2010

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Vendredi 31 décembre 2010

Un an de cinéma...

Au cours de cette année 2010, je n'ai vu que 26 films (11 de moins qu'en 2009). Les notant de 0 à 20, la moyenne s'établit à 13.38 points par film (13.15 en 2009). Voici donc mon palmarès personnel de l'année écoulée :

Les dix meilleurs longs métrages :

01. Elle s'appelait Sarah, de Gilles Paquet Brenner - 18 points
02. Les petits mouchoirs, de Guillaume Canet - 18
03. L'arna-coeur, de Pascal Chaumeil - 17
04. New York I love you, de divers réalisateurs - 16.5
05. Nine, de Rob Marshall - 16
06. Amore, de Luca Guadagnino - 15.5
06. La rafle, de Rose Bosch - 15.5
08. Brothers, de Jim Sheridan - 15
08. Les mains en l'air, de Romain Goupil - 15
10. Un balcon sur la mer, de Nicole Garcia - 14.5
11. A bout portant, de Fred Cavayé - 14

Meilleur réalisateur : Gilles Paquet Brenner (Elle s'appelait Sarah)
Meilleur scénario : Guillaume Canet (Les petits mouchoirs)
Meilleure actrice : Tilda Swinton (Amore)
Meilleur acteur : Romain Duris (L'homme qui voulait vivre sa vie)


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Jeudi 25 novembre 2010

Romain Duris, à travers "L'homme qui voulait vivre sa vie"...

Alors qu'il souhaitait devenir photographe, Paul (Romain Duris) n'est qu'avocat. Marié à Sarah (Marina Foïs), père de deux enfants en bas âge, il adore ces derniers et porte les cornes plantés par la première. Il connaît l'amant, un vrai photographe, lui. Il le déteste, mais pas parce que c'est avec lui que sa femme couche. Sarah veut divorcer, Paul ne le supporte pas. Un jour, lors d'une explication entre les deux hommes, Paul tue accidentellement son rival. Panique! Que faire?... Il choisit, par un audacieux stratagème, d'entrer de plein pied dans sa vie rêvée de photographe. Son talent éclate au grand jour, mais sa vie précédente, qu'il a quittée contraint, lui interdit de devenir célèbre...

Etrange film. Passionnant jusqu'à l'accident, la dernière partie est un peu longue et la fin s'avère assez frustrante. Goût d'inachevé donc et pas de place pour lui dans ma liste des meilleurs films de l'année. Alors, à quoi bon vous en parler? Tout simplement par ce que l'acteur principal est absolument fabuleux dans ce rôle. Romain Duris est un cas à part dans le cinéma français. Son plan de carrière (s'il en a un) tend à fuir ce qui s'apparente au navet alimentaire. Tout ce que ce type tourne mérite qu'on s'y arrête. Mais sont-ce ses films qui sont si bons ou est-ce lui qui leur donne ce goût-là ?...

Pour vous faire une idée, si vous n'en avez point, allez voir ce film. Et observez quelques instants Paul, perclus de douleur après avoir rendu visite à ses enfants, lesquels demeurent (comme toujours) avec leur mère. Contraint au divorce, amputé des deux êtres qu'il aime le plus au monde, il fond en larmes en s'éloignant, au volant de sa voiture. Jamais, de ma vie toute entière de cinéphile, je n'ai vu un acteur pleurer si justement. Romain Duris, de film en film, tous choisis avec grande intelligence, est en train de devenir l'égal des plus grands. Gabin, Ventura, Depardieu, un jour, c'est sûr, il les dépassera tous, tant son talent d'acteur est prodigieux...

Note du film : 14/20

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Dimanche 14 novembre 2010

Dorothée...

Etant son contemporain, je suis beaucoup trop vieux pour avoir été fan de ses émissions pour la jeunesse. Par contre, sa (trop) courte carrière cinématographique me laisse bien des regrets. Parce que Frédérique Hoschedé avait en elle tout le potentiel pour devenir une grande actrice. En 1979, devant la caméra de Truffaut, elle se révélait très prometteuse dans "L’amour en fuite" (avec Jean-Pierre Léaud sur la photo), son premier film. L’année suivante, dans "Pile ou face", entre les deux géants qu’étaient Noiret et Serrault, elle donnait un prodigieux aperçu de ses capacités. Cet excellent film de Robert Enrico reste dans ma mémoire en grande partie grâce à sa (trop courte) prestation. Très jolie fille, servie par une voix qui me touchait particulièrement, j’ai adoré Dorothée sur grand écran et je regrette beaucoup qu’elle n’ait pas persévéré dans le 7ème art. Aujourd’hui, à l’abri du besoin et des critiques, elle se console sans doute en se souvenant qu’elle est toujours l’artiste (loin devant Johnny) qui a amené le plus de spectateurs à Bercy, toutes catégories d'âge confondues…



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Jeudi 21 octobre 2010

Le film du jour : Les petits mouchoirs

Un groupe d'amis, une dizaine de copains, copines, maris et femmes, s'apprête à partir en vacances ensemble au Bassin d'Arcachon. Malheureusement, l'un d'eux est victime d'un terrible accident de scooter à la veille du départ. Que vont faire les autres ? Partir ou rester à Paris afin de pouvoir le soutenir sur son lit d'hôpital ? Ils choisissent la 1ère solution. Tandis que Ludo (Jean Dujardin) tente difficilement de se remettre de ses très graves blessures, les autres rejoignent la maison de Max (François Cluzet) et Véronique (Valérie Bonneton). Leur cohabitation permet alors de révéler le caractère de chacun. Entre égoïsme, mauvaise foi, fixation et intolérance de la plupart des hommes, les femmes tentent de garder la tête hors de ce bouillon parfois nauséabond. L'amitié solide du groupe vire lentement à la méfiance des uns envers les autres. Jusqu'au jour où Jean-Louis (Joël Dupuch), un ami résident sur le Bassin et homme de grand cœur, leur apprend que Ludo vient de mourir de la suite de ses blessures...

Portrait d'un groupe d'amis de prime abord tous sympathiques. Mais ils mettront peu de temps pour montrer leurs vrais visages. Lesquels sont finalement peu reluisants. Ceux de certains mâles surtout. Les femmes sont heureusement plus fréquentables. Parce que sans cela, on se demanderait vraiment ce que cette équipe fout ensemble. Est-ce l'accident de Ludo qui les perturbe ? Possible. Mais si c'est pour montrer leur vraie nature, on se dit que c'est peut-être ça qui, finalement, les a soudés l'un à l'autre. Il faudra la mort de leur pote pour qu'ils prennent enfin conscience de la pauvre image qu'ils donnent d'eux-mêmes à Jean-Louis (entre autres), leur ami de toujours qui ne les reconnaît plus. Aux acteurs déjà cités, il y a convient de citer tous les autres, parfaits dans leur rôle : Benoît Magimel, Laurent Lafitte, Gilles Lellouche pour les hommes, Marion Cotillard, Pascale Arbillot et Anne Marivin pour les dames...

L'histoire écrite par Guillaume Canet est magnifique, sa mise en scène aussi. J'ai adoré ce film parce qu'il met en lumière la capacité qu'ont les humains à prendre conscience qu'ils font fausse route dès lors qu'un drame se produit dans leur entourage. Triste, diront certains. Peut-être, oui, mais si cela permet de les rendre meilleurs pour toujours (et je suis persuadé que c'est ce qui va se passer pour eux), ça le devient moins. A cet égard, le dernier quart d'heure des "Petits mouchoirs" fait pour moi partie des plus beaux moments de cinéma jamais vus dans ma vie. Grand film, le meilleur de l'année avec "Elle s'appelait Sarah"...

Note : 18/20

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Mercredi 13 octobre 2010

Un livre, un film : Elle s'appelait Sarah

Le livre

Il y a encore une semaine, j'ignorais qui était Tatiana de Rosnay. Puis, l'autre jour, par hasard, sans vraiment chercher, je suis tombé sur l'un de ses livres. Un roman. Et par conséquent, peu friand du genre, pas vraiment destiné à attirer mon attention. Cependant, en lisant la quatrième de couverture, j'ai eu envie de l'acheter. Parce que ce qu'il raconte, depuis quelques temps et la lecture d'un livre qui était tout sauf un roman, me passionne…

Sarah est une fillette juive d'origine polonaise, âgée de 10 ans et vivant à Paris. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1942, elle et ses parents sont arrêtés dans ce qui va devenir cette horrible "Rafle du Vel d'Hiv". Avant que les gendarmes français ne fouillent l'appartement, Sarah a juste le temps de cacher son petit frère Michel dans une trappe connue seulement de la famille. Le petit garçon n'est pas découvert, Sarah est emmenée avec ses parents et pense pouvoir venir libérer son frère dès qu'ils auront été relâchés…

Après plusieurs jours passé dans l'enfer du Vel d'Hiv, toute la famille est emmenée dans le camp de regroupement de Beaune-la-Rolande, au sud d'Orléans. De là, arrachés à elle, son père et sa mère embarquent dans un convoi à destination de la Pologne. Sarah fait face et, plus tard, en compagnie d'une camarade de son âge, parvient à s'évader du camp. Recueillie par un admirable couple de retraités français, elle parvient à convaincre ces derniers de l'accompagner à Paris, pour délivrer son petit frère qui, espère-t-elle, est toujours en vie… Elle parvient à rejoindre l'appartement dans lequel elle vivait et qui a déjà été reloué, mais hélas, beaucoup trop de temps s'est écoulé depuis la rafle et Michel est mort…

En 2002, Julia, une journaliste américaine mariée à un Français, est amenée à écrire un article pour son journal à propos du 60ème anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv. Au cours de ses recherches sur le sujet, elle découvre avec effroi que les parents de son beau-père Edouard font partie de la famille à laquelle l'appartement de Sarah a été reloué à fin juillet 42. Edouard qui, à l'époque, avait le même âge que Sarah, raconte alors à Julia ce qui s'est passé lorsque la petite fille est venue frapper à leur porte en compagnie du couple qui l'avait recueillie. Bouleversée par ce récit, Julia se met dès lors en tête de découvrir ce que Sarah est devenue…

Alternant l'action se déroulant en 1942 et celle qui se passe 60 ans plus tard, Tatiana de Ronay, dans un passionnant récit, ménage le suspens à la perfection et les 400 pages de son roman sont un chef-d'œuvre du genre. Avalé en trois soirs de lecture, jamais une œuvre romanesque ne m'a autant séduit que ce livre qui s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires. Si tous les personnages sont fictifs, la base historique que représente l'occupation est très solide et la description des faits qui s'y déroulent semble plus vraie que nature. Si le dénouement est assez prévisible, tout ce qui se passe, dans l'enquête de Julia, pour en arriver là, est aussi passionnant que la première partie du livre…

Edité en 2006, "Elle s'appelait Sarah" a été adapté pour une sortie cinématographique prévue le 13 octobre prochain. Kristin Scott Thomas y incarnera une Julia Jarmond que je me réjouis de découvrir. Et j'espère vraiment que le film, ce n'est hélas pas toujours le cas, sera à la hauteur d'un livre qui représente pour moi le plus beau, le plus passionnant et le plus extraordinaire roman que j'aie jamais lu…

Le film

Ses parents déportés, son petit frère emmuré, son enfance assassinée. Tout ce qui fait qu'une petite fille n'a plus envie de grandir... Privée des jeux naturels des enfants de son âge, l'horreur devient son quotidien. Sarah vit. Sarah survit. Mais son âme est morte. Emportée par cette ignominie que représente, parfois, pour quelques-unes, pour quelques-uns, ce qu'on appelle le destin. Elle devient cette belle adolescente à laquelle tout aurait pu, aurait dû, être promis. Elle devient femme, quitte cette terre qui l'a vu naître, puis mourir. Elle tente de prendre racine dans les vastes plaines d'un nouveau monde. Mais, c'est bien connu, les souvenirs les plus cruels sont toujours les plus tenaces. On oublie rien de son enfance. On vit avec. On vit dedans, avec un corps d'adulte. Alors, malgré le fruit né - par quel miracle? - de cet arbre mort, la force vous abandonne. Le fardeau devient trop lourd, courbe le dos. On ne peut sortir indemne d'une si grande douleur, d'un ignoble passé passé à se morfondre, d'un destin qui vous a laissé choir. Et le camion que l'on croise un beau matin, au volant de sa voiture, devient le dernier témoin d'une vie qui aurait mieux fait de ne jamais éclore. C'est une triste fin? Moins triste que sa vie! Moins triste que ses nuits. Ces milliers de nuits tragiques, dans lesquelles Michel, son petit frère, venait lui dire qu'elle n'aurait pas dû le cacher, même pour son bien, dans ce placard qui s'est refermé à tout jamais sur lui. Et sur elle aussi…

Note : 18/20

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Dimanche 26 septembre 2010

Le film du jour : Amore

Dans la famille Recchi, au cœur des hautes sphères de la société milanaise, on est tisserands de père en fils. Ce soir-là, on fête l’anniversaire d’Edoardo senior, le patriarche. A cette occasion, le vieil homme passe le flambeau à son fils Tancredi et à son petit fils Edoardo junior. Emma, la femme du premier et mère du second, fait partie de la dynastie. Mais ce qui la lie à la vieille famille bourgeoise est purement matériel. Les liens du sang, en ce qui la concerne, se résument à une vie à l’écart, dans l’ennui et le silence dévolus à son rang d’immigrée russe. Le soir de l’anniversaire de son beau-père donc, elle fait la connaissance d’Antonio, un ami cuisinier de son fils, dont il a le même âge. Dans le cœur de cette femme résignée, (re)naît alors un sentiment presque oublié, l’amour. Consciente que jouer avec le feu, au sein de cet aréopage de bourgeois rigides, risque de la priver des biens matériels auxquels elle a droit, elle se lance cependant corps et âme dans la conquête de ce jeune homme pas insensible au charme évident d’une femme de cinquante ans. Mais, ce qui la guettait se produit: la découverte, au sein de la famille, de sa liaison avec le jeune cuisinier de San Remo. La révélation de cette "infamie" donne alors lieu au pire drame qu’Emma ait pu imaginer…

"Amore" (Je suis l’Amour) est un film réalisé par Luca Guadagnino. Metteur en scène inconnu à mes yeux, il réalise ici une œuvre très réussie. L’histoire, au début, est assez longue à se mettre en place. Le film en est presque ennuyeux (sans doute voulu par le réalisateur), tout comme l’est la vie d’Emma dans cette famille avec laquelle (hormis sa descendance) elle se sent si peu d’affinités. Mais dès que l’Amour entre dans le bal, l’intérêt grandit et l’œuvre prend consistance. Le dénouement, totalement inattendu, gomme l’ennui initial et toute l’intrigue en est ainsi magnifiée. Très beau long métrage donc et très belle découverte d’un cinéaste italien chez lequel on pourrait déceler quelques traits hérités, qui sait, d’un Visconti qui l’aurait inspiré (?)… L’actrice principale et héroïne de ce drame exemplaire, Tilda Swinton, est parfaite dans son rôle et porte le film à elle seule, même si celles et ceux qui la soutiennent à l’écran, en rien ne desservent la cause du metteur en scène. "Amore", est un film superbe, à voir en italien, bien sûr, cette langue qui chante si joliment au cœur, plus encore qu’à l’ouïe, et dont on croirait volontiers qu’elle a été inventée pour rendre encore plus belle les femmes qui s'expriment à travers elle…

Note : 15/20

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Jeudi 23 septembre 2010

Bourvil, quarante ans déjà...

De ce jour-là, de ce maudit mercredi 23 septembre 1970 je me souviens comme si c'était hier. J'étais au travail, et la radio installée dans mon bon vieux Mercedes avait annoncé la triste nouvelle. Pour moi c'est un monde qui s'effondrait. Un monde de rires mais aussi de tendresse et d'émotion. Car s'il savait faire rire André, il parvenait aussi à nous tirer des larmes… J'avais seize ans et mes distractions, c'est le samedi que j'en profitais. Dans les cinémas de la ville, là où étaient en principe joués les grands films populaires. De Funès et Bourvil avaient mes faveurs en ce temps-là. Bourvil, surtout… J'adorais ses films et les situations cocasses dans lesquelles il excellait. Mais je ressentais aussi l'émotion que diffusaient d'autres séquences où là, l'immense acteur donnait une véritable dimension à toute l'étendue de son talent… Dans ce registre, l'une des plus magnifiques scènes du grand André Raimbourg se situe dans "le Corniaud". Lorsque, dans le restaurant romain où il a invité la jeune manucure de son hôtel, il se rend soudain compte que celle-ci s'est jouée de lui et n'a accepté son invitation que pour rendre jaloux son fiancé. Ce moment-là, cet instant précis où Bourvil, debout devant sa table, assiette et fourchette en main et désirant terminer son repas, prend conscience qu'on s'est joué de lui, c'est un monument dont on devrait se servir comme exemple dans tout cours de comédie digne de ce nom… Quarante ans déjà! Quatre décennies que l'eau coule sous le pont, sans que le sang ne coule plus dans tes veines... Ta disparition n'a pas empêché le monde de tourner, mais elle me l'a fait voir d'une autre façon. En relisant dernièrement l'une de tes biographies, j'ai été très ému par une déclaration dans laquelle tu disais combien tu aimerais devenir vieux, avoir quatre-vingts ans et profiter de ta retraite, entouré de ta famille, de tes enfants et de tes petits enfants… De ces quatre-vingts ans, tu n'auras vécu que les deux tiers. Il s'en est fallu de vingt-sept ans pour que tu les atteignes. Une paille! Une broutille! Une injustice! Une de plus d'un destin aveugle, inique et parfaitement insensible.

En mai 2006, pour la première fois de ma vie, je suis parti visiter la Normandie. Pour voir Honfleur, Le Havre et l'estuaire de la Seine, les plages du débarquement, pour visiter Etretat et les ports de la Seine-Maritime, pour admirer la mer et m'imprégner du cri des goélands. Mais aussi et surtout, André, pour rendre visite à ton beau Pays de Caux. Alors j'ai vu Prétôt-Vicquemare, Fontaine-le-Dun et Bourville. J'ai vu la petite école sur les bancs de laquelle tu as usé tes fonds de culotte. En face d'elle, j'ai osé entrer dans l'impressionnante église aux splendides vitraux, devant laquelle, dans le petit cimetière, reposent les Raimbourg et les Ménard, ceux qui furent ta famille et que tu aimais. Dans cette très verte campagne normande parsemée d'immenses champs cultivés, là où tes racines demeurent ancrées pour toujours, là où l'on prétend qu'il ne cesse de pleuvoir, le soleil m'a fait l'honneur de sa présence et le séjour s'est déroulé comme dans un rêve. J'ai vu Tonneville, le petit hameau voisin de Bourville. C'est là que tu as passé ton enfance. Et j'ai vu ta maison. Une bâtisse très sobre faite de briques rouges et entourée de verdure, d'arbres et de prés sur lesquels il m'a semblé te voir jouer, courir et t'entendre crier. Je suis resté là longtemps, ne pouvant plus me détacher de cet endroit. Sur le fil de la clôture, une bergeronnette est venue se poser. Tout près de moi et chantant de toute la puissance de sa voix mélodieuse, parée de son soyeux plumage jaune, tranquille sur son fil, confiante malgré ma présence toute proche. Et je me suis dit que cet endroit avait quelque chose de magique, que cet oiseau, d'habitude si farouche, était peut-être une réincarnation de toi, André. Toi qui étais venu me dire que ma visite te touchais. Toi qui avais peut-être senti à quel point tu as compté dans mon existence, à quel point un homme comme toi a pu me faire rêver dans l'accomplissement d'une vie. Je crois bien que jamais je ne suis resté si longtemps immobile en ayant les yeux ouverts. Dans mon esprit, défilaient des images; un film, le film de ton enfance, des jeux qui furent les tiens et qui, même si ce fut trente-sept ans plus tôt, ne devaient pas être très différents des miens. Je suis venu ici pour toi, André. Et j'ai senti ta présence. Et je me suis senti bien...

Rentrant de ce voyage, par un premier jour de juin radieux, j'ai fait un petit détour et je me suis arrêté dans ton dernier village, au nom sonnant comme dans ce beau Pays de Caux que je venais de visiter. Montainville, comme Bourville, on pourrait croire que c'est en Normandie. Et bien non! Ce n'est pas bien loin de Paris et c'est là que tu reposes, aux côtés de Jeanne, le seul, l'unique amour de ta vie. Celle que tu as aimée, celle que tu as su rendre pleinement heureuse, malgré les vicissitudes de la vie d'artiste que tu menais. Avant de pénétrer dans ton petit cimetière (dans lequel je suis persuadé qu'il y aura bien du monde aujourd'hui), je suis allé, dans le champ voisin, cueillir un petit bouquet de coquelicots et je te l'ai apporté, fébrile et tremblant quelque peu. J'ai mis un peu de temps à trouver ta sépulture, mais lorsqu'elle s'est offerte à mon regard, j'ai senti comme une onde de chaleur, mêlée d'émotion et de soulagement: il y a tellement longtemps que j'attendais ce moment-là!... Sur le bord de ta dernière demeure et avec précaution, j'ai déposé ces quelques pavots rouges, emblèmes colorés de la campagne, de ta campagne et bordant souvent les champs de blé. J'ai pensé que tu apprécierais ces quelques fleurs car elles sont fidèles à ton image, du moins à celle que je garde de toi: belles, fragiles, attachantes, aux couleurs intenses mais à la durée de vie tellement dérisoire une fois cueillies… Et je suis resté là. Pendant de longues minutes. Immobile. Regard accroché à cette pierre tombale toute simple et pensées oscillant entre injustice de mourir si jeune et fragments de films, entre ton image souriante, réconfortante et ce qu'il doit rester de toi sous cet amas de terre. Et j'ai eu très mal… Au loin, par delà le mur du cimetière, entre les branches des arbres, penchée à sa fenêtre, une très vieille dame n'a cessé de m'observer. Qu'a-t-elle bien pu penser de moi lorsqu'elle m'a vu tenter d'essuyer furtivement mes yeux devenus humides? T'a-t-elle connu jadis? A-t-elle été la voisine que tu saluais le matin en allant chercher ton pain? J'aurais aimé que oui. J'aurais aimé qu'elle vienne me parler de toi. Me conter le bonheur qui fut le sien de t'avoir connu et celui de ce petit village dont tu partageais simplement la vie à la fin des années soixante...

Depuis que tu es parti, André, depuis ce triste jour d'automne, je n'entre plus dans une salle obscure sans avoir une petite pensée pour toi. Une pensée qui me ramène toujours vers Neuchâtel et ce "Palace" qui, malheureusement, vient d'être fermé. Une salle obscure qui n'existe plus mais dans laquelle tu donnais à mes années d'alors quelques tons chauds, drôles et émouvants, quelques parcelles d'un bonheur rare que je retrouve à chaque fois que les lumières s'éteignent et que l'écran se pare de lumière. Merci André! Aussi loin que puisse me porter la vie, je me souviendrai toujours de toi…


Sa maison de Tonneville
Sa tombe de Montainville

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Dimanche 19 septembre 2010

Le film du jour : Ces amours-là

Ilva est une jeune femme d'origine italienne vivant à Paris. La guerre est là, les Allemands aussi. Peu consciente que certains choix de partenaires risquent de perturber sa vie, elle s'offre à l'un d'eux pour sauver son père, otage de ces derniers. Un choix qui risque de ne pas demeurer sans conséquences. Mais Ilva ne calcule pas, elle vit. Et ses passions sont à son image: spontanées. A la fin des hostilités, le vaincu rentre chez lui, seul. Ilva souffre mais s'en remet. Elle choisit deux soldats libérateurs avec qui fêter la victoire... Tous deux veulent l'épouser. Elle les joue à pile ou face. Le perdant, jaloux, tue son camarade de combat et épouse Ilva. Mais, très vite, le doute s'installe dans l'esprit de la jeune femme. Un doute qui l'amènera à tuer à son tour et à se retrouver devant une cour d'assises. Là, son avocat, brillant musicien à ses heures, la sauve. Il n'en faut pas plus pour qu'Ilva succombe à nouveau...

Lelouch dans ses oeuvres. Son 43ème film n'est pas pour moi le meilleur. La faute à ce trop simple survol de ses personnages. Hormis Ilva (Audrey Dana), les autres héros sont peu attractifs. Si bien que j'ai eu de la peine à saisir la motivation profonde de l'héroïne. Et puis, le film retrace une période trop longue (1930-1950) pour que l'intrigue soit passionnante de bout en bout. Ce que le metteur en scène avait admirablement réussi avec son "Itinéraire d'un enfant gâté", ici échoue en grande partie. Le film se révèle frustrant car naviguant sans cesse à quelques centimètres du sommet d'une vague qui aurait fait de lui une grande réussite. Néanmoins, "Ces amours-là" ne peuvent renier leur auteur. Elles sont admirablement bien filmées, par un homme dont on sent, pendant les deux heures de projection, qu'il aime le cinéma au-delà de tout...

Audrey Dana confirme ce qu'elle n'avait pas besoin de faire à mes yeux: qu'elle est sans doute, avec Mélanie Laurent, la valeur la plus sûre du box-office français. Remarquable confirmation d'une comédienne saisissante de justesse (regardez-là pleurer, elle en est bouleversante), que j'ai découverte dans "Roman de gare", pour moi le meilleur film de Lelouch. Autour d'elle, il y a surtout Dominique Pinon (dans un rôle trop court), son partenaire dans "Roman de gare", acteur exceptionnel et trop peu employé. Et puis, découvertes intéressantes, le chanteur Raphaël, très bon dans son premier rôle au cinéma, et Laurent Couson, qui joue l'avocat musicien et qui signe également la partition musicale du film....

Et puis, dans "Ces amours-là", l'avant-dernière séquence est un petit bijou à elle seule. Elle ne dure qu'une minute, ou moins, je n'ai pas calculé, c'était trop beau. Enchaînant sur le baiser du plan précédent (entre Ilva et son avocat) et Lelouch faisant dire au narrateur que c'est en saisissant ce baiser-là que tous ses films se sont enchaînés, on redécouvre alors quelques secondes de tous les grandes oeuvres, grands acteurs (Trintignant, Ventura, Brel, Denner, Villeret, Dutronc, Belmondo, Reggiani, Montand, Gérard, Chesnais, etc...), et grandes actrices (Anouk Aimée, Marlène Jobert, Evelyne Bouix, Michèle Morgan, Marie-Sophie L, Catherine Deneuve, Annie Girardot, etc...) ayant contribué à faire de Lelouch ce qu'il est réellement: l'un des plus grands cinéastes du monde...

Note : 14/20

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Lundi 23 août 2010

Remontée émouvante du temps…

Quarante-quatre ans après, la magie opère toujours. En le découvrant sur grand écran au moment de sa sortie (décembre 1966), dans une salle pleine, les éclats de rire étaient nombreux, je m'en souviens fort bien. Depuis, j’ai bien dû le revoir une vingtaine de fois, peut-être même plus, à la télé ou sur DVD. Et, le connaissant ainsi par cœur, le rire jaillit toujours, sans que cela ne soit le moins du monde forcé. A Genève, durant l’été, certains ont eu la bonne idée d’offrir des projections nocturnes en plein air, sur le gazon d’un parc de la ville. "Cinétransat" est ainsi né il y a deux ans. Succès dès la première session, confirmation par la suite. Une idée telle que celle-là ne pouvait que séduire le plus grand nombre: entrée gratuite, location de transats pour la projection, ou alors chacun peut venir avec sa couverture, sa chaise pliante; j’ai même vu un couple arriver avec une vieille banquette de voiture. Vingt-quatre films programmés en l’espace de cinq semaines. Et, hier soir, c’était la dernière séance. Celle que je ne pouvais décidément pas manquer…

"La Grande Vadrouille" à nouveau sur grand écran, devant un public très nombreux, de tous âges mais en majorité jeune. En m'installant sur la pelouse, je me demandais comment allaient réagir les moins ridés. Je n’ai pas été déçu. La bonne humeur a régné pendant près de deux heures, tout comme au temps si lointain de la sortie du film. Beaucoup d’applaudissements à l’apparition de Bourvil, de de Funès, aux moments les plus drôles (dans les bains turcs, dans l’Hôtel du Globe, etc…). Non loin de moi, un jeune garçon d’une dizaine d’années éclatait littéralement de rire à chacun des gags. Une spontanéité très communicative qui, personnellement, m’a beaucoup ému. Ce petit gars, c’étai moi, dans le Cinéma Palace de Neuchâtel, alors que j’assistais pour la première fois à la projection de ce chef-d'oeuvre qui ne m'a jamais quitté. Grande soirée d’émotion donc! Le film, contrairement à moi, n’a pas vieilli. Il est toujours aussi drôle. Et si j’en suis sorti heureux, je l’étais encore plus par l’attitude d’un public qui, comme moi, semble toujours convaincu qu'André Bourvil, Louis de Funès et Gérard Oury constituent bien le plus grand team comique français de toute l’histoire du cinéma...


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Mardi 20 juillet 2010

La révérence d’un Marin…

Bernard Giraudeau faisait partie de ces acteurs qui, lentement, ont tracé leur voie sur la route des saltimbanques. Comme son compère des "Spécialistes" Gérard Lanvin, il a construit patiemment sa carrière, se bonifiant réellement avec l’âge. Marin de la Rochelle, ses origines océanes, au fil des ans, lui ont apporté rigueur et discrétion. L’air du large et les embruns frappant son port d’attache, ont buriné son teint et les derniers sillons sur sa face, creusés peut-être plus par la souffrance que par l’âge, lui ont donné l’apparence d’un homme plein de cette sagesse qu’il n’avait théoriquement pas encore l’âge de connaître. Très bon comédien, excellent dans "La petite Lili", de Claude Miller, où dans "Ridicule" (Patrice Leconte), où il jouait un abbé de Vilecourt époustouflant (pour moi son plus beau rôle), Bernard Giraudeau m'a aussi épaté par sa très belle incarnation de Saint-Exupéry, en 1996, pour la télévision et sous la direction de Robert Enrico...

Et puis, avec la maladie, l’écriture a réellement pris ancrage dans sa vie. Et plus il s’enfonçait dans la première, plus la seconde se magnifiait. Relation de cause à effet? Je le pense, même si son talent d’écrivain n’était pas nouveau. Son écriture n’était pas simplement jolie, elle était réellement belle et les mots qu’il alignait dans ses phrases étaient d’une harmonie sans fin. Née dix jours après lui, Anny Duperey, sa compagne pendant 18 ans et mère de ses deux enfants, lui a rendu un vibrant hommage dimanche soir, sur France 2. Pas étonnant que ces deux-là se soient rencontrés et aimés. J'ai rarement vu personnes se ressembler autant qu'eux deux. Ils sont issus d'un bois semblable et noble, et même s'ils n'étaient plus ensemble depuis longtemps, pour elle la perte du père de ses enfants doit être très cruelle aujourd'hui…

Bernard Giraudeau restera, pour la multitude, un acteur extrêmement attachant. Et ce cinéma, ce théâtre, auxquels il tant donné sans jamais devenir star (et j'ai envie de dire heureusement), ont perdu samedi dernier l'un de leurs serviteurs les plus fidèles, les plus honnêtes. Il était proche d'un public qui se souviendra, j'en suis bien certain, encore longtemps de lui. Dans son long combat pour la vie et contre cette saleté de crabe, Bernard Giraudeau a sans doute mené à terme son plus beau rôle, tant il a su apprivoiser la mort sans jamais cesser de la regarder dans les yeux. Digne, lucide et touchant, en cela il mérite tous les vrais honneurs, tellement plus importants, aux yeux de ceux qui l'aimaient, qu'une statuette poussiéreuse (Molière ou César) posée sur le coin d'une cheminée…


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Jeudi 15 juillet 2010

"Dans mon cinéma"...

Moment intense sur la 2ème chaîne de la TSR ce soir, et instants trop rares pour ne pas les relever. Dominique Warluzel est un homme de loi fort connu dans nos contrées. D'une élocution parfaite et parlant comme un livre, ami et avocat d'Alain Delon, il présente sa propre émission de télévision. "Dans mon cinéma", il reçoit et parle régulièrement des représentants (en général acteurs et actrices) de ce 7ème art qu'il adore. Alors, le fait pour le comédien français de venir évoquer avec lui les grandes périodes d'une carrière de plus de 50 ans, laissait présager quelques belles paroles sur des images dont on en espérait pas moins… Delon, on aime ou on déteste. Beaucoup ne voient en lui qu'un insupportable prétentieux. D'autres pensent que cette attitude n'est que le dernier rempart à une pudeur bien réelle. Pour l'avoir vu plus d'une fois dans mon ancien métier, homme certes toujours pressé mais jovial et poli, j'ai appris à mettre certains a priori soigneusement de côté. Delon est une star, une vraie. Et si l'inconsistance de certains de ses rôles n'est pas à inscrire en premier lieu sur ses états de service, le fait d'avoir tourné avec les plus grands arrange bien les chose. De René Clément à Luchino Visconti, de Melville à Losey, metteurs en scène de référence s'il en est, il a incarné quelques superbes personnages, qu'un incontestable grand talent d'acteur a fait passer à la postérité…

Alian Delon fêtera ses 75 ans en novembre. Sa carrière est derrière lui et il le sait. Et le fait pour lui, dans cette émission, de se pencher sur elle nous a fait découvrir un dur que l'âge a attendri, humanisé. Un homme qui a levé le voile sur quelque parcelle d'une âme qu'il a, et sans doute est-ce dû au privilège de l'âge que de nous la faire découvrir, finalement fort belle. Parce qu'en revoyant quelques scènes de quelques-uns de ses plus grands films, soigneusement sélectionnées par un "Warlu" très complice et à la tendresse évidente, on a vu se mouiller les yeux bleus de cet homme qui ne se trouve plus, il faut bien en convenir, qu'à quelques années de la fin de sa vie. Sur l'écran, en 1963, Burt Lancaster, Claudia Cardinale. Et lui qui jouait le Tancrède du Guépard. Fierté de figurer, avec eux, au générique de l'une des plus belles œuvres de Visconti? Souvenir fort de l'un de ses plus beaux rôles? Nostalgie d'une jeunesse enfuie, du temps qui passe et ne reviendra plus? Un peu des trois sans doute et conjugués ensemble pour lui tirer des larmes à peine retenues. Là, Delon ne jouait pas. Il était lui-même. Emouvant. Dans une attitude hors-jeu et sincère, celle de l'homme vrai. De l'homme qui se souvient et constatr que presque tous ceux qu'il a aimés, qui l'ont aimé et ont contribué à son immense succès, ne sont aujourd'hui plus là. Delon était grand! Et, à ce moment précis, aucun doute pour moi qu'il le restera toujours…



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Lundi 14 juin 2010

Le film du jour : Les mains en l'air

Dans la deuxième moitié du 21ème siècle, une dame âgée se souvient. Elle se rappelle de cette France d'il y a 58 ans, alors que, réfugiée tchétchène, ses parents l'avait confiée à une famille française pour éviter qu'elle ne connaisse le triste destin des sans papiers, condamnés à retourner chez eux. En 2009 donc, Milana est âgée de onze ans. Scolarisée dès son plus jeune âge, elle s'exprime parfaitement en français, langue d'un pays qu'elle a rejoint, en compagnie de sa mère et de ses cousins, il y a plusieurs années déjà. Mais, sous le règne d'un président (dont elle dit plus tard avoir oublié le nom), les renvois sont de plus en plus courants. Dans sa nouvelle famille, Cendrine, la maman, traite cette enfant, camarade de classe de son fils Blaise, comme sa propre fille. Et Blaise, pas insensible au charme de Milana, est ravi de l'accueillir sous son toit…

Dès lors, les bêtes considérations adultes (mises à part celles de Cendrine), vont faire place à la débrouillardise et au bon sens spontané des enfants. Milana est emmenée en vacances, en Bretagne, avec sa famille d'accueil. En compagnie de Blaise et d'Alice, l'adorable sœur cadette de ce dernier, la petite réfugiée va, pour quelques temps, oublier le triste quotidien de son sursis. Elle est heureuse. Et ce bonheur, si simple à nos yeux, la bouleverse et la rend bouleversante. Mais les vacances passent trop vite et il faut rentrer à la maison. Là, les rafles se poursuivent et les renvois s'intensifient. Pour y échapper, une voisine se jette du troisième étage de son immeuble. Les enfants sont atterrés et prennent peur. Ils décident alors de faire corps autour de Milana et, avec l'inconscience qui sied à leur âge, ils "disparaissent" en se retranchant, avec vivres et bagages, dans une cave connue d'eux seuls… Ils tiennent pendant quatre ou cinq jours, puis sont débusqués par la police. "Les mains en l'air", ils s'extraient alors de leur cachette…

Dans ce film engagé, Romain Goupil, le metteur en scène, prend parti pour les enfants réfugiés. Sa réalisation est truffée de moments émouvants, dans lesquels le naturel des enfants fait plaisir à voir. Tous ces gosses acteurs sont excellents et la petite Milana (Linda Doudaeva), autour de qui l'histoire a été construite, effectue là une prestation étonnante. Tantôt gaie, tantôt réservée, toujours juste et souvent émouvante, elle se révèle une icône parfaite de l'innocence enfantine face à la rigueur, la raideur imbécile et procédurière des adultes. Valéria Bruni-Tedeschi compose une Cendrine décidée et rebelle, parfaitement acquise à la cause de ces enfants et en parfait désaccord avec une politique qui la révolte. A la voir ainsi, on oublierait presque que, hors caméra, elle est bien la belle sœur de celui qui prône, aujourd'hui en France, cette politique inhumaine à bien des égards...

"Les mains en l'air" est un film superbe. Un long métrage qui, si besoin est, nous rappelle que les enfants, quoi qu'ils fassent, sont hors de portée de ce ridicule qui, s'il ne tue pas, foudroie tant d'hommes et de femmes se proclamant un jour si fiers d'avoir atteint l'âge adulte…

Note : 15/20

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Mardi 23 mars 2010

Le film du jour : L’Arnacoeur

Au cinéma j’ai, habituellement et depuis quelques années, plutôt tendance à me méfier des comédies à la française. Lorsqu’elles sont interprétées par des Cornillac, Dubosc et autres Timsit, je les ignore même totalement! Ici, avec Duris et Paradis en vedettes, l’espoir était de mise. Eh bien je n’ai pas été déçu! L’intrigue: Alex (Romain Duris) gagne sa croûte en brisant des couples mal assortis. Engagé et payé par un membre de la famille du mari ou de l’épouse, il séduit la dame et casse ainsi l’union. Sûr de lui et (ab)usant de son charme, aucune meuf ne lui résiste! Mais lorsqu’il tombe sur Juliette (Vanessa Paradis), la tâche se révèle plus ardue. Dans ses oeuvres, avec la complicité de sa sœur Mélanie (Julie Ferrier) et de Marc (François Damiens), le mari de celle-ci, Alex finira par se prendre à son propre jeu…

Si l’histoire est somme toute assez banale, le traitement choisi par le metteur en scène (Pascal Chaumeil) est original et truffé de moments tous plus délicieux les uns que les autres. Parce qu’on rigole dans ce film. On rit même à gorge déployée. Surtout grâce à l'époustouflant François Damiens, qui effectue ici une performance extraordinaire. Ni Julie Ferrier (excellente), ni Vanessa Paradis (sublime et tellement trop rare...), ni Helena Noguerra (étonnante en Sophie, amie de Juliette) ne sont en reste et tout ce petit monde apporte son pétard personnel à ce qui devient, en fin de compte, un véritable feu d’artifice. Quant à Romain Duris, comme le dit avec humour Juliette dans le film, il se paie une vraie tête de con! Mais quel acteur prodigieux!!! D’une crédibilité totale dans son personnage, ce gars prouve une fois de plus que sa grande intelligence et son talent immense lui permettent de trier et choisir ses rôles pour, à chaque occasion, en tirer, pour lui et pour le spectateur ravi, le meilleur parti…

A noter le petit clin d’œil émouvant à "Dirty Dancing" et les (trop courtes) séquences dans lesquelles Juliette et Alex reprennent à la perfection quelques moments de danse qui ont contribué à la gloire de ce classique des années 80. "L’Arnacoeur" est, pour moi, la comédie la plus drôle et la plus réussie depuis "Bienvenue chez les Chtis". Courez la voir, vous ne le regretterez pas. Moi, j’y retourne dès que possible…

Note : 17/20

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Vendredi 12 mars 2010

Le film du jour : La Rafle

Genève. Bord du lac. Soleil, mais froid. Les oiseaux sur l'eau sont calmes. Ils passent inlassablement devant mon objectif. Là se côtoient Colverts, Harles, Grèbes, Fuligules, Foulques, Gallinules, Cygnes, Goélands, Mouettes, tous cohabitant en parfaite harmonie... Après deux heures à mitrailler, j'hésite un instant à ranger mon matériel photo. On est si bien ici. Mais la salle obscure m'appelle. Irrésistiblement. Je quitte donc cet endroit paisible et pars me plonger dans une toute autre ambiance…

Dans la moiteur d'un été parisien, la France écrit son histoire. Pas la plus glorieuse… Pétain, Laval et Bousquet, bardés de pseudo-pouvoirs et sous l'œil bienveillant des nazis, basculent dans le lugubre, virent à l'infâme. Dans le petit matin tiède, les exécutants français envahissent les appartements, dans lesquels réside la "lèpre du pays", les Israélites, comme ils les appellent. Beaucoup d'hommes se cachent. Les femmes ouvrent la porte sans trop de crainte. "Ils" viennent pour embarquer les hommes, seulement les hommes. Cruelle erreur. Dix mille femmes et enfants sont raflés, contre "seulement" trois mille hommes. Une partie (les célibataires) partiront directement vers Drancy, le reste (prés de huit mille personnes), sera regroupé, entassé dans le Vélodrome d'Hiver de la Rue Nélaton, dans le XVème. Là, dans un indescriptible capharnaüm, ils sont livrés à eux mêmes pendant cinq jours, sans confort, sans hygiène, dans le dénuement le plus total et devant se contenter des quarante-huit heures de vivres emportés avec eux…

Et puis, le déplacement intervient. Destination : les camps d'internement du Loiret, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Après plusieurs jours passés dans des conditions de détention indignes, la première sélection a lieu. Les mères sont cruellement séparées de leurs enfants. Elles font partie du seul convoi SNCF parti directement du camp de Beaune vers Auschwitz. Les pères suivent et les enfants demeurent seuls. Ils seront déportés plus tard, après avoir été regroupés à Drancy. 13'152 Juifs ont été arrêtés à Paris entre le 16 et le 17 juillet 1942. Parmi eux, 4'051 enfants. Des camps de la mort polonais, seuls 27 adultes reviendront. Tous les enfants ont été exterminés. Le film décrit le quotidien des malheureux déportés. De leurs derniers jours de liberté, jusqu'à leur départ de Beaune-la-Rolande. Evidente gravité des faits pour une fidélité historique reconnue. De très bons acteurs, Jean Reno, Gad Elmaleh, Raphaëlle Agogué (magnifique révélation), Anne Brochet et la sublime Mélanie Laurent, dans un rôle tout en retenue, donnent à ce long métrage signé Rose Bosch une crédibilité et une sincérité remarquables. Sur le plan historique, cette tragédie demeurera à jamais comme l'une des pages les plus sombres de l'histoire de France…

Note : 15/20

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Mercredi 3 mars 2010

Le film du jour : Nine

Il y a trois sortes de films qui m'intéressent. Ceux qui racontent une très belle histoire, ceux qui sont interprétés par des actrices (et acteurs) exceptionnels, enfin ceux qui sont un mélange des deux et qui sont ainsi de potentiels chefs-d'oeuvre. "Nine" appartient à la deuxième catégorie. Histoire assez banale d'un cinéaste à la veille d'entamer le tournage de son neuvième film, mais qui se retrouve en cruel manque d'inspiration. Il n'est plus obsédé que par les femmes qui furent les héroïnes de ses précédents films. L'une est devenue sa femme (Marion Cotillard), une autre est sa maîtresse (Penélope Cruz) et la troisième (Nicole Kidman) est celle qu'il n'a pas, jadis, osé séduire. A force de les vouloir toutes, il n'en gardera aucune. Fin. Générique...

Comédie musicale (c'est pourtant pas le genre que je préfère) agréable, "Nine" a été démolie par la critique et c'est, à mon avis, une raison suffisante pour aller la voir. Daniel Day-Lewis (le cinéaste) est fidèle à lui-même, c'est à dire grand. Si Kate Hudson (une journaliste qui lui court après) est assez quelconque, Sophia Loren (75 ans) est encore belle, Marion Cotillard un peu en retrait. Reste Penélope Cruz et Nicole Kidman. L'Ibérique est sensuelle, troublante, sexy, sublime, magnifique en amante délaissée, et parfaite dans un jeu qui fait d'elle, depuis pas mal de temps déjà, une immense actrice. Quant à Madame Kidman, elle qui au sortir de "Australia" prétendait que le cinéma et elle c'était fini, elle opère un retour qui prouve, si besoin est, que le cinéma mondial ne peut se passer d'une si phénoménale actrice. On ne la voit peut-être que dix minutes dans le film, mais ces dix minutes-là valent à elles seules le squat de la salle obscure. Quelle actrice! Quel charme! Quel talent! Quelle présence! Quelle classe! Elle est et demeure bien la plus grande actrice du monde...

Note : 16/20

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Vendredi 19 février 2010

Le film du jour : New York, I love you

Sorti en Suisse deux mois avant la France, ce long métrage est le premier que je vois en 2010 et il constitue la première très bonne surprise de l'année. Film à sketches, donc difficilement racontable, "New York I love you", c'est avant tout une atmosphère. Quelques petites histoires de rencontres, sans liens directs, histoires d'amour ou de tendresse, moments de bonheurs saisis sur le vif, entres des êtres souvent attachants évoluant dans les différents quartiers et dans cette ambiance si particulière de la grande métropole américaine. Dans l'une des plus belles et passionnantes villes du monde, des liens se créent, des amours naissent, des passions grandissent, des femmes et des hommes se découvrent, se parlent, se livrent, s'aiment et vivent quelques moments de pur bonheur.

New York est belle, New York grouille, bouge et fascine, New York entretient ce petit miracle que représente le melting pot socioculturel, religieux, racial, qui a fait d'elle et pour moi, la cité cosmopolite la plus étonnante et attachante que je connaisse… Onze réalisatrices et réalisateurs très inspirés, des acteurs jeunes et plus âgés, plus ou moins connus mais tous fameux et épatants, et quelques petits bijoux de mini scénarios, font de cette ode à la rencontre, un grand, un très grand moment d'un cinéma tel que je l'aime et l'aimerai toujours. Mention spéciale à l'auteur de la plus émouvante de toutes ces petites histoires, Anthony Minghella, ici scénariste qui nous dépeint la rencontre d'une vieille dame, cantatrice jadis célèbre, et d'un jeune groom d'hôtel handicapé. C'est court, ça ne dure que quelques minutes, mais c'est tout à l'image de ce génie qu'était le metteur en scène anglais, hélas décédé il y a juste deux ans. J'aime cette ville (que je n'ai pas vue depuis vingt ans) et j'aime ce cinéma!...

Note : 16/20

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Mardi 26 janvier 2010

Ciné-document : Nuit et Brouillard

A la veille de célébrer le 65ème anniversaire de la libération du camp d'extermination d' Auschwitz, ce fut le bon moment pour découvrir le film documentaire d'Alain Resnais "Nuit et Brouillard". Tourné onze ans après la fin de l'horreur nazie, ce document de 32 minutes tient en haleine de bout en bout. Je n'y ai pas appris grand-chose mais j'ai découvert certaines images qui parlent mieux que tout ce que j'ai vu sur place et que toute la littérature que j'ai pu lire sur le sujet. Au moment de sa sortie, bien des spectateurs ont dû se sentir incrédules devant la révélation de tant d'atrocités commises par les nazis. Aujourd'hui, plus personne ne doute. Et ceux qui nient farouchement ne méritent pas de prétendre appartenir au genre humain.

Auschwitz, principal camp d'extermination allemand, a été libéré il y a 65 ans. La nuit et le brouillard, dans lesquels ont disparu ces millions de déportés, ne s'estomperont jamais. Il doit en être ainsi. Car même si de tels événements méritent d'être éclairés, la lumière demeurera pour toujours en retrait en regard de la tache sombre, comme de l'encre noire, que représente cette horreur dans l'histoire de l'homme. "Nuit et brouillard" est un document poignant. Un des premiers pas vers la non-dissimulation d'une vérité que certains voulaient, à l'époque, contester et censurer. Cinquante-quatre ans plus tard, ce document essentiel demeure l'étai puissant et bouleversant de celles et ceux qui refusent, évoquant des faits si graves, de faire table rase du passé...

L'origine du titre vient de "Nacht und Nebel", qualificatif utilisé par les nazis pour désigner leurs opposants dans les pays occupés. Si ces derniers avaient commis un crime grave à leur encontre, ils étaient jugés et (d'avance) condamnés à mort. Pour les actes de moindre gravité, c'est la déportation qui leur était promise. En France, ils furent ainsi des dizaines de milliers, principalement des résistant(e)s, à entrer ainsi dans "la nuit et le brouillard", terme signifiant pour les nazis l'absence totale de transparence quant au sort et au destin qu'ils leur réservaient. C'est aujourd'hui sous l'abréviation de "NN" qu'on leur rend hommage dans les camps de concentration préservés d'Allemagne et de Pologne...

Le texte de "Nuit et Brouillard" a été rédigé par Jean Cayrol, écrivain, résistant et déporté français. En voici les dernières phrases, prononcées par Michel Bouquet dans le film, toujours d'actualité un demi-siècle plus tard:

"Qui de nous veille, de cet étrange observatoire, pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre? Quelque part parmi nous, il reste des kapos chanceux, des chefs récupérés, des dénonciateurs inconnus… Il y a tous ceux qui n’y croyaient pas, ou seulement de temps en temps. Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines, comme si le vieux monstre exterminateur était mort sous les décombres. Nous qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s'éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire. Nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin..."



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