel elle joue le rôle de la mère d'une famille déjantée qui traverse le sud-ouest des Etats-Unis pour permettre à la fille cadette de participer à un concours de beauté. Mais plus encore, son  meilleur  rôle, elle le tiendra en  2005, sous la houlette de Curtis Hanson. Dans "In her Shoes", Toni Collette donne la réplique à Cameron Diaz, actrice très en vogue grâce à son physique. Dans cette histoire de deux soeurs totalement différentes, la brune administre une claque monumentale à la blonde, tant sa performance écrase en tous points celle de sa fade partenaire. Immense comédienne, mais trop rare sur les écrans (elle choisit ses rôles avec parcimonie), Toni Collette est membre à part entière d'un duo australien (avec Nicole Kidman) portant très haut les couleurs de son pays dans les sphères du cinéma mondial. Et, en ce premier jour de novembre, elle fête son trente-neuvième anniversaire...



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Jeudi 27 octobre 2011

Le film du jour : Polisse

C'est drôle parfois comme les préjugés peuvent vous faire passer à côté de choses essentielles. Ce film, j'avais délibérément décidé de pas aller le voir en salle, lors de sa sortie française en mai 2011. Raisons : si la réalisatrice me laissait indifférent, l'un des acteurs principaux m'était tout simplement insupportable. De Maïwenn, je ne savais pas grand chose, alors que je connaissais JoeyStarr par ses apparitions télévisuelles hallucinantes et par les nombreuses frasques, parfois violentes, qui l'avaient justement et plusieurs fois mené devant les tribunaux. Donc, voir Polisse : pas du tout envie ! Cela malgré la reconnaissance obtenue par ce long métrage (Prix du Jury à Cannes en mai de cette année). Et puis, en ayant vu des extraits, je me ravisai et décidai d'aller le voir lors de sa sortie suisse, cinq mois plus tard. Monstre coup de poing dans l'estomac ! Douloureux autant par le génie de Maïwenn que par mes préjugés imbéciles. Bien fait pour ma gueule (et mes tripes) !...

Polisse raconte la vie d'une équipe parisienne de la Brigade de Protection des Mineurs (BPM). Inspecteurs et inspectrices baignant à longueur de journée dans le glauque et l'infâme, ils passent beaucoup de temps à interroger des enfants victimes d'abus les plus divers, ainsi que ceux qui les commettent. Un univers dans lequel tous les membres de la brigade tentent de se préserver de l'inhumanité la plus flagrante. Pour donner du crédit aux images qu'elle nous balance sans crier gare, Maïwenn a suivi le travail d'une unité pendant plusieurs semaines. Ce qu'elle nous montre fait donc partie de la vraie vie. Polisse, c'est pas du cinoche! C'est du vécu. Du sordide, de l'insoutenable parfois, mais aussi de l'émotion, du poignant, de l'amour. Un brassage de sentiments à vous foutre la nausée, mais aussi à vous mettre le coeur à genoux, tant le pendule balaie le terrain entre les deux extrêmes. Mais, contrairement à ce qui se passe dans la réalité, jamais la caméra de la réalisatrice ne va trop loin. Aucune des scènes ne se complaît dans l'horreur. Même si les dialogues sont parfois crus, tout est mesuré et parfaitement au service d'une réalisation magistrale...

A ce chef-d'oeuvre, les actrices et acteurs apportent une contribution essentielle. Karin Viard, Marina Foïs, Frédéric Pierrot, Nicolas Duvauchelle en sont les têtes de liste. Et si Maïwenn (jouant également dans le film) apporte l'indispensable touche de douceur, JoeyStarr est absolument remarquable. Quant aux enfants, pour la plupart n'ayant jamais tourné auparavant, ils sont d'une justesse à vous couper le souffle. Polisse est un témoignage essentiel dans ce monde de fous. Un film oscillant sans cesse entre l'inhumanité et son contraire. Une démonstration flagrante que le bien et le mal sont en perpétuelle opposition et que si l'homme passe son temps à évoluer sur le fil courant le long de la frontière les séparant, celui qui tombe dans le premier sera toujours là pour combattre celui qui saute et se complaît dans le second. En d'autres termes et à mes yeux rassurés, même s'ils ne perdent pas à tous les coups, les pervers de ce film sont complètement éclipsés par les vertueux. Ce seul film a suffi pour me faire connaître (un tout petit peu), une femme de 35 ans absolument épatante. Et puis, elle m'a aussi donné une envie des plus urgentes de dévouvrir (en DVD) ses deux autres long métrages, d'abord "Pardonnez-moi" (2006) et ensuite "Le bal des actrices" (2009). Pour moi, avec Polisse, Maïwenn a réalisé l'un des deux ou trois plus beaux films français que j'aie jamais vus depuis que j'aime le cinéma. Chapeau jusqu'au sol, Madame !...

Note : 19/20

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Mercredi 12 octobre 2011

Marie Bunel...

A quand un premier grand rôle pour cette actrice exceptionnelle? Elle a a débuté en même temps et dans le même film qu'Anne Parillaud. Mais qui la reconnaîtrait aujourd'hui dans "L'Hôtel de la Plage"? A l'époque, elle avait seize ans, elle en a eu cinquante au mois de mai. Révélation féminine des "Choristes", l'âge mur lui a donné cette présence physique, ce charisme qui lui faisaient défaut en 1977. Depuis cette renaissance, elle a tourné quelques jolis films, mais uniquement dans des seconds rôles. Quelle preuve Marie Bunel doit-elle encore apporter pour prouver qu'elle est une immense comédienne? Dans chacun de ses films, elle crève pourtant l'écran. Un talent gigantesque, un charme unique, et puis ce regard, ce visage qui, s'ils me rappellent un peu Marlène Jobert, n'appartiennent qu'à elle. Je l'ai vue aujourd'hui dans "La nouvelle guerre des boutons". Rôle minuscule mais qui, à lui seul sauve le film à mes yeux, totalement sous l'emprise des siens...

Photo : Avec Gérard Depardieu dans "Bellamy", de Claude Chabrol, en 2009.



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Jeudi 8 septembre 2011

Marlène, ou le triptyque d'un conditionné...

J’aurais dû naître en Algérie. Dans les années quarante, de préférence. Ainsi, aurais-je fréquenté l’école française d’Alger. J’y aurais rencontré Marlène. On aurait sympathisé. J’aurais défendu sa frêle silhouette contre les meneurs de la classe. On aurait grandi ensemble. Et puis, comme ça arrive parfois, nous aurions éprouvé les mêmes sentiments l’un pour l’autre. En 1962, on aurait traversé la Méditerranée, remplis de tristesse et accrochés à nos souvenirs si précieux d'une enfance heureuse. L’amour nous aurait protégés, rendus plus forts, plus aptes à rebondir, prêts à commencer une autre vie dans un pays différent. En mai 68, sur les barricades de Paris, un pavé dans une main, un bouquet de muguet dans l’autre, je lui aurais demandé de m’épouser. Elle m'aurait dit oui. Je lui aurais été fidèle pour la vie…

J’aurais dû être acteur, et engagé dans un film de guerre grâce à mes origines helvètes. J’aurais tenu le rôle du Consul de Suisse, à Tunis, tellement plus au point que ce pauvre Louis Velle, affublé d’un ridicule accent belge. Et j’aurais été le mari de Lorène. A mes côtés, jamais elle ne se serait enfuie en compagnie de ces deux aventuriers*. Elle serait restée là. Près de moi. Epanouie. Ensemble nous aurions fait l’amour sur cette plage de sable chaud, au crépuscule, soir après soir, durant  des mois, jusqu’à ce que  nos  ébats  passionnés  portent  leurs fruits. Nos deux petites filles, belles comme leur mère, nous auraient confortés dans l’idée qu’un amour comme le nôtre n’aspirait à rien d’autre que de durer toujours…

J’aurais dû être éditeur. A la tête d'une maison parisiennne spécialisée en publications pour les petits. Ayant abandonné le cinéma, Marlène serait venue me voir. Lisant ses contes à l’enfant que je suis resté, un seul de ses regards, une seule de ses histoires, auraient suffi à me pétrifier. Tout entier, j’aurais succombé à son charme, tout autant qu’à celui de ses petites comptines. J’aurais inondé le marché de ses publications. Je l’aurais voulue, désirée, possédée, épousée. A son bras, constellé de taches de rousseur, j’aurais surfé comme jamais sur les vagues du bonheur…

Le conditionnel de ma vie est une longue histoire de rêves inassouvis. Parmi lesquels figure le triptyque ci-dessus. Rêves de tous âges mais définitivement puérils, conditionnés par un immense amour du 7ème Art, par une passion irrépressible pour les êtres exceptionnels que représentent à mes yeux les actrices de cinéma. Et, parmi elles, jamais je n’ai rêvé d'une autre aussi intensément que de Marlène Jobert...

* "La poudre d’escampette" – Philippe de Broca - 1971





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Mercredi 10 août 2011

Le film du jour : Voyez comme ils dansent

Au cœur de l'hiver canadien, Lise entreprend un long voyage en train. Sa caméra de vidéaste en main, elle erre entre deux villes canadiennes, Montréal et Vancouver, entre deux souvenirs d'un amour perdu. Vic a disparu, il y a quelques mois, lui laissant comme seule trace, une demande de divorce envoyée du Canada. Artiste s'estimant raté, il est parti traîner son mal de vivre dans d'autres contrées. Là, Alex entre dans sa vie. Elle est médecin, Indienne déracinée, évoluant presque malgré elle dans un monde sans âme et un pays volé à ses ancêtres. Bien que ne souffrant pas des mêmes maux, leur peine est identique. Ces deux-là vont s'aimer, se comprendre sans inutile discours. Mais un jour, Vic disparaît, définitivement… En transit dans la ville vers laquelle a fui son mari, Lise, malade dans le train, fait la connaissance de sa rivale. Et, très vite, lui dit qui elle est. Mais peuvent-elles se comprendre? Elle n'ont rien en commun. Tout les oppose. Tout, sauf les souvenirs de l'homme qu'elles ont toutes deux aimé…

Figurant depuis longtemps parmi mes cinéastes préférés, Claude Miller, en signant ce très beau voyage au cœur de l'hiver canadien, a fait revenir en moi les réminiscences de "Dites-lui que je l'aime". Une cabane dans la neige, deux femmes, un homme perturbé. Depardieu à cédé sa place à James Thierrée (Vic), Miou-Miou à Marina Hands (Lise) et la très belle Dominique Laffin à la non moins jolie Maya Sansa (Alex). Dans l'un comme dans l'autre, l'atmosphère est douce, personne ne parle trop, les sentiments se suffisent à eux-mêmes et transparaissent sans peine sur l'écran. Du grand Miller. Un film superbe, tout comme les paysages canadiens. Du cinéma comme je l'aime. Des actrices (et acteurs) parfaits dans leurs rôles. Et puis, la découverte étonnante de cette superbe comédienne italo-iranienne qu'est Maya Sansa, campant ici une femme médecin amérindienne plus vraie que nature. Trente-quatre ans après le film référence cité plus haut, Claude Miller n'a rien perdu de son talent! Et c'est avec joie et émotion que je le souligne ici...

Note : 16/20

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Mercredi 27 juillet 2011

Le film du jour : Une séparation

Un couple, en rupture d'amour. La femme veut partir, il ne la retient pas. Désormais séparé, et avec l'aide de sa fille de onze ans, l'homme tente de se débrouiller, de rendre le quotidien de son vieux père malade, le plus doux possible. Mais il y parvient mal. Alors, il engage une femme de ménage, qui a pour mission de s'occuper aussi du vieil homme. Un incident se produit. Mettant en jeu la vie du vieillard, mais aussi celle de l'aide à domicile. Quiproquo, doutes, malentendus, tout le monde se retrouve devant le juge. La prison guette autant l'homme que la bonne. Mensonges. Fausses déclarations pour y échapper. De l'un et de l'autre. Qui ne peuvent envisager pareille issue… Au milieu de cela, il y a la jeune adolescente. A onze ans, on est capable de discerner le bien du mal, le vrai du faux. Mais que peut-on faire, lorsque l'on est ainsi prise entre deux élans de son cœur? Mentir aussi. Pour préserver la liberté de son père. Pour qu'il puisse demander à sa mère de revenir. Parce qu'au fond, rien n'a plus grande importance pour elle…

Dans l'Iran d'aujourd'hui, nous est contée l'histoire de deux familles qui se déchirent. Du pays, on ne voit rien, ou pas grand-chose. On évolue presque toujours à huis clos. Histoire à priori banale. Mais traitement totalement à l'opposé, magnifique. Des sentiments justes, des acteurs éblouissants de vérité, un film bouleversant. Une découverte exceptionnelle, loin d'Hollywood, de ses stars, de son fric. Une petite tranche de vie qui se déroule dans un pays que tellement de gens craignent. Deux heures de pellicule sont-elles suffisantes pour faire découvrir un pays, une culture? Sans doute que non. Mais elles suffisent à constater que les humains qui souffrent, aiment ou se déchirent, ne sont pas fondamentalement différents, où qu'ils se trouvent et quoi qu'ils vivent dans le monde. "Une séparation" est un film iranien, tourné en Iran par un Iranien, joué par des comédiens iraniens. Apprendre à comprendre (avant d'aimer) ce pays, pour ceux qui en ont peur, commence peut-être par aller voir ce chef-d'œuvre du 7ème art…

Une séparation, de Asghar Farhadi, avec Peyman Moadi (le père) Leila Hatami (la mère), Sarina Farhadi (la fille), Sareh Bayat, (la femme de ménage), Shahab Hosseini (son mari). A voir en VO, bien évidemment...

Note : 16/20

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Jeudi 23 juin 2011

Le film du jour : The Debt (L'affaire Rachel Singer)

1967. Trois agents du Mossad rentrent de mission. Israël les accueille en héros. Dans Berlin-Est, leur tâche consistait à enlever un ancien criminel nazi et de le ramener au pays pour y être jugé. Chirurgien à Auschwitz-Birkenau, l'infâme toubib s'est reconverti en gynéco, loin des expérimentations odieuses qu'il effectuait jadis sur des enfants. Les agents (une jeune femme et deux hommes) font d'abord tout juste, enlèvent le vieux sagouin et tentent de l'embarquer dans un train gagnant l'ouest. C'est là que les choses se gâtent et que la mission capote. La prochaine tentative d'évacuation, organisée par le Mossad, peine à se mettre en place et l'ordure de toubib de mes deux parvient à s'échapper… Pour les trois agents, comment faire passer la pilule? Ils décident de mentir et se servent d'un subterfuge pour faire croire que le fils de pute de sa race SS est ganz kaput. Mais, et c'est bien connu, la vérité finit toujours par rejaillir un jour. Trente ans après, la dette est toujours là. Et si le moment de la payer semble venu, les conséquences ne demeurent pas envisageables pour les faux héros…

Si la fin de l'histoire manque un peu de crédibilité, tout le reste est absolument remarquable. Suspens très bien dosé, ambiance glaciale de l'ex-RDA parfaitement reconstituée, intrigue passionnante de bout en bout, mise en scène inattaquable, pour deux heures de spectacle total. Mais John Madden, le réalisateur, a fait bien plus encore. Certaines scènes sont absolument sublimes et le bougre a réussi à me faire devenir accro d'une actrice que j'avais découverte il y a peu dans le très bizarre "Tree of Life" (palme d'or à Cannes ce printemps). Jessica Chastain, tel est son nom. Cette charmante jeune femme au regard immensément expressif, âgée d'à peine trente ans, ira loin, très, très loin. Dans le rôle de Rachel Singer jeune (Helen Mirren joue celle de 1997), elle donne à son personnage une consistance assez époustouflante. Magnifique comédienne grâce à laquelle, et même si tous ceux qui l'entourent ne sont pas en reste, ce long métrage d'exception figurera sans aucun doute à mon palmarès des meilleurs films de l'année. Et peut-être pas qu'au mien, finalement…

Note : 16/20

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Lundi 16 mai 2011

Le film du jour : Midnight in Paris

Rêve de cinéma ou cinéma de rêve? Paris en 2010. Deux jeunes fiancés y séjournent avant leur mariage. Elle, hermétiquement close à tout ce qui sort de sa culture beef burger et diet coke, lui ouvert à la magie que dégage cette ville pour qui sait l'apprivoiser. Le jour, il suit de bon gré sa promise dans ses pérégrinations de touriste lambda, la nuit, il s'évade seul pour découvrir le vrai Paris, du moins celui qui le touche. Presque agaçant à l'amorce de l'intrigue, en raison des clichés typiques de la ville lumière, dès que la nuit tombe, le basculement s'avère époustouflant. Par un artifice qu'on n'a pas vu venir (preuve de la maîtrise du génie Allen), on se retrouve dans le Paris des années 20 ou de la Belle Epoque, en des temps bien révolus mais tellement attachants. Tout aussi incrédules que le héros, on y croise alors Hemingway, Picasso, Fitzgerald, Buñuel, Man Ray ou Gertrude Stein, plus tard Toulouse-Lautrec, Degas et Gauguin. …

Cinéma de rêve! Comme Woody Allen sait divinement le faire. Soutenu par une bande sonore magnifique et par des acteurs épatants, le scénario confine au génie et la réalisation touche à la perfection. Marion Cotillard, en muse attirante des grands qu'elle côtoie, est absolument délicieuse, cependant qu'Adrien Brody campe un Salvador Dali ahurissant de vérité. Rêve de cinéma! Parce qu'il n'est que cet art à savoir nous porter dans des contrées et des époques aussi formidables. Le rêve est essentiel à l'homme, sans quoi la vie lui serait impossible. Le cinéma de Woody Allen est indispensable à l'époque que l'on vit. Car personne mieux que lui n'est capable d'emmener le spectateur là où il le veut, personne n'est apte plus que lui à remplir ses yeux d'étoiles. Le rêve, au cinéma, c'est entrer dans une salle obscure, s'installer confortablement, ouvrir les yeux et entrer dans une histoire contée par le génie new-yorkais...

Et, subjectivement, car totalement conquis par cette œuvre magistrale, j'ai envie d'ajouter: le cinéma, ce n'est rien d'autre que cela…

Note : 17/20

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Lundi 9 mai 2011

Scène culte de film culte

"What’s wrong?"

Dans "Les poupées russes", Xavier (Romain Duris) et Wendy (Kelly Reilly), écrivent un feuilleton télévisé ensemble. Depuis leur rencontre, quelques années auparavant à Barcelone (voir "L’auberge espagnole"), tous deux ont mené une vie sentimentale délurée, avec plus de bas que de hauts. Xavier est libre, Wendy émerge d’une rupture douloureuse. Lui habite Paris, elle Londres et c’est Xavier qui effectue les trajets pour se rendre chez elle afin d'écrire en sa compagnie. Comme le sujet du feuilleton est une romance à l’eau de rose, ils parlent beaucoup du sentiment amoureux, mais sans se rendre compte, finalement, qu’une histoire telle que celle qu’ils écrivent pourrait tout à fait exister entre eux. Et puis un jour, cette éventualité se précise…

Wendy, par un après-midi ensoleillé, emmène Xavier dans le Parc de Primrose Hill. Elle est gaie; lui, il fait la gueule. Pleine de bonne volonté, elle lui fait découvrir des endroits qu’elle apprécie, espérant le voir partager son enthousiasme. Eh bien non, monsieur fait la gueule. Et un Duris renfrogné, c’est l’exemple idéal de la parfaite tête à claques...
- Xavier, What’s wrong? lui demande-t-elle…

Il ne répond pas. La balade continue et la tronche du mec ne s’arrange pas...
- What’s wrong? reprend-elle…

Toujours pas de réponse. Sur le chemin du retour, elle marche devant, il traîne les pieds derrière, la mine défaite... Elle s’arrête alors et fait volte face!
- Xavier, what’s wrong?

Il la regarde longuement dans les yeux, puis l’attire soudain contre lui et l’embrasse passionnément. Elle ne proteste pas. Alors, regardant tendrement ce visage qui lui sourit enfin, reflet d’un esprit libéré, elle reprend :
-So, what’s wrong?...

Et c'est elle qui l'étreint à son tour…

Scène magnifique, jouée par deux comédiens exceptionnels. C’est beau, magnifiquement filmé et mis en scène. C’est un petit moment de bonheur comme en contient beaucoup ce chef-d’œuvre de Cédric Klapisch, tourné en 2005. Et puis, si je ne suis pas comme Xavier lorsque je suis amoureux, j'aimerais beaucoup que la fille soit comme Wendy dans le film…



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Vendredi 6 mai 2011

Le film du jour : Et soudain, tout le monde me manque

Diable! Trois actrices que j'adore réunies dans le même long métrage, ça motive pour ce qui est d'aller squatter la salle obscure, alors qu'il fait si beau dehors. Au bout du compte, et le cœur oscillant entre la joie et la déception, la première l'emporte. Jusqu'aux dix dernières minutes, il ne se passe pas grand chose. Michel Blanc tenant le rôle d'un gros con entrant dans la soixantaine, ça ne vous arrache rien d'autre que de la consternation. Scénario lourd comme une atmosphère annonçant l'orage, il ne se passe rien qui mérite de dépenser du fric pour tourner ce truc et, surtout, rien qui justifie qu'on dépense le nôtre pour aller le voir. Après une heure trente, Blanc passe l'arme à gauche et là, tout s'arrange. On s'aperçoit alors qu'il avait du cœur mais que cela ne justifiait en rien sa connerie. Ca redevient du cinéma et on en est tout surpris. Donc, comme il faut rester positif et que seules les dix dernières minutes sont intéressantes, on se rabat sur le jeux des comédiennes…

Bon, si l'on ne voit Claude Perron que trois fois, avec deux phrases à dire en tout et pour tout, ça s'arrange à peine avec Florence Loiret Caille qui, fidèle à ce que je pense d'elle, donne un fragment d'aperçu de son talent. Incroyable, d'avoir une actrice de ce gabarit et de ne pas savoir s'en servir… Reste l'héroïne, Justine, jouée par Mélanie Laurent. Cette fille, à l'écran, elle pourrait passer cent minutes à ne rien faire d'autre que de sourire que je m'en accommoderais sans problème. Alors, lorsqu'elle parle, rit, se fâche ou pleure, imaginez ce que cela peu donner. Phénoménale actrice! Je ne me lasserai jamais de le dire et de le répéter. Malheureusement, ce n'est pas tous les six mois qu'elle tourne sous la direction du grand Tarantino! Alors, elle se contente de ce que les autres lui proposent. Et on s'en contente avec elle, surtout lorsqu'elle détient le premier rôle. Le film s'appelle "Et soudain, tout le monde me manque"…

Note : 14/20

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Jeudi 5 mai 2011

Lyne Chardonnet...

Qui se souvient de cette très jolie jeune femme qui, en 1969, donnait la réplique à Jacques Brel dans "Mon oncle Benjamin"? Disparue beaucoup trop tôt, elle n'a pas eu le temps d'aller au-delà de seconds rôles, dont certains ont prouvé qu'elle disposait de tous les atouts pour devenir une grande comédienne. Ayant tourné avec Alain Resnais, Jacques Deray, Yves Robert, Denis de la Patellière, Terence Young ou Michel Deville, c'est Edouard Molinaro qui l'a le plus utilisée au cinéma. Et dans le rôle d'Arabelle Minxit, promise à Jacques Brel (qui lui préférait Claude Jade) dans le film ci-dessus, elle était absolument magnifique. On a pu également apprécier son talent dans la série télévisée à succès "Les gens de Mogador", en 1972. Née le 5 mai 1943, il y a tout juste 68 ans, et suite à un foudroyant cancer du foie, elle mourrait le 11 décembre 1980, à l'âge de 37 ans seulement...



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Samedi 30 avril 2011

Le film du jour : La fille du puisatier

Désuète romance de Pagnol. Passée de mode car vieille de septante ans. Attitudes des personnages qui n'ont plus guère cours et langage du sud et d'antan que les jeunes ne comprennent pas. Peu moderne le premier film d'Auteuil, car privé d'une cure de jouvence qui lui aurait peut-être fait du bien. N'empêche… J'y ai retrouvé le Pagnol des grands terroirs. Tourné dans cette Provence qui, dans mon esprit, oscille sans cesse entre son nom et celui de Daudet. Soleil en vedette et Alpilles en arrière-plan, cigalons et cigales chantent une enivrante partition. Ce film déborde d'effluves embaumés. Les oliviers filtrent le mistral jusqu'à mener au nez du spectateur, le fruité de leurs huiles veloutées. Paysages de rêve, de mes rêves. Tout en tons chauds et nuances pastels, ce long métrage est d'abord un moment de répit dans un monde de folie. En assistant au spectacle, j'avais quitté mon fauteuil et, ayant rejoint l'écran, je m'étais assis à l'ombre d'un amandier. J'étais là-bas, non loin de cette chapelle Saint-Sixt d'Eygalières, présente dans l'action et aux abords de laquelle j'ai de si beaux souvenirs. Un moment de répit! Cent minutes qui, si elle n'ont pas débouché sur un inoubliable chef-d'œuvre, ne m'en n'ont pas moins donné l'occasion de constater à quel point ce 21ème siècle me pèse. Pagnol est mort depuis longtemps et je sais combien il a aimé l'époque qu'il a traversé. Cela se voit et se sent dans tout ce qu'il a écrit. Et ce film en est bien la preuve la plus éclatante…

Note : 15/20

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Dimanche 24 avril 2011

Le plus beau sourire du cinéma français s'est éteint...

Jadis, lorsque un grand comédien ou une actrice adulée nous quittaient, la télévision chamboulait ses programmes. Pour diffuser un de leurs films. Hommage mérité et attendu par beaucoup. Aujourd'hui, envolée la tradition! Les sponsors paient longtemps à l'avance pour des émissions fixées à des heures définies. Toute entorse à l'accord n'est plus négociable…

A l'heure où d'aucuns prétendent ressusciter, d'autres se meurent. Sur la pointe des pieds, sans faire de bruit. D'elle, je retiendrai surtout ce rire aux sonorités à nulles autres pareilles. D'une beauté unique et d'un talent très au-dessus de la moyenne, elle a rayonné pendant plus de 45 ans sur des écrans qui, quelque part, garderont tous une fraction, même infime, de son envoûtant sourire imprimé sur la toile blanche. Marie-France Pisier, dans tous ses rôles, sans exception, m'a fait rêver. Avec elle, pas de prestation en demi-teinte. Une immense actrice. Qui s'en est allée quand d'autres atteignent à peine l'âge de la retraite. Injustice du destin. Qui l'a empêchée de donner tout ce qu'elle avait encore en elle, tout ce qui aurait pu nous conforter dans l'idée que cette femme intelligente et discrète, faisait partie de celles qui servent ou ont servi le cinéma avec la plus grande des sincérités...

En apprenant sa disparition, ce matin, je me suis senti très triste. Parce que sa mort est une perte cruelle et parce que l'hommage qu'on espérait que la télé lui rende n'aura pas lieu. Ou alors, dans trois ou quatre jours, en fin de programme, dans un créneau horaire que ceux qui paient pour nous fourguer leur daube quotidienne, auront délaissé sous prétexte que l'audimat, à des heures aussi tardives, est aussi plat que l'électrocardiogramme d'un amputé du cœur…



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Jeudi 21 avril 2011

Le film du jour : Vincere

C'était avant la Grande Guerre. Dans une Italie en pleine mutation, Ida tombe en extase. Devant Benito. Le coup de foudre! Pour un homme charismatique bousculant véhément les aspirations bourgeoises des vieux valets de la monarchie. Avec ses idées nouvelles, sa volonté et sa soif de changement, avec son irrespect pour Dieu et son Eglise, celui qui n'est encore qu'un petit révolutionnaire, comble le regard d'une femme qui n'attendra pas longtemps pour se donner à lui. Corps et âme. L'amour de sa vie! Certaine qu'aucun autre que lui n'aura jamais le pouvoir de la combler. Leurs étreintes sont à l'image d'une passion dont elle ne se rend pas encore compte qu'elle est à sens unique. Elle l'aime! Il la baise… Et lui fait un enfant. Un petit Benito junior. Puis la Guerre éclate. Il part se battre. Elle, impatiemment, attend son retour. Blessé au combat, il rentre chez lui et en épouse une autre. Cruelle désillusion…

Plus tard, Benito devient "il Duce". Et jette les bases ignobles d'un fascisme qui régnera pendant plus de vingt ans sur une Europe à feu et à sang. Ida se bat. Inlassablement. Pour faire reconnaître ses droits, pour légitimer le nom de Mussolini, auquel a droit son fils. Il l'ignore, la rejette, la fait interner chez les fous, fait enlever son fils pour le placer en internat. La mère ne reverra jamais son enfant. Après quinze ans d'une vaine lutte, Ida meurt, anéantie. Au milieu de l'autre Grande Guerre, la seconde, son fils, devenu fou, meurt aussi. L'histoire les renie, les ignore, ne retenant que la folie meurtrière d'un taré. L'autre taré, en fait, celui du sud des Alpes. Qui finira comme celui du nord, le crâne plombé de balles rédemptrices… Ida Dalser était folle d'amour. Un petit bout de femme originaire du Haut-Adige, aveuglé par le charisme d'un beau parleur. A sa décharge, et qui explique qu'on prenne fait et cause pour elle dans le film, elle n'a pas vécu la dérive de celui qu'elle aimait. Morte trop tôt? Morte au bon moment…

Le film s'appelle "Vincere" (Vaincre). Il est signé Marco Bellocchio, metteur en scène ici touché par la grâce. Une histoire mal connue, ou oubliée, mais qui vous éclate à la face, tant l'injustice prend de la place dans la tragédie que fut la vie de cette femme d'une fidélité exemplaire à ses convictions comme à "son" homme. Giovanna Mezzogiorno fait revivre Ida Dalser. Intensément! Donnant à ce personnage un relief, une profondeur que seule une immense actrice pouvait la faire bénéficier. Remarquable réussite. Remarquable film. Remarquable comédienne. Remarquable langue italienne, au travers de laquelle les mots d'amour d'une femme, morte d'avoir trop aimé, chantent et pleurent à vous éclabousser de larmes jusqu'au plus profond du cœur…

Note : 15/20

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Samedi 16 avril 2011

Le film du jour : Rabbit Hole

Lorsque l'on connaît la très belle voix de Nicole Kidman, il est absolument insupportable de l'entendre doublée dans un film. So, for once, I'll try to tell you, in english, the story of her last movie. Becca (Nicole Kidman) and Howie (Aaron Eckhart) are married and living in the New York's suburbs. They had a three years old child, which had lost his life in an accident, knocked down when running off the garden, by a car with a young man at the controls. So, this tragedy happened eight months ago and both Becca and Howie have to live with this in their mind… Trying to forget, they follow a group therapy with peoples having, like them, lost tragically a child. If the working group helps Howie, it's not the same for his wife. Becca tries to make her own therapy by an approach of the young man responsible of the death of her little boy. Jason (Miles Teller) is a student writing a comic book entitled "Rabbit Hole". This very kind guy feels himself guilty. Talking with Becca helps him to admit that when happened the accident, perhaps he was driving the car a little bit too fast. Having spoken a lot with Jason, Becca feels he's a kind man and she's ready to forgive. But one day, Howie hears that his wife and the guy who's killed his own son met several times. From its reaction depends now the survival of their life together…

C'est la première fois que je revoyais au cinéma celle que je considère comme la plus grande actrice du monde. Après le film pas très réussi que fut "Australia", Nicole Kidman se rachète admirablement. Crevant littéralement l'écran, tout, dans ce très bon film, ne tourne qu'autour d'elle. Et pourtant, les autres actrices et acteurs sont tous excellents. Mais le talent de cette femme est phénoménal. Elle rit, elle sourit, elle est triste ou gaie, elle souffre et elle pleure, tout cela pour tenter d'oublier cette tragédie avec laquelle elle et son mari vivent depuis huit mois. Et dans toutes ces attitudes, elle est d'une justesse exceptionnelle. Ayant réussi à éviter le pathos qu'un tel sujet aurait pu suggérer, John Cameron Mitchell, le metteur en scène texan, nous livre ici une œuvre de très grande qualité, servie par un excellent scénario. Mais, lorsque l'on est, comme je le suis, à ce point sous l'emprise du jeu de Madame Kidman, peut-on vraiment avoir un avis objectif?… Nommée aux Oscars 2011, la divine comédienne australienne n'a pas été récompensée, ceci en raison de la stupéfiante performance de Natalie Portman dans "Black Swan". Ce n'est que partie remise, parce que si elle continue ainsi, celle qui avait récolté une statuette pour "The Hours" ne devra pas patienter longtemps avant d'obtenir la suivante...

Note : 17/20

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Vendredi 1er avril 2011

Le film du jour : Je n'ai rien oublié

Secret de famille, secret d'une matriarche. Elle seule pense se souvenir. Elle a tort... Dans l'atmosphère glaciale d'une demeure de riches, Conrad (Gérard Depardieu) fait tache! Sa mémoire vive le fuit. Celle de son enfance est intacte. Et des souvenirs reviennent. De quoi mettre très mal à l'aise Elvira (Françoise Fabian), la diabétique et très mystérieuse maîtresse des lieux. Conrad trouve en la douce Simone (Alexandra Maria Lara), épouse du petit-fils d'Elvira, une alliée inattendue. C'est elle qui doute la première de l'intégrité d'Elvira. De son côté, Thomas (Niels Arestrup), l'alcolique et presque frère de Conrad, ne pige pas grand chose à l'embrouille. Jusqu'au jour où, incrédule, il commence à se demander s'il est bien celui qu'il a toujours pensé être...

Bruno Chiche, à travers l'adaptation d'un roman (Small World) de Martin Suter, traite magnifiquement et de façon originale cette effarante maladie qu'est Alzheimer. Françoise Fabian tient ici, sans doute, son plus beau rôle depuis 1973, lorsque elle formait un couple superbe avec Lino Ventura, dans "La Bonne Année" (Lelouch). Arestrup et Depardieu, presque contemporains, administrent une nouvelle preuve de leur génie. Quant à Alexandra Maria Lara, voici enfin un (presque) premier rôle féminin digne de son talent. En 2002, sur LCDJ, je parlais déjà d'elle (Maria Walewska, dans le "Napoléon" de Clavier) et je trouve qu'elle tarde un peu à éclore. La faute, sans doute, à ceux qui peinent à discerner les immenses qualités que possède cette très belle jeune femme roumaine...

Décidément, ce premier quart de 2011 est très surprennant du point de vue cinématographique. Après "La petite chambre", "Les femmes du 6ème étage", The King's Speech", "True Grit" et "Les yeux de sa mère", "Je n'ai rien oublié" est une nouvelle perle ajoutée à une liste qui devrait s'étoffer davantage encore ces prochaines semaines, avec les sorties (entre autres) de "Water for Elephants" (avec Christoph Waltz et Reese Witherspoon), "Et soudain, tout le monde me manque" (avec Mélanie Laurent, Florence Loiret-Caille et Claude Perron), "La fille du puisatier", (premier film réalisé par Daniel Auteuil)... Réjouissant et qui m'amène à paraphraser un génial réalisateur américain, présent à la cérémonie de remise des César 2011, dans laquelle il proclamait: VIVE LE CINEMA!

Note : 17/20

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Mercredi 30 mars 2011

Paloma negra...

Sur une chanson magnifique de Chavela Vargas, la plus belle séquence d'un film exceptionnel ("Frida"), rêvé, voulu, monté, produit, joué, dans son plus beau rôle, par Salma Hayek, sublime dans la peau de Frida Kahlo...



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Mercredi 23 mars 2011

Le film du jour : Les yeux de sa mère

Mathieu est un jeune écrivain talentueux. En secret, il prépare une biographie non autorisée de Lena, présentatrice vedette d'un journal télévisé. Pour mieux la cerner, il se fait engager par elle, qui ne se méfie pas, en qualité d'homme à tout faire. Un soir il rencontre Maria, danseuse étoile et fille de Lena. Pensant qu'elle pourrait lui être utile dans la rédaction de son livre, il tente une approche. Tout semble fonctionner comme il l'espère, mais des sentiments, qu'il n'avait pas vraiment prévus, commencent à poindre dans son cœur. C'est alors que Maria lui révèle son secret: un fils, Bruno, qu'elle a eu à l'âge de seize ans et qu'elle a abandonné, au seul profit de carrière. Alors qu'elle tente en vain de nouer le contact avec ce dernier, sa mère Lena est licenciée de son poste de présentatrice. Les rebondissements s'enchaînent et Mathieu, coincé entre ce que lui dicte son coeur et son travail de biographe, se trouve pris dans une sorte d'engrenage duquel il ne sait trop comment s'extirper…

Thierry Klifa confirme! Il confirme qu'il est un grand du cinéma français. Après "Une vie à t'attendre", "Le héros de la famille", "Les yeux de sa mère", son troisième long métrage, donne un nouvel aperçu de l'immense talent de ce metteur en scène. Scénario magnifique (écrit avec Christopher Thompson) et mise en scène éblouissante, pour un film qui, encore une fois, me fait penser que ce réalisateur est le digne héritier de Sautet. Et si Romy Schneider, muse de ce dernier, n'est plus là, Géraldine Pailhas (Maria) a divinement pris le relais. Comédienne exceptionnelle et d'une phénoménale beauté, elle est ici et une fois encore, un régal pour le regard autant que pour le cœur. Catherine Deneuve (Lena), Nicolas Duvauchelle (Mathieu) et Jean-Baptiste Lafarge (Bruno) sont tous parfaits dans la réplique qu'ils lui donnent…

Et puis, surprise qui m'a noué les tripes, la bande sonore donne lieu à des retrouvailles, inattendues mais tellement émouvantes, avec l'immense Serge Reggiani et celle de ses chansons que je préfère. Il n'en fallait pas plus pour m'emporter, comme à chaque fois que j'assiste à la projection d'une merveille du 7ème art, vers ce petit nuage qui m'attend, moelleusement dissimulé dans un sombre recoin de la salle obscure. "Les yeux de sa mère" est la plus belle surprise francophone d'une année 2011 qui s'annonce exceptionnelle en regard des onze films que j'ai vus depuis le début du mois de janvier. Et à voir ce qui est annoncé ces prochaines semaines, il n'y a pas de raison que cela s'arrête subitement…

Note : 17/20

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Mardi 1er mars 2011

Annie Girardot...

Elle était une actrice, une femme que j'aimais beaucoup. Dans les années 60 et 70, en marge des comédies de Bourvil/de Funès que j'adorais, il est un film grave qui m'avait profondément marqué. L'histoire vécue d'une prof marseillaise de français tombant amoureuse de l'un de ses élèves, qui est poursuivie par la justice pour détournement de mineur et qui met, par désespoir, fin à ses jours. L'institutrice avait 32 ans, elle s'appelait Gabrielle, son élève en avait 16 et se prénommait Christian. C'était en 1969 et, un an plus tard, André Cayatte portait la triste romance à l'écran. Annie Girardot et Bruno Pradal entraient de façon très émouvante dans le rôle des deux personnages. Ce magnifique long métrage m'a fasciné parce que j'avais l'âge du héros et que comme lui, j'imaginais parfaitement pouvoir succomber au charme d'une actrice qui s'approchait alors de l'âge auquel j'ai toujours pensé que les femmes sont les plus belles…

Et, à l'approche de la quarantaine, Annie Girardot était belle, même si son langage et sa façon de s'exprimer manquaient parfois de féminité. Bon, il est vrai que tourner de l'Audiard (films très en vogue à l'époque et dans lesquels elle a excellé), ne requiert pas forcément le raffinement nécessaire à boire sa tasse de thé en levant le petit doigt... Depuis la sortie de "Mourir d'aimer" sur les écrans, en 1971, je n'ai jamais revu ce film. Pourtant, je me souviens encore parfaitement de l'instant où, pour la première fois, par delà les barricades de la contestation estudiantine, les mains de l'élève et de la prof s'unissaient, à la fois avec vigueur et tendresse, prélude d'un amour interdit destiné à une fin des plus tragiques (les faits réels se déroulaient en mai 68 et l'émancipation des réacs, qui menaient alors la France, n'avait pas encore eu lieu). C'était tout simplement sublime et l'actrice a su parfaitement exprimer la beauté de ce geste…

Je me souviens aussi, un peu plus tard, des galets de la plage de Cassis, ville que je connais bien. Annie Girardot et Philippe Noiret se donnaient la réplique, elle dans un rôle ("La vieille fille") aux antipodes de celui qu'elle tenait dans "Mourir d'aimer". Et puis, en 1996, je revois toujours l'émotion et les larmes de cette femme admirable, recevant un César pour son rôle dans "Les Misérables" (de Lelouch) et confiant, la gorge nouée, après une longue période où plus personne ne lui proposait de rôle: "Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français mais sachez que le cinéma français m'a terriblement manqué"… Annie Girardot est décédée deux jours après la cérémonie des César 2011. Vidée de sa mémoire par une maladie inexplicable, mais toujours bien vivante par l'héritage cinématographique qu'elle nous laisse. Une immense actrice, unanimement aimée par son public, s'en est allée. Et ce qui me fait peur, c'est que des comme elle, il en reste si peu…



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Samedi 26 février 2011

Ciné: Nuit des César 2011…

La nuit des récompenses du cinéma français est sans aucun doute l'événement télévisuel en direct que j'attends avec le plus d'impatience. Une cérémonie qui, chaque année depuis 1976 et pour le fou de cinéma que je suis depuis quarante-cinq ans, me donne l'occasion de vivre un rêve qui, à lui tout seul, tient une place énorme dans le peu de ce qui me tient encore debout dans ce monde effarant. Palmarès des meilleurs films de l'année dernière, ces trois heures d'antenne ont donné lieu à de belles, drôles et émouvantes prestations. Au diable l'énumération des titres et des vainqueurs de cette 36ème cérémonie! Dans la salle du Théâtre du Châtelet, je n'ai vu hier soir que ce que je désirais voir. Passons donc rapidement sur les innombrables gros plans du visage de Laetitia Casta, imposture de la soirée, et sur les récompenses que s'est offertes l'ex-pédophile franco-polonais extirpé, il n'y a pas si longtemps, de la relative humidité des geôles suisses…

Dans la série "Petits bonheurs de la soirée" voici donc, offrant un César d'honneur à Tarantino, le visage, les yeux de Diane Krüger. Dans le monde cinématographique (à égalité avec Keira Knightley) il n'en est de plus beaux. La classe so british, le sourire et le regard émouvant de Kristin Scott Thomas, l'une des trois meilleurs actrices de la planète. Le respect imposé par un acteur monumental, âgé de 80 ans et se déplaçant avec peine, Michael Lonsdale. Meilleur second rôle masculin, ses mots furent d'une finesse trop rare, en parfait contrepoint au discours interminable de certains lauréats à la langue trop bien pendue. La fougue et l'imposante stature de l'un de ceux (avec les frères Coen) qui réalisent les films les plus déjantés et non conformistes qui soient: Quentin Tarantino, celui dont l'amour du cinéma se lit simplement sur le visage. La fraîcheur et la spontanéité de deux jeunes actrices qui feront leur chemin dans le 7ème art: Sara Forestier (meilleure actrice) et Leïla Bekhti (meilleur espoir féminin)…

Poursuivons avec l'humour unique d'un digne héritier des plus grands acteurs comiques (Bourvil y compris), François Damiens. Il y eut aussi la toujours très étonnante aptitude à parler le français sans accent d'une très belle Californienne pure souche, Jodie Foster, présidente de la soirée. L'hommage mérité qu'a rendu à Claude Chabrol cet acteur enfin reconnu à sa juste valeur depuis qu'il tourne avec Guillaume Canet, l'extraordinaire François Cluzet. La simple présence, aux côtés de Diane Krüger, de l'acteur qui m'a donné le plus grand choc de ma vie de cinéphile quant à l'interprétation d'un rôle de composition (Obersturmbannführer SS dans Inglourious Basterds): le phénoménal Autrichien Christoph Waltz. Karin Viard était là aussi, mais on ne l'a pas assez vue à mon goût… Enfin, the last but not least, Valérie Lemercier. Cette grande Normande, talentueuse, drôle, subtile, vêtue d'une sublime robe rose, divinement sexy, a été un fil rouge de la soirée dont personne, mieux qu'elle, n'aurait su tenir le rôle…



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Mercredi 23 février 2011

Le film du jour : The King’s Speech

Dans les années 30, Albert, fils du roi d'Angleterre George V, a de gros soucis d’élocution. Devant ce cas particulier, les logopédistes traditionnels du royaume demeurent impuissants. Sa femme Elizabeth, sensible au problème de son homme, lui dégote un spécialiste australien qui a la particularité d’user de méthodes peu conventionnelles. Pessimiste sur son état, Bertie (pour les intimes) joue néanmoins le jeu mais manque de persévérance. Ce qui, pour un homme pas destiné à régner (son frère David est l’héritier du trône) ne pose pas un problème insoluble. Mais lorsque ce dernier accède à la fonction suprême (sous le nom de Edward VIII), puis est contraint d'abdiquer pour pouvoir épouser Wallis Simpson, sa maîtresse divorcée, les perspectives d’Albert changent radicalement. Ainsi Lionel Logue, le logopède irrévérencieux, reprend du service et permet au roi George VI d’assumer un rôle dans lequel les discours tiennent une place prépondérante aux yeux de son peuple, surtout à la veille de la Seconde Guerre mondiale…

Intelligence! Quel autre mot pourrait qualifier ce chef-d’œuvre? De la première à la dernière image, dans ce film, tout n’est que ravissement. Et pourtant, un sujet aussi banal aurait pu faire craindre des longueurs et un manque d’action susceptibles de plomber l’ensemble. Il n’en est rien. Etonnant et subtil, drôle et émouvant, passionnant de bout en bout, "The King’s Speech" (à voir en V.O. bien entendu) est une œuvre qui, par la magnificence de tout ce qui la compose, risque, avant longtemps, de devenir un classique du 7ème art. Tom Hooper, metteur en scène divinement inspiré, Colin Firth, époustouflant premier rôle et, surtout, Geoffrey Rush, phénoménal dans l’interprétation de l’orthophoniste, se sont unis pour produire un long métrage miraculeux! Cent-vingt minutes d’un spectacle total qui culminera, j’en suis bien certain, à des hauteurs rarement atteintes dans mon classement de fin d’année des films sortis en 2011…

Allez voir cette somptueuse histoire vécue! Laquelle, si vous êtes remontés contre lui, vous réconciliera définitivement avec un cinéma qui va vous offrir ici, toute la magie qu'on peut espérer découvrir en pénétrant dans une salle de cinéma...

Note : 18/20

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Vendredi 18 février 2011

Le film du jour : Les Femmes du 6ème étage…

En 1962, dans les quartiers chics de Paris, des femmes venues d'Espagne font le ménage des nantis peuplant les beaux immeubles. Elles, émigrées pauvres, tentent d'économiser, sou par sou, le peu d'argent que représente leur salaire. Elles sont toutes logées dans les dépendances du dernier étage, taudis insalubres qu'elles arrangent du mieux qu'elles peuvent. Contraste avec les beaux appartements des étages inférieurs, qu'elles entretiennent à la sueur de leur front et sans qu'on ne prête attention à elles. Jean-Louis (Fabrice Luchini) est un banquier vivant là et, comme il se doit, il a sa bonne. Une Bretonne qui le quitte soudainement sans qu'il comprenne vraiment pourquoi. Ainsi démuni, il engage Maria (Natalia Verbeke) une jeune Espagnole, arrivée depuis peu dans son immeuble et cherchant à se faire embaucher… Marié à une femme inintéressante (Sandrine Kiberlain), Jean-Louis commence à prendre intérêt à ce qui se passe dans ce petit monde du 6ème étage. Et puis un jour, injustement soupçonné de tromper son épouse, il est prié par celle-ci de quitter le domicile conjugal. Ne sachant pas trop où aller, le voilà qui s'installe dans les combles de l'immeuble…

Belle surprise que ce film sans prétention! La découverte, par un homme riche vivant dans un univers froid et sans relief, d'un monde qu'il ignorait. A son étage à lui, rien d'intéressant. A l'abri du besoin, son âme et son cœur se dessèchent. Sa femme l'ennuie et ses deux fils ont déjà pris le pli de futurs héritiers. Tout en haut, il fait bien plus chaud. Les cinq ou six joyeuses Ibères, installées là pour un long transit, s'accommodent de leur sort sans broncher. Et Jean-Louis, foncièrement bon malgré son aisance matérielle, ce qui est rare, les prend sous son aile et tente d'améliorer leur quotidien. Maria, sa bonne, est très jolie, toujours gaie et ne se plaint jamais. Lentement il tombe sous son charme et, oubliant la différence de standing, dont il se fout éperdument d'ailleurs, son regard sur la jeune femme se fait plus tendre. Mais celle-ci a un secret. Et un beau matin, elle quitte la France pour retourner dans son pays…

Scénario banal pour une histoire sans grande originalité? Peut-être. N'empêche… Si le héros prétendu de l'intrigue semble être le banquier, les véritables héroïnes sont bien ces quelques femmes, dans l'aréopage desquelles il se surprend à se complaire. Et comme il a raison! Ce film m'a beaucoup plu parce que Philippe Le Guay, son metteur en scène, a su recréer la magie que l'on peut trouver parfois en côtoyant certaines femmes. Je l'ai répété souvent sur ce site, la femme est, globalement, immensément plus intéressante que l'homme. Et les machos, les misos qui s'entêtent à ne pas vouloir le comprendre, ignorent tout de la richesse et de l'émerveillement que peut constituer leur univers. Encore faut-il prendre le temps de s'y intéresser. Le réalisateur l'a fait et si le nom de Luchini semble, à lui tout seul, capable d'attirer la foule dans la salle obscure, on doit à ces seules Dames du 6ème étage, le fait qu'ont la quitte, en fin de compte et de film, à grands regrets…

Note : 15/20

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Vendredi 28 janvier 2011

Le film du jour : La petite chambre

Edmond vieillit mal. Son âge avancé l'a fait pénétrer dans un couloir rempli d'aigreur, d'arrogance, voire de mépris. Ajoutés à cela, sa déchéance physique et la dépendance de l'autre qu'elle occasionne, n'arrangent pas vraiment les choses. Pourtant Rose, son infirmière à domicile, fait de son mieux pour s'occuper de lui. Mais il la rejette, avec une méchanceté voulue, une hargne gratuite et un peu forcée. Parce que, pas mentalement atteint, il est conscient de son état et que d'être désagréable avec ceux qui attentent à son indépendance fait partie de son univers de fin de vie. Rose, tout jeune femme, quant à elle a ses propres soucis. Des démons qui ne la quittent pas depuis la tragédie qu'elle a vécu quelques temps auparavant. Ainsi, va-t-elle s'occuper du vieillard, contre sa volonté à lui et jusqu'à faire craquer une écorce derrière laquelle éclosent, peu à peu, de bien jolies choses…

Véronique Reymond et Stéphanie Chuat, deux réalisatrices lausannoises, mettent en scène leur premier long métrage. Le résultat est assez exceptionnel. Le cadre choisi (Lavaux, alentours de Lausanne) aurait pu laisser augurer de paysages sublimes. Rien de cela, car le film se déroule en hiver, dans le froid et la monotonie. Peu importe. Parce que l'intérêt se situe ailleurs. Michel Bouquet est épatant. Dans son rôle de vieux bourru aigri, à 84 ans, il impose le respect. Pour cette magnifique interprétation et sans que ses 65 années de carrière n'aient besoin d'être évoquées pour nous conforter dans cette opinion. D'une sobriété juste et étonnante, il donne à ce personnage (dans lequel bien des vieillards ont dû se reconnaître) une dimension qui aurait tendance à me faire dire qu'il a joué là le plus beau rôle d'une carrière exemplaire. Sa performance est non seulement saisissante de vérité, mais extrêmement émouvante…

Dans le rôle de Rose, quel plaisir de retrouver Florence Loiret Caille. J'avais dit tout le bien que je pensais d'elle sur ce site, lors de la sortie de "Parlez-moi de la pluie" (d'Agnès Jaoui – septembre 2008). Dans cette interprétation d'une femme, brisée par la perte d'un être cher, qui s'accroche à ce vieil homme qu'elle refuse de voir dépérir, elle fait une nouvelle démonstration d'un talent sans aucune limite. Cette fille est époustouflante! Elle qui, à côté du monstre sacré Bouquet, aurait pu se ratatiner, elle s'en sort au moins à égalité dans la force interprétative, la justesse dont elle fait preuve tout au long de ces nonante minutes de pur bonheur cinématographique. Florence Loiret Caille est une future grande dame du cinéma français. Avec Audrey Dana et Mélanie Laurent, elle en représente la relève la plus talentueuse et prometteuse. Et à "La petite chambre", grand film au budget squelettique (preuve flagrante qu'on peut faire bien avec peu de moyens), on devra bientôt le fait d'avoir contribué à la richesse inévitable de sa future carrière…

Note : 16/20

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Lundi 24 janvier 2011

Karin Viard…

J'adore cette actrice, née il y a exactement 45 ans. Comédienne hors pair, à l'aise dans tous les registres, ses yeux magnifiques (pouvant pourtant, parfois, paraître d'une tristesse infinie) me troublent profondément. Normande d'origine, pulpeuse à souhait, au travers de formes qu'elle assume pleinement, je l'ai découverte en 1997, dans "Les randonneurs". Depuis, de bien beaux rôles ont jalonné sa carrière... Je retiendrai principalement celui de Véronique dans "Embrassez qui vous voudrez", de Michel Blanc en 2002, et celui que je considère comme le plus beau: le personnage de Claire, dans "Le rôle de sa vie", de François Favrat en 2004. Titre prémonitoire pour une prestation exceptionnelle. Au point d'éclipser totalement Agnès Jaoui, que j'aime pourtant beaucoup, premier rôle de ce superbe long métrage. On va la voir bientôt dans le nouveau film de Dany Boon "Rien à déclarer", qui sortira le 2 février prochain. Je me réjouis beaucoup et, dans cette attente, je lui souhaite un très heureux anniversaire...



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Lundi 24 janvier 2011

Danielle Darrieux...

... ne fête rien de particulier aujourd'hui. Mais une telle femme mériterait qu'on parle d'elle tous les jours. Tout simplement parce qu'elle est la plus grande et la plus belle actrice française de tous les temps. Belle, elle l'était déjà à 18 ans. A 41 elle était sublime et tournait, sous la direction de Julien Duvivier, celui de ses films que je préfère. Dans "Marie-Octobre", entourée par des acteurs qui tous mentiraient s'ils prétendaient ne pas avoir été (peu ou prou) amoureux d'elle, sa beauté atteint son apogée. Blier, Meurisse, Ventura, Roquevert, Reggiani, pourtant tous comédiens pétris de talent, sont eclipsés par la resplendissante Danielle. J'ai rarement vu une telle présence à l'écran, au point de ne rechercher, malgré une intrigue passionnante, que les scènes dans lesquelles cette femme exceptionnelle de charme, de grâce et de féminité, évolue devant une caméra qui semble avoir été inventée pour la mettre en valeur...

Aujourd'hui, à près de 94 ans (elle est née le 1er mai 1917), ce qui a fait sa gloire est toujours présent et bien visible. Son visage, malgré le temps qui n'épargne personne, est toujours d'une harmonie parfaite. Quant à son talent, il ne s'est jamais éteint. Danielle Darrieux tourne et joue toujours. Elle est, à elle seule, la mémoire du cinéma français, celle qui l'a le mieux servi. C'est peut-être pour cela qu'elle est toujours en vie. Peut-être pour ça que l'âge a si peu d'emprise sur elle, au point de ne pas devoir nous pousser beaucoup pour penser, tout simplement, qu'elle est devenue immortelle...



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Dimanche 16 janvier 2011

Pauvre Bob...

En 1976, par le biais d'un chef-d'œuvre (Taxi Driver), je découvrais un acteur exceptionnel: Robert de Niro. Deux ans plus tard, c'était le choc du "Voyage au bout de l'enfer". Ce film et cet acteur m'ont marqué à tout jamais. Encore deux ans après, dans "Raging Bull", le comédien obtenait enfin l'Oscar du meilleur premier rôle. Mais pour moi, Bob de Niro deviendra le plus grand acteur du monde en campant "Noodles", dans l'un des plus beaux films du monde "Il était une fois en Amérique", de l'immense Sergio Leone. Un long métrage de trois heures quarante, une fresque monumentale, une saga de quarante années retraçant la vie des jeunes membres d'un gang new-yorkais, de leur enfance dans le quartier juif de Lower East Side, au début des années 20, jusqu'à la Prohibition et leur extermination par la police, lors d'une opération ayant mal tourné...

Dans ce péplum des temps modernes, Robert de Niro jouait le rôle de sa vie. Le film portant jusqu'en 1968, il avait dû prendre du poids pour camper un époustouflant Noodles vieilli, retournant seul dans les pas de ses jeunes années et cherchant à comprendre ce qui avait bien pu se passer pour qu'il demeure le seul (du moins le pense-t-il) survivant de la bande trente ans après… Un rôle taillé à sa mesure par un Leone au sommet de son art et pour un film unique quant à la façon de traiter les souvenirs et le bon temps passé qui ne revient jamais. De Niro, dans ce long métrage jamais égalé, donnait à son métier de comédien une dimension absolument extraordinaire. Un exemple à citer dans tous les cours d'art dramatique!…

Mais aujourd'hui, que demeure-t-il de cet immense acteur? Rien, ou presque! Est-ce le fait de ne plus disposer de scripts dignes de son talent ou de se complaire dans l'alimentaire? Le fait est que, en tournant des stupidités du genre de son dernier film (Little Fockers), suite consternante d'un navet du même genre, Robert de Niro en est devenu pitoyable. Faut bien avouer que donner la réplique à un demeuré du genre de Ben Stiller peut laisser présager le pire. Mais réduire son propre jeu jusqu'à le résumer à une suite ininterrompue de grimaces de cabotin stupide ou crevant de faim, revient à constater que ce génie d'antan a perdu tout son aura, son talent et, plus grave encore, tout le crédit ayant fait de lui l'un des acteurs les plus respectés du monde…



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